L’Embarquement pour Cythère d’Antoine Watteau

Le château de charlottenburg et son quartier

L’Embarquement pour Cythère d’Antoine Watteau

Passons au tableau suivant. Lorsque nous avons la porte par laquelle nous sommes entrés dans le dos, allons droit vers le mur devant nous et arrêtons-nous devant le grand tableau rectangulaire. Il s’agit de l’Embarquement pour Cythère d’Antoine Watteau à nouveau.

Il est possible que vous ayez le souvenir d’avoir déjà vu cette œuvre. Car Watteau a effectivement traité deux fois ce sujet ; la 2ème version se trouvant au Louvre. Alors ici, que voyons-nous ? Nous avons une composition rectangulaire riche en couleur. Le tableau ne semble d’ailleurs être constitué que de couleurs. Les robes des dames forment des points lumineux extraordinaires qui se détachent sur le fond du paysage. Tantôt jaune, tantôt rouge, parfois blanc ou bleu. Nous voyons une société élégante à la campagne qui s’apprête à prendre un bateau richement sculpté situé sur la gauche. Regardez à l’extrême gauche, la richesse de la proue du navire avec ses guirlandes et ses enroulements. Le plus surprenant est la présence d’un véritable essaim d’enfants joufflus et joueurs qui forment une ronde autour du mat du navire. Observez-les attentivement. Ils sont particulièrement amusants. Vous remarquez certainement que plus ils sont hauts dans le ciel, plus ils disparaissent et deviennent flous. Il s’agit d’une caractéristique de la technique de Watteau. Regardez bien les enfants du bas puis ceux du haut. Pour les rendre flous, comment a-t-il fait ? Et bien en fait, il utilise peu le contour du dessin, mais au contraire créé ses formes uniquement grâce à la couleur. Ainsi, il peut sans difficulté dissoudre les angelots au milieu des nuages. Watteau utilise de superbes effets de flous et de lumière. Nous avons le sentiment que le paysage est recouvert d’un voile de brume. Or si nous faisons bien attention, nous remarquons que le brouillard ou l’effet lumineux se dissout progressivement de la gauche du tableau vert la droite. Regardez comme les arbres et les personnages situés à l’extrême droite sont distincts.
Mais qui sont ces personnages ? Nous remarquons qu’ils sont tous richement habillés. Les hommes portent une culotte et une veste de soie. Les dames sont vêtues d’un long manteau de soie recouvrant une robe de la même étoffe. Observez la dame en rouge assise à droite avec un éventail. Le peintre a su rendre à la perfection le miroitement des étoffes et les jeux de la lumière sur les plis. Maintenant, regardez les deux couples situés au centre de la toile. Nous voyons un homme de dos et vêtu de rouge qui enlace une dame en jaune. L’homme a deux éléments qui nous renseignent : un long bâton et un mantelet sur les épaules. Ce sont les deux caractéristiques des pèlerins. Pensons à Saint-Jacques-de-Compostelle : le bâton avec une coquille et naturellement le manteau couvrant les épaules.

Mais où se déroule ce pèlerinage ? A Cythère, l’île mythique de Vénus, la déesse de l’Amour. Quels sont les détails qui nous renseignent sur le lieu de l’action ? Et bien c’est la statue de la déesse que nous voyons à droite. Vous la voyez ?? Elle est représentée nue et un angelot dodu s’accroche à sa jambe pour essayer de saisir le carquois plein de flèches que tient Vénus. L’angelot est le fils de la déesse : c’est le dieu amour et le carquois contient les flèches que « amour » lance sur les cœurs pour en faire ses « sujets » pourrait-on dire. Au pied de la statue, nous voyons un bouclier, un casque et des armes. Cela prouve que l’homme a déposé les armes pour se livrer aux joies de l’amour.

Regardez encore comme Watteau a traité avec délicatesse le paysage. De grands aplats de couleurs très dilués pour rendre le sol et le feuillage touffu de la forêt. Au premier plan, il a détaillé les branchages par petites touches très réalistes afin de rendre la vitalité du feuillage. Nous sommes naturellement devant une icône de la peinture du 18e siècle et un tableau qui a donné son nom à un genre : la fête galante ! En effet, lorsque Watteau présenta à l’académie de peinture sa première version de l’embarquement, le digne cénacle resta surpris et désappointé. Personne n’avait jamais vu ce thème. Ce n’était pas un paysage, ce n’était pas un portrait, pas non plus un tableau d’histoire, mais une société élégante à la campagne. C’est alors qu’ils inventèrent le terme de « fête galante » qui allait marquer la peinture légère du 18e siècle. Le tableau fut acheté par le roi Frédéric 2 comme « l’Enseigne de Gersaint ». Comme beaucoup de tableaux et d’œuvres d’art présentés au château, l’embarquement était resté en possession de la famille royale de Prusse. Il fut finalement vendu en 1985 au gouvernement allemand.


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