Le style néo-gothique de la chapelle Notre-Dame

Laeken : le quartier royal.

Le style néo-gothique de la chapelle Notre-Dame

Nous allons maintenant pénétrer à l’intérieur de l’église. Pour cela, retournons vers l’entrée de façade, montons les escaliers et entrons dans la nef.

En restant dans la nef centrale, le plus proche possible de l’entrée, et regardons en direction du chœur de l’église. Nous constatons alors que l’intérieur est d’un néo-gothique beaucoup plus classique que l’extérieur, au point de vue du décor notamment, qui est d’une belle finition. C’est un espace très homogène, qui n’a pas cet aspect rugueux de l’extérieur.

Mais qu’est-ce exactement que le néo-gothique, et pourquoi ce style ? Le 19ème siècle est le siècle du romantisme. N’entendez pas par là le sens restreint qu’on lui donne aujourd’hui, lié exclusivement au sentiment amoureux. Non. Le vrai romantisme, c’est l’exaltation de l’individu, de tout son être et de ses sentiments, souvent exprimés par des mots et des formes grandiloquentes qui nous font parfois un peu sourire aujourd’hui. Dans cette mise en valeur de l’individualité, l’individualité des cultures et des nations a aussi sa place. On exalte la liberté, l’autonomie, l’originalité de sa patrie. Le 19ème siècle est le siècle des grands idéaux révolutionnaires. Avec sa révolution de 1830, la Belgique est donc un pays directement issu de l’esprit romantique.

L’Europe du 19ème siècle cherche donc ses racines, ses spécificités. C’est entre autre dans le Moyen âge revisité par ses rêves qu’elle les trouve. Plus que toute autre époque, le Moyen Age sera exalté au 19ème siècle. Pour les romantiques, le Moyen Age est la source pure de la société moderne. La passion pour cette période entraîne la résurrection de ses styles de construction, et ainsi apparaissent le néo-roman et le néo-gothique, qui, comme l’indiquent leurs noms, sont des résurrections lointaines des grandes architectures médiévales.

Il faut dire aussi pour être complet que le 19ème siècle est le siècle de gens nouveaux : les bourgeois. La bourgeoisie, classe nouvelle, domine dorénavant le monde. Elle tient cette place de la Révolution française, qui transforma profondément la répartition des pouvoirs. Le pouvoir et la richesse de la bourgeoisie sont basés sur une nouveauté : l’industrie. Aussi, la bourgeoisie, nouvelle classe sociale, avec un nouveau pouvoir, basé sur un nouveau système financier, doit-elle consolider sa place nouvelle. Elle le fait en se créant toute une culture, des règles de vie, inspirées de celles qui régissaient la vie des aristocrates de l’Ancien Régime. La bourgeoisie se fait construire des maisons et des hôtels de maître dans des styles qui rappellent ceux des pouvoirs du passé : résurrection du gothique, du Renaissance et du baroque, comme dans les châteaux aristocratiques. L’aspect de ces maisons donne une idée de continuité entre les pouvoirs, un peu comme si les bourgeois étaient les successeurs tout à fait légitimes des nobles.

Et puis, la société a un peu peur, malgré tout, de l’industrialisation grandissante et de l’avènement du dieu argent. Et dans le moyen âge, elle voit surtout la quête du Graal, les preux chevaliers, les nobles causes……
Vous saisissez les caractères de cette société ?
Et bien, pour l’Eglise, c’est pareil. En France, en Belgique, dans toute l’Europe occidentale en fait, la Révolution française avait donné un sérieux coup à son autorité. Après que Napoléon lui a rendu sa place, par le Concordat signé avec le pape, elle doit se reconstituer, se reconsolider, réaffirmer sa place dans la société. Dans cette optique, l’usage du gothique pour la reconstruction d’églises jouera un rôle essentiel, car ce style rappelle une période splendide de son histoire. D’une certaine manière, le gothique évoque un peu l’idée de résurrection de l’Eglise.

De plus, en Belgique, d’autres facteurs viennent jouer. A l’époque, c’est un pays nouveau, puisque créé seulement en 1830. Il doit dès lors se créer une histoire, une justification à son existence. La Belgique se donne des héros nationaux, personnages importants nés ou ayant vécu sur ses territoires : Godefroid de Bouillon, Charlemagne, … Pour ses constructions, elle s’inspirera de la fin du Moyen Age, époque de gloire et de grande richesse pour les villes de Flandre.

Enfin, entre 1815 et 1830, la Belgique, très catholique, était gouvernée par un roi protestant : le roi de Hollande. Ce roi était certes très tolérant et libéral, mais l’Eglise belge vivait assez mal cette prédominance politique protestante. Après 1830, la reconstruction d’églises néo-gothiques fut donc le signe d’un nouveau fleurissement catholique.

Ainsi, le néo-gothique est un phénomène très complexe. Et nous voyons comment une simple architecture peut-être le reflet de toute une société. Actuellement, nos goûts ont tendance à condamner ce néo-gothique, et nous avons tort, car il est le reflet de toute une époque et de ses états d’âme. Et en plus, il ne faut pas percevoir ce style comme une pâle imitation du gothique. Car si les architectes du temps ont vraiment eu le sentiment de reconstruire des églises médiévales, en réalité, leurs moyens techniques, leur créativité et les besoins d’adaptation des édifices à l’époque ont entraîné des œuvres souvent originales, que nous aurions tort de négliger.


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