Le propriétaire de l’Hôtel de Lauzun

Le charme de l'ile saint-louis

Le propriétaire de l’Hôtel de Lauzun

Et à qui appartient cet hôtel ? Eh bien, c’est aujourd’hui la ville de Paris qui en est l’heureuse propriétaire et ceci après beaucoup d’autres depuis le commanditaire Charles Gruÿn des Bordes, un financier proche du surintendant Fouquet.
Et le nom de Lauzun dans tout cela ? Que vient-il faire ? Pour répondre à cette question, nous allons vous conter ici l’histoire de cet édifice. Plongeons-nous dans le 17e siècle. En fait, le duc de Lauzun n’a occupé l’hôtel qu’un peu moins de trois ans entre août 1682 et mars 1685, mais son nom, lui, est resté. Ceci en raison de la célébrité que lui a valu l’histoire rocambolesque de son mariage annoncé et qui fut interdit in extremis avec la Grande Mademoiselle c'est-à-dire avec la duchesse de Montpensier, rien moins que la cousine germaine de Louis 14 et plus riche héritière de France. Furieux contre la Montespan, maîtresse du roi à qui il reprochait d’avoir joué dans cette affaire un double jeu, Lauzun l’aurait traitée de « Bougresse de – traduisible aujourd’hui par un mot qui commence par un « P » ainsi que de charogne et de vermine »,
Débordements verbaux qui lui valurent dix années de cachot, dans la forteresse de Pignerol, sur l’ordre d’un Louis 14 fort rancunier. Madame de Sévigné a consacré à ce fameux mariage improbable et de fait impossible (car c’était une mésalliance), une de ses plus célèbres lettres où l’annonce de la nouvelle y est indéfiniment retardée « Je ne puis me résoudre à vous la dire, devinez-la, je vous la donne en trois, jetez-vous votre langue aux chiens ? etc. »
A Pignerol, Lauzun avait un célèbre voisin d’infortune : Nicolas Fouquet que le sympathique Roi-Soleil avait aussi envoyé croupir dans un cachot après la fameuse fête de Vaux, l’arrestation et le procès qui s’ensuivirent. Fouquet, rappelons-le, avait eu l’imprudence de vouloir éblouir le roi par son château tout neuf et somptueux de Vaux le Vicomte, et par une extraordinaire fête nocturne dans les jardins illuminés. Mais on ne rendait pas impunément jaloux le Roi-Soleil. Et puis, pour un surintendant des finances, il n’était pas très habile d’exposer de telles dépenses : d’où venait l’argent ? Cela ne nous éloigne qu’en partie de l’Ile Saint-Louis, car plusieurs de ses habitants ont eu à rendre des comptes pour leur gestion des « fonds publics », après la chute de Fouquet, et notamment Gruyn des Bordes. Mais comme l’hôtel était au nom de sa femme, il ne sera donc pas saisi…
Mais revenons un peu à Lauzun : finalement libéré, à la différence de Fouquet, il rachète l’hôtel aux héritiers Gruÿn dès son retour à Paris. Et puis il retrouve la Grande-Mademoiselle, à qui il doit la liberté. Il l’épouse peut-être secrètement. Ils se battent comme des chiffonniers et elle décide de rompre, deux ans seulement après les retrouvailles. Pensez donc : il lui avait demandé à elle, la cousine germaine de Louis 14, de venir retirer ses bottes ! C’était bien la peine d’attendre 10 ans…
Sous Louis-Philippe, l’hôtel est sauvé du délabrement par le baron Jérôme Pichon, qui le fait restaurer et en loue des appartements à des écrivains et des peintres.
Baudelaire y emménage en 1843, après avoir eu deux autres adresses dans l’île Saint-Louis et il y écrit quelques-uns des premiers poèmes des Fleurs du Mal. Il rencontre Jeanne Duval sa « maîtresse noire », et fréquente le Club des Haschichins, créé par le peintre Ferdinand Boissard, autre locataire, et où des artistes curieux de sensations nouvelles explorent « les paradis artificiels ».
Il peut y croiser, entre autres, Balzac et Théophile Gautier (ce dernier surtout, très assidu). Puis en 1845, après sa tentative de suicide, Baudelaire quitte le quai d’Anjou.


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