Le Quai d’Anjou 

Le charme de l'ile saint-louis

Le Quai d’Anjou 

Finissons de traverser le pont, pour prendre à gauche le quai d’Anjou et avançons sur le quai d’Anjou jusqu’au n° 39

Si le portail ouvert en autorise l’accès, allons au fond de l’allée. Cela mérite un coup d’œil. Nous allons y voir une bâtisse de pierre de taille, aux lucarnes abîmées par une mauvaise rénovation, mais qui est quand même un ancien hôtel particulier. C’est Le Petit Théâtre de l’Ile Saint-Louis qui se cache là, à un emplacement atypique et enclavé : il n’est ni sur le quai, ni sur la rue Saint-Louis-en l’Ile. On y fait non seulement du théâtre, mais aussi de la musique, vous y verrez peut-être annoncés des concerts. Avancez dans l’allée pour y jeter un coup d’œil, puis revenez sur le quai.

A l’exception de ce théâtre, et d’une bibliothèque, dont nous parlerons tout à l’heure, nous ne verrons guère, sur les quais de l’île, que des demeures silencieuses : il n’y a aucun commerce ! C’est ce qui fait leur charme : pour les restaurants, glacier, galeries et librairies spécialisées, vous les trouverez sur la rue Saint-Louis-en-l’Ile, beaucoup plus animée.
Avançons jusqu’au n° 35

Voilà encore une cour accessible : une espèce qui se fait rare ! Mais, petite déception, un ancien atelier en occupe le milieu : la plupart des hôtels du Marais ont eu longtemps leur cour et leur jardin colonisés par des constructions de ce genre, ou souvent pires : phénomène plus rare dans l’île Saint-Louis. Là encore, cela mérite un coup d’œil. Avançons jusqu’au bâtiment n°23 du quai d’Anjou. Il s’agit de L’Hôtel du Président Perrot et il a lui aussi une entrée praticable : vous noterez que, d’une manière générale, les cours accessibles sont plus rares dans l’île que, par exemple, dans le quartier du Marais et que les rapports avec les concierges ou les résidents y requièrent une bonne dose de diplomatie. Donc, soyez discrets et essayez d’aller voir au fond du porche, à travers la grande porte vitrée, le petit jardin bien sympathique.

Après avoir regardé cette cour et ce jardin, ressortons, et dirigeons-nous vers le n° 21, à l’angle du quai d’Anjou et de la rue Poulletier.

Cet hôtel du 21 est un beau bâtiment où a habité le cousin germain de Mme de Sévigné, le marquis de la Trousse. Vous voyez sur la façade un balcon de fer forgé, ajouté sans doute vers la fin du 17e siècle. Il est supporté par des espèces de béquilles de fer pas très élégantes, et non par des consoles de pierre sculptées. Regardez en arrière vers le nº 23 : même chose ! –avec une ferronnerie plus récente, plutôt 18e. En fait, le balcon a longtemps été une rareté coûteuse, tout du moins tant qu’il a fallu y poser des balustrades en pierre. Puis, après 1645, le fer forgé a commencé à remplacer la pierre, devant les fenêtres comme sur les rampes d’escalier. Et même, on a ajouté, çà et là, des balcons de fer forgé à des façades plus anciennes en les faisant supporter par des étais de fer inesthétiques : vous en avez peut-être vus place des Vosges, et en verrez d’autres dans l’île Saint-Louis.
A coté, au 20 rue Poulletier et au 19 quai d’Anjou, se trouve l’hôtel Melliand, aujourd’hui occupé par une école. Construit vers 1650 pour un procureur général au Parlement, Blaise Mélliand, il nous donne une idée de ces grandes bâtisses austères que des financiers,des magistrats et des détenteurs de charges lucratives, ont fait construire sur les terrains du pourtour de l’île. Nous allons faire ici un bref commentaire sur cette architecture austère qui règne sur l’île.
À propos des façades, on peut dire que l’amateur d’architecture baroque et même classique reste parfois un peu sur sa faim dans l’Ile Saint-Louis . on remarque peu de décors sculptés sur les façades, et pour ainsi dire jamais de pilastres, de colonnes, de grand fronton. Quand il y en a, comme à l’hôtel Lambert et à l’hôtel de Coomans, ils sont cachés dans la cour ou sur le jardin. Il y a plusieurs raisons à cela: la première tient à l’emplacement des hôtels : presque tous ont été construits sur les quais (2 seulement sur la rue Saint-Louis en l’Ile), afin d’avoir une vue sur la Seine. Donc les bâtiments d’habitation donnent directement sur l’extérieur au lieu d’être protégés des regards, au fond d’une cour, comme le sont les hôtels dits « entre cour et jardin » du Marais. Bon ; bien sûr, rien n’empêchait en théorie de faire sculpter et décorer toutes ces façades sur quai ou sur rue. Mais la classe sociale majoritaire dans les grandes demeures de l’île était plutôt, du moins à l’origine, la haute bourgeoisie que l’aristocratie. Et, on peut penser que le refus de montrer, d’étaler ses richesses –vieille valeur bourgeoise- explique en grande partie cette allure sévère, ce côté un peu hollandais, mais aussi un peu cachottier de l’île Saint-Louis. Remarquons quand même les lucarnes de l’hôtel Melliand : dans l’île, les frontons se sont réfugiés sur les lucarnes.


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