Le parc de Bruxelles

La ville haute et la place royale

Le parc de Bruxelles

Nous allons maintenant quitter ce sous-sol pour remonter à la surface. Ressortons donc de la pièce d’exposition et prenons tout de suite à droite. Nous tomberons sur le couloir par lequel nous sommes descendus ici. Nous repasserons la porte de bois, et remonterons jusqu’au lieu de projection du film archéologique que vous avez peut-être visionné au début de la visite. Ensuite, un peu plus loin à droite, nous prendrons l’escalier remontant vers le musée de la dynastie, et ressortirons dans la rue, côté Place du Palais, par où nous sommes entrés dans le bâtiment, donc face au Parc de Bruxelles.

Et voilà. Nous sommes à nouveau au grand air. Nous tournons le dos à la sortie du musée Bellevue. Face à nous, nous avons le parc de Bruxelles, où nous allons terminer notre promenade. Traversons la large place du palais pour nous rendre sur le trottoir d’en face. Mais attention, ici, il n’y a pas de passage pour piétons.

Nous voici arrivés sains et saufs de l’autre côté. Alors, tournons un moment le dos au parc pour voir l’ensemble du palais royal. Ce palais est en fait la réunion, par le roi Léopold 2, à la fin du 19e siècle, de quatre grands hôtels qui jalonnaient la rue. En 1815, la Belgique est passée sous le gouvernement hollandais. Le roi Guillaume d’Orange séjournait alternativement dans ses deux capitales : La Haye ou Bruxelles. Son habitation bruxelloise était constituée par les hôtels particuliers centraux de la rue, occupant le milieu du palais actuel. Il les fit relier entre eux et unifier sous une grande façade. Ces travaux se terminent en 1829. Le pauvre roi de Hollande n’en profitera pas longtemps, puisqu’en 1830, la Révolution de septembre mettra fin à son règne.

Regardons sur la gauche du Palais : fermant la perspective de la place du palais, nous apercevons un grand bâtiment rectangulaire de couleur grise, très classique. C’est le palais des Académies, le siège de l’Académie belge. Ce bâtiment date aussi de l’époque hollandaise. C’est un palais que le roi de Hollande se fit aussi construire, et qu’il habita dès 1824. Il connut différentes affectations au cours du 19e siècle, pour devenir, en 1876, le siège de l’Académie Royale des Sciences, Lettres et beaux-arts, institution qui remontait à l’époque autrichienne, et fondée par l’Impératrice Marie-Thérèse. Derrière ce palais se trouvent les anciennes écuries royales, qui servent aujourd’hui de bibliothèque à l’Académie.
Tournons maintenant le dos au palais royal, et entrons dans le parc de Bruxelles, en passant par l’entrée de gauche.

Nous voici dans un bel espace vert. En fait, c’est ici le premier espace vert aménagé dans Bruxelles. A l’origine, ces lieux étaient occupés par les jardins du palais du Cowdenbèrgh. Comme nous l’avons vu, ils ont été réaménagés en même temps que la place royale, et transformés en un beau parc public à la française, c’est-à-dire avec un agencement basé sur la symétrie de grandes allées qui se croisent.

Pour arriver à ce résultat, il a bien sûr fallu niveler le niveau de l’ancien parc. Ces travaux de nivellement ont été très importants, et il a fallu une immense quantité de matériaux pour combler les irrégularités du sol.
Et comment trouver tous les matériaux nécessaires au meilleur prix ? Et bien, c’est simple : un appel fut lancé à la population en 1776 : afin de participer aux travaux, tous les Bruxellois étaient tenus d’amener ici leurs décombres. Il ne reste qu’un endroit dans le parc qui n’ait pas été comblé, et constitue un coin encore un peu sauvage, dans le style d’un jardin irrégulier à l’anglaise. Lorsque nous tournons le dos au portail par lequel nous sommes entrés, cet endroit se trouve à notre droite, à une dizaine de mètres. C’est un petit ravin peuplé d’arbre, d’une atmosphère bien différente du reste du parc. De là, partez tout droit jusqu’au kiosque à musique que nous apercevons un peu plus loin face à nous.

Nous voici au kiosque. Bien, alors profitons un peu des nombreux bancs ici présents, et asseyons-nous un instant.

Le kiosque qui se dresse ici date de 1841. Il est l’œuvre de l’architecte Jean-Pierre Cleysenaar, le même architecte qui édifia aussi les grandes galeries royales, près de la Grande Place. On imagine ici les concerts mondains du 19e siècle. Car dès le début, ce parc a eu une vocation très mondaine. Un décret de 1777 en interdisait l’accès aux mendiants, colporteurs, ainsi qu’aux prostituées. Seule la bonne société venait s’y promener. Aussi, le parc est-il orné de nombreuses sculptures. Celles que nous verrons lorsque nous flânerons dans le parc, un peu plus tard, sont des reproductions des statues originales du 18e siècle, fort abîmées lors de la Révolution française et de la Révolution belge de 1830.

Dans ce parc fut aussi installé un théâtre. Il existe toujours, de l’autre côté du parc, et est connu à Bruxelles sous le nom de « théâtre du parc ». Actuellement, il est toujours un lieu prestigieux de la culture à Bruxelles.
Une autre chose encore. Le parc a été un lieu majeur dans la Révolution belge de 1830. Le 26 septembre au soir, l’armée hollandaise était enfermée ici dans le parc, tandis que les Révolutionnaires belges se tenaient du côté de la place royale et sur les toits des hôtels particuliers environnants. Mais au matin du 27 septembre, surprise : l’armée hollandaise avait vidé les lieux pendant la nuit. Bruxelles était libérée.

Nous allons maintenant flâner dans le parc. À travers les arbres, nous apercevrons les architectures qui bordent les rues latérales : la rue royale sur le long côté à notre gauche, la place du palais, d’où nous sommes arrivés, sur le petit côté derrière nous. Sur le petit côté opposé, donc face à nous, c’est la fameuse rue de la Loi, aujourd’hui lieu du gouvernement et de nombreux ministères. Tous les bâtiments qui bordent ces rues, aussi classiques et blancs que ceux de la place royale, ont aussi été conçus par Barnabé Guimard. Ces rues sont très importantes dans l’histoire de Bruxelles. En fait, elles sont les premières rues droites et larges de la ville. C’est à partir de ce noyau, ce quadrilatère autour du parc, que va se développer le Bruxelles du 19e siècle. La rue Royale sera prolongée jusqu’à Laaken. La rue de la Loi sera également prolongée à travers la campagne, au-delà des anciens remparts de la ville. Et autour de ces axes se développeront de nouveaux quartiers.

Tout en flânant, nous nous dirigerons progressivement vers le petit côté du parc opposé à celui par lequel nous sommes entrés. Et lorsque nous aurons ainsi traversé le parc dans toute sa longueur, nous déboucherons sur un large bâtiment, qui fait toute la longueur de la rue : c’est le parlement.

Sortons du parc, nous voilà sur le trottoir de la rue de la Loi. Le parc est derrière nous, et face à nous se trouve un grand bâtiment facilement reconnaissable. Au centre, il est marqué d’un grand portique à colonnes, couronné d’un fronton triangulaire. Sur ce fronton, un décor sculpté symbolique : une figure de la Justice, au centre, récompense les vertus et punit les vices. Tout un programme, certes, qui manifeste la fonction du lieu. Ce bâtiment, aussi conçu à la fin du 18e siècle par Barnabé Guimard, abritait à l’origine le Conseil souverain du Brabant, qui administrait notamment la Justice dans le Pays. Après la Révolution française, il a reçu différentes fonctions. Mais après 1830, il est devenu le siège du nouveau parlement belge, puis du sénat.

Aujourd’hui, la rue de la Loi s’étend vers la droite, sur près de deux kilomètres, jusqu’au parc du Cinquantenaire. En attendant, nous vous laissons libres de retourner dans ce bel espace vert du parc de Bruxelles. Qui sait. Peut-être y rencontrerez-vous l’un ou l’autre ministre qui, profitant d’un temps libre à midi, prend un bain de foule en faisant son jogging ?


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