L’extérieur de la chapelle Notre-Dame

Laeken : le quartier royal.

L’extérieur de la chapelle Notre-Dame

Léopold premier avait épousé Louise-Marie d’Orléans, fille du roi Louis-Philippe. Louise-Marie, la première reine des belges donc, avait fait le vœu d’être enterrée dans l’église paroissiale du village. C’est ce qui arriva à sa mort, en 1850. C’était encore la vieille église gothique, dont nous verrons un reste plus tard, dans le cimetière. Mais, en cette même année 1850, le roi Léopold premier prit la décision de faire construire une grande église commémorative, qui serait aussi le lieu de sépulture des rois. Il faudra longtemps pour l’ériger. En 1865, à la mort du roi, elle n’est pas encore achevée et le couple royal ne sera transporté ici qu’après 1872, après l’achèvement de l’édifice.

Mais la chapelle Notre-Dame fut-elle jamais tout à fait achevée ? Pour en discuter, nous allons maintenant nous lever et aller voir l’église de profil.
Pour cela, lorsque nous tournons le dos à l’escalier d’entrée, rendons-nous sur la place du côté droit, c’est-à-dire vers l’entrée du cimetière. Sur cette partie de place se trouve un grand monument aux morts.

D’ici, on perçoit bien le curieux plan de l’édifice. C’est une église avec, à l’arrière, un immense bâtiment de plan octogonal –c'est-à-dire à 8 cotés-. Cette excroissance, couverte d’un gigantesque toit pointu, est la crypte royale. Remarquons que les formes générales de tout l’édifice sont gothiques, ou plutôt néo-gothiques : nous voyons ses fenêtres à arc pointu et ses toitures élancées, couvertes de motifs végétaux en forme de crochets. Mais ce néo-gothique a quelque chose d’un peu étrange.

Observons par exemple l’élévation de la crypte royale, avec sa forme octogonale. Chaque angle, à la base de sa grosse toiture pointue, est marqué d’une sorte de colonne, de pilier inutile qui s’élève verticalement. C’est ce qu’on appelle un pinacle, élément de décor fréquent dans l’architecture gothique et néo-gothique. D’ailleurs, ils sont tellement inutiles architecturalement, que ces colonnes et ces pinacles sont à peine ébauchés. Et même leur décor sculpté n’est pas achevé. En fait, ils ont l’aspect de simples volumes géométriques.
Ils n’ont pas du tout le raffinement du gothique, et évoquent presque le modernisme épuré des années 1920 et 1930. Si nous laissons notre regard parcourir tout l’édifice, nous verrons que cet inachèvement des sculptures est récurrent. Cela donne à cette église l’aspect d’un gros et lourd rocher, d’un amas complexe et un peu anarchique de rocailles mal équarries. Effet vraiment étrange. Habituellement, on considère que toutes ces parties auraient normalement dû être sculptées de motifs gothiques et de fleurons. Mais est-ce bien sûr ? Nous allons voir.

Pour comprendre cela, faisons d’abord connaissance avec l’architecte de l’église. La construction de cette église a une histoire compliquée. Nous n’entrerons pas dans tous ses détails. Retenons seulement qu’au terme d’un concours d’architectes, le projet qui fut retenu était celui Joseph Poulaart qui était aussi architecte officiel de la ville. Poulaart est aujourd’hui connu pour ses projets grandioses, disons même démesurés et mégalo-maniaques. Pour tout dire, l’architecte est mort fou, sacrifiant sa santé physique et mentale au plus grand projet de sa vie, l’invraisemblable, gigantesque et profondément anti-fonctionnel palais de Justice de Bruxelles, dans le centre ville. Mais quand Poulaart est choisi pour la chapelle royale, le gouvernement ne s’est pas encore vraiment aperçu de son sens de la démesure. Aujourd’hui, Poulaart est aussi connu pour autre chose : ne jamais, ou presque, achever les projets commencés. Hésitant, revenant sans cesse sur ses plans, améliorant, ces constructions sont très lentes. Quand il se consacrera à la construction du palais de Justice, presque aucun des projets commencés, même plusieurs années auparavant, n’étaient achevés. C’est d’autres architectes qui finiront, corrigeant souvent la démesure des projets originels.

Mais en 1852 donc, on ne le sait pas encore et on fait confiance à Poulaart. Son plan originel a plu : c’était celui d’une église néo-romane assez classique. On lui demanda simplement de faire plutôt du gothique, et d’apporter quelques modifications. Les modifications iront en réalité bien au-delà de ce qu’attendait le jury de sélection. En fait, l’aspect géométrique des pinacles sera une des idées de Poulaart. Il y est allé vraiment très fort. Il donne une interprétation radicalement géométrique de la sculpture gothique. Ces blocs ont l’air posés en équilibre instable, donnant à l’édifice l’aspect d’une inquiétante paroi rocheuse. Cela préfigure presque du Gaudi.

Mécontentement du jury, discussion à n’en plus finir, et démission de Poulaart en 1865 pour se consacrer au palais de Justice. D’autres architectes lui succèdent, dont l’architecte Grootaars, qui fait ajouter des ornements gothiques en 1907. En fait, on se demande si le projet de Poulaart n’était pas une interprétation géométrisante, incroyablement moderniste, du gothique, et que tout ce qui fait plus véritablement gothique serait l’œuvre de ses successeurs. Un architecte visionnaire donc que ce Poulaart, étrange et un peu fou, certes, mais terriblement original.


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