L’hôtel Le Vau

Le charme de l'ile saint-louis

L’hôtel Le Vau

Laissons maintenant l’hôtel de Lauzun. Et allons nous rendre devant le nº 9 du quai d’Anjou pour évoquer un de ses anciens habitants.

Au milieu du 19e siècle, peu de temps après le départ de Baudelaire de l’île Saint-Louis, Daumier, le génial illustrateur, peintre, sculpteur des Célébrités du Juste Milieu, s’y est installé à son tour. Il y a vécu beaucoup plus longtemps, de 1846 à 1863, et toujours dans cet immeuble. Sur un tableau du musée d’Orsay, il a représenté une blanchisseuse de l’île remontant sur un quai, chargée du linge qu’elle vient de laver dans la Seine.
Rendons-nous à présent devant le nº 3 du Quai d’Anjou.

Vous êtes maintenant devant le nº 3, c’est-à-dire l’hôtel Le Vau. Il a été construit pour lui-même par Louis Le Vau, le fameux architecte de Vaux le Vicomte et d’une partie de Versailles. Il avait acheté le terrain à Le Regrattier en 1638 et a vécu là jusqu’à sa mort en 1670.
Lui et son frère François Le Vau sont les principaux bâtisseurs de l’île Saint-Louis. On doit à Louis Le Vau l’église de l’île, que nous verrons tout à l'heure, et surtout le célèbre hôtel Lambert, mitoyen de l’hôtel Le Vau du côté gauche.
Vous voyez que la façade, belle et sobre, de la maison de Le Vau continue celle du n°1, c’est à dire de l’hôtel Lambert. Regardez le balcon : il a beaucoup d’allure du fait de ses consoles de pierre sculptées façon écailles de poisson et aussi du fait de sa taille. D’ailleurs, là encore, pour accentuer cet effet taille, le balcon est le prolongement du balcon de l’hôtel Lambert.
Avançons donc jusqu’au dernier bâtiment du quai d’Anjou, le n°1 : c’est la façade arrière de l’hôtel Lambert, qui est lui aussi une œuvre du Vau .

Cette façade sur le quai de l’hôtel Lambert n’est pas la façade principale, mais elle se termine par un bâtiment curieux, arrondi, comme une tour : c’est l’extrémité de l’aile de la galerie qui borde le jardin. Regardons maintenant son balcon de fer forgé au 2e étage: encore un balcon ajouté après la construction et porté par des consoles de fer et non de pierre. Et notez aussi la guirlande sculptée sous la corniche. Enfin un peu de sculpture ! Pour voir un peu mieux cette aile et celle située au fond du jardin, nous vous suggérons de prendre du recul. Plaçons-nous pour ce faire à quelques mètres du quai d’Anjou, à gauche, sur le pont de Sully.

Vous voyez maintenant, si les arbres ne le cachent pas trop –ce qui dépend bien sûr de la saison- le côté jardin de l’hôtel Lambert. Car, chose rare dans l’île Saint-Louis, l’hôtel a un jardin : et qui plus est, en terrasse, établi au niveau du 1er étage. En effet, les jardins sont peu nombreux et exigus dans l’île, on manquait de place pour en créer.
Ce jardin est bordé à droite par l’aile de la galerie d’Hercule qui se termine en arrondi, à gauche par la sorte de rotonde ou de tour en avancée sur le quai devant laquelle nous étions à l’instant. Au fond, il est fermé au par un autre bâtiment orné de pilastres ioniques. Oui, entre les feuilles, vous devez voir les chapiteaux à 2 volutes caractéristiques de l’ordre ionique. Rappelons que lorsque les chapiteaux sont décorés de petites feuilles d’acanthes : c’est corinthien, quand ce sont deux « volutes » comme deux parchemins enroulés, c’est ionique ; et quand il n’y a pas de décoration : c’est dorique.
Revenons à cet hôtel : La cour ouvre sur la rue Saint-Louis en l’Ile. Allons voir maintenant son portail. Et pour cela, rendons-nous devant le n°2, rue Saint-Louis-en-l’Ile : c’est la longue rue en enfilade que nous voyons depuis le pont, et qui fait l’angle avec le quai d’Anjou.

Ce beau portail à fronton est celui de la cour de l’hôtel Lambert. Remarquez l’œil-de-bœuf.
Comme l’hôtel de Lauzun, l’hôtel Lambert est célèbre pour son décor intérieur et ses occupants illustres, à quoi il faut ajouter la qualité de l’architecture de Le Vau, hélas peu visible. Les Lamberts étaient de hauts magistrats à la Chambre des Comptes, ancêtre de notre Cour des comptes. Le Vau construisit l’hôtel en 2 ans entre 1642 et 1644, pour Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort peu de temps après s’y être installé, et auquel succéda son frère Nicolas. D’ailleurs, il fut lui-même condamné à un très lourd remboursement au trésor après la chute de Fouquet. Un superbe décor intérieur, réalisé, entre autres, par Le Brun (dans la galerie d’Hercule), et par La Sueur, est resté en grande partie intact. Quelques panneaux peints provenant de l’hôtel sont exposés au Louvre.
Et les occupants ? Eh bien citons au 18e siècle, Claude Dupin, l’arrière grand-père de George Sand, puis le très compréhensif marquis du Châtelet, et son épouse Gabrielle-Emilie de Breteuil, maîtresse de Voltaire, qui hébergea le philosophe dans l’hôtel. Enfin, à l’époque romantique, le prince Adam Czartoryski, chef du gouvernement polonais pendant l’insurrection de 1830-31 contre la Russie. Il achète l’hôtel en 1842 et y reçoit d’autres exilés polonais comme Frédéric Chopin et le poète Adam Mickiewicz ainsi que leurs amis français George Sand et Delacroix. L’hôtel appartient aujourd’hui au baron de Rothschild.


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