La petite plaza de la Alianza

Le barrio de santa cruz et le barrio san bartolomeo

La petite plaza de la Alianza

Terminons notre découverte de la place du Triunfo avec un commentaire sur cette colonne, au milieu de la place. Cette colonne, surmontée par la statue de la Vierge de l'Immaculée Conception, fut érigée au milieu du 18e siècle, pour remercier la Vierge. De quoi ? Et bien, de ce que Séville avait été relativement épargnée par le tremblement de terre de Lisbone en 1755. Bref, ce monument témoigne une fois de plus de l'importance du culte de Marie dans toute l'Espagne.
Et maintenant, prenons immédiatement sur notre droite, la première ruelle qui longe les murailles de l'Alcazar. C'est la ruelle Joaquin Romero Murube. Nous la prenons en entier et allons déboucher ensuite sur la petite plaza de la Alianza.

Ces placettes, si nombreuses dans le quartier, se caractérisent par leur tracé irrégulier. Elles ne sont souvent que des carrefours ou bien l'élargissement d'une ruelle. Elles permettaient d'aérer l'urbanisme très dense de la médina. En même temps, elles jouaient un rôle stratégique en cas d‘attaque. Car il est plus difficile pour une armée de progresser dans des ruelles peu larges et tortueuses, formant un véritable labyrinthe que dans de vastes rues. Et puis, par ailleurs, ce tracé est particulièrement bien adapté à la chaleur des étés andalous. Les murs rapprochés des maisons permettent de mieux conserver la fraîcheur de la nuit durant la journée. L'ondulation des ruelles facilite la circulation de l'air. Et enfin, pour mieux préserver la fraîcheur, les habitants du quartier installaient des toiles ou des palmes au dessus des ruelles pour maintenir l'ombre.

Regardons sur notre gauche : nous voyons un panneau d'azulejos bleus, figurant le Christ de Miséricorde, qui date du 17e siècle. Cette crucifixion d’azulejos fut offerte par la confrérie de Santa Cruz qui y fait toujours une halte lors des processions de la semaine sainte. Alors en quoi consiste la technique des azulejos? Et que sont ces processions et ces confréries ?

Les azulejos sont des carreaux de céramique qui sont omniprésents dans la décoration architecturale andalouse comme dans celle du Portugal. Le nom d'azulejos provient de l'arabe "al-zulaich" ce qui signifie "petite pierre brillante". La technique des azulejos a évolué au cours des siècles. Les carreaux d'argile sont cuits puis peints à l'aide de solvants à base de zinc ou d'étain, auxquels on ajoute des oxydes métalliques pour donner les couleurs. Ils sont ensuite cuits de nouveau avant d'orner l'intérieur ou l'extérieur des bâtiments. Ils sont présents un peu partout : dans la décoration des patios, dans les encadrements de portes, de fenêtres et sous les balustrades des balcons des immeubles traditionnels. Car les Espagnols appréciaient non seulement le charme coloré que ces azulejos donnent à leurs immeubles, mais aussi parce que ces carreaux résistent assez bien aux intempéries.
Et à Séville, le goût pour les azulejos fut tel que de nombreux ateliers furent créés dans le quartier de Triana, qui se trouve sur la rive opposée du Guadalquivir. Au 19e siècle, un anglais -Mr Pickman- établit une manufacture industrielle dans l'ancienne chartreuse de la ville pour y fabriquer désormais des azulejos en grande série.

Et ce panneau d'azulejos nous donne en outre l’occasion de parler de ces confréries ou Hermandades. Encore aujourd'hui, Séville en compte plus de 50, comprenant chacune de 300 à 2000 membres. Ces confréries sont responsables des processions des fêtes religieuses qui scandent l'année à Séville. Les processions les plus impressionnantes, celles qui attirent le plus de spectateurs, sont évidemment celles qui se déroulent du dimanche des Rameaux à la fête de Pâques, durant la Semaine sainte.
Elles partent toutes de la paroisse de laquelle elles dépendent puis convergent vers la cathédrale avant de retourner à leur point de départ. Le dimanche de Pâques, les festivités se terminent par une grande corrida aux arènes de la Maestranza.
Chaque confrérie accompagne deux pasos. Le Paso est un brancard sculpté en bois, orné de fleurs, entouré de candélabres, et porté à dos d'homme. Il supporte les statues de procession. Ces statues sont revêtues de somptueux vêtements brodés d'or, les manteaux des Vierges pouvant atteindre une valeur inestimable.
Une pénitence, c'est-à-dire une procession, peut durer une douzaine d'heures. Chaque paso pesant plusieurs centaines de kilos, il faut plusieurs dizaines d'hommes pour les supporter durant le trajet. Celui-ci est particulièrement solennel, car il est accompagné par les pénitents et scandé par le roulement de tambours et le son des trompettes. Les porteurs de pasos sont conduits par un captaz en costume noir, qui rythme la marche au moyen de son marteau.
Il est donc essentiel de répéter durant toute l'année afin que les processions aient lieu sans anicroche, car les déplacements, dans ce dédale de ruelles, doivent avoir une précision de l'ordre du millimètre sous peine de voir le paso et son chargement s'écrouler! Par ailleurs, ces Confréries jouent un rôle de liant social très important à Séville. Les processions de la Semaine Sainte sont particulièrement somptueuses et impressionnantes à Séville, c'est pourquoi elles sont mondialement réputées.


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