L’enseigne de Gersaint du peintre Antoine Watteau

Le château de charlottenburg et son quartier

L’enseigne de Gersaint du peintre Antoine Watteau

Allons maintenant dans la prochaine salle qui correspond à l’appartement du roi. Nous allons y découvrir l’un des plus célèbres tableaux de la peinture française. L’enseigne de Gersaint du peintre Antoine Watteau.

Nous voici dans cette salle où nous vous proposons de découvrir 3 superbes toiles de Watteau et Chardin. Commençons en nous tournant face au mur situé à gauche et regardons le 1er tableau accroché après la porte. Il s’agit de « l’Enseigne de Gersaint » par Antoine Watteau. Cette œuvre est considérée comme une icône de la peinture française et la plus célèbre du château.

Mais tout d’abord un mot sur l’artiste qui réalisa ce chef-d'œuvre : Antoine Watteau. Ce génie inaugura la peinture du 18e siècle. Né à Valenciennes en 1684, sa vie reste un mystère. Il ne s’est jamais marié et était considéré comme un misanthrope. Il s’installa à Paris en 1702 où il travailla chez des marchands d’art installés sur le Pont Neuf dont un certain Gersaint. En 1717, il fut reçu à l’Académie. Il créa le genre appelé « Fêtes Galantes » dont nous allons voir un exemple dans la prochaine salle. Peintre virtuose, il peignait très vite et ses thèmes, comme ici, sont presque toujours tirés de la vie de la cour au 18e siècle avec des tons gracieux et très colorés. Il est à l’origine des sujets légers qui ont tant marqué son siècle. Voilà sur le peintre. Maintenant, regardons cette œuvre de plus près. Nous voyons plusieurs groupes de personnes habillés à la mode du début du 18e siècle, époque dite de la Régence qui s’écoule de la mort de Louis 14 en 1715 à la majorité de Louis 15 en 1721. Le nouveau souverain était trop jeune et son oncle, Philippe d’Orléans gouverna à sa place d’où le terme de régence pour qualifier cette époque.

Mais en quoi ces costumes peuvent-ils être datés de cette époque ? Observez la dame à gauche qui nous tourne le dos. Elle est vêtue d’un long manteau de soie rose qui recouvre sa robe. À droite, nous voyons une dame assise de face et regardant dans un miroir : elle porte une robe à panier également dans les tons roses et un manteau noir. Il s’agit du costume traditionnel de cour : le manteau était toujours assorti à la robe et s’ouvrait devant pour laisser entrevoir cette dernière. Certains historiens ont d’ailleurs surnommé ce vêtement : Robe à la Watteau !
Maintenant regardons les messieurs, ils portent une perruque bouclée et blanche, une longue veste ouverte sur une sorte de veston orné de nombreux boutons et laissant apparaître un jabot de dentelle. Tous ces hommes portent également un pantalon s’arrêtant au niveau des genoux et leurs jambes sont couvertes de bas en soie. Nous voyons ici la mode typique de la première moitié du 18e siècle. Attachons-nous désormais au décor. Où sommes-nous ? Nous voyons une vaste pièce dont les murs sont couverts de tableaux encadrés. Il n’y a absolument plus de place. A droite, un groupe est assemblé autour d’un long comptoir derrière lequel se tient une jeune femme présentant un miroir : une vendeuse naturellement.

A gauche, nous voyons un homme simplement vêtu qui emballe un tableau dans une caisse, tandis qu’un second porte un miroir. Quel est donc le sujet du tableau ? Regardez bien : il montre, vue de la rue, l’intérieur de la boutique d’un marchand d’art. Si nous sommes attentifs, nous remarquons que la partie inférieure est occupée par des pavés et que pour accéder à la boutique, il faut monter une marche. La boutique en question est située sur le pont Neuf et appartient au marchand d’art Gersaint. Autrefois, le pont neuf était entièrement construit de maisons et d’échoppes de marchands d’art laissant un étroit passage pour la circulation. Cet ensemble fut détruit en 1786 et alors fut construit le pont neuf actuel. Quant à Gersaint, il fut l’un des grands marchands d’art de la première moitié du 18e siècle et un ami intime du peintre Watteau.

Avant de continuer plus avant notre étude de la composition, nous remarquons que le tableau est découpé au centre et que les deux parties sont réunies ensemble grâce au cadre. Mais pourquoi cette césure ? Nous avons effectivement deux tableaux qui se complètent et qui furent réunis au 19e siècle. Personne ne peut expliquer l’origine et la raison du découpage de l’œuvre. Néanmoins, son utilisation est bien connue : il s’agissait tout simplement de l’enseigne du marchand qui était accrochée en biais au-dessus de l’entrée.
Watteau avait souhaité réaliser ce tableau pour l’offrir à Gersaint. Il le réalisa en 8 matinées et comme le dit Gersaint simplement « pour se dégourdir les doigts ». Observons encore une fois plus en détail la représentation : nous allons ainsi y découvrir un second degré d’interprétation.

Regardons encore à gauche: la jeune femme de dos contemple le portrait mis en caisse. Il s’agit en fait de celui de Louis 14. Et c’est une adaptation d’un célèbre portrait aujourd’hui présent au Louvre et dû au peintre Rigaud. Le compagnon de la jeune femme lui tend la main pour amener cette dernière à l’intérieur de la boutique. En un mot, le roi Louis 14 est mort et une autre époque vient de s’annoncer. Donc, le portrait du roi est mis en caisse, car démodé.
En revanche de l’autre côté, c’est à dire à droite, un groupe qui semble âgé est très intéressé par un grand tableau ovale. Nous voyons une dame penchée qui contemple le paysage avec une espèce de binocle tandis que son compagnon, agenouillé et appuyé sur sa canne, admire des nus féminins. Ce tableau représente le bain de Diane ou les frivolités des Dieux. C’est un thème très à la mode au début du 18e siècle et qui venait de remplacer le grand genre héroïque du règne de Louis 14. Nous pouvons dire ici que l’œuvre de Watteau est presque un manifeste pour une nouvelle époque artistique.
Pour finir, trois jeunes gens placés autour du comptoir contemplent leur propre image dans le miroir que tient la vendeuse : une belle image de la frivolité galante du siècle dit des Lumières. Ce tableau est aujourd’hui presque aussi célèbre que les Demoiselles d’Avignon de Picasso .


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