La « femme occupée à cacheter une lettre » de Chardin

Le château de charlottenburg et son quartier

La « femme occupée à cacheter une lettre » de Chardin

Tournons-nous maintenant vers le grand tableau ornant le mur faisant face aux fenêtres, c'est-à-dire à gauche de l’embarquement pour Cythère. Il s’agit de la « femme occupée à cacheter une lettre » de Chardin.

Et là, c’est un autre genre, plusintimiste, car nous nous trouvons plongés dans l’intérieur le plus privé de la vie d’une dame de la haute société française. Sans doute un boudoir. Donc, nous voyons une dame richement vêtue d’une robe d’intérieur, assise sur un fauteuil de style Louis 15. Le dossier est typique de ce style avec ses ornements délicats et sa forme courbe. De même, nous pouvons voir la naissance du pied du fauteuil qui forme un C. Cela, ce « C » est caractéristique du style Louis15. La dame tient d’une main une lettre fermée et de l’autre un bâton rouge de cire. En face d’elle, un jeune homme allume une bougie. Mais que signifie cette action ? La dame s’apprête à cacheter une lettre et pour cela elle va chauffer la cire, en faire couler un peu sur le pli de l’enveloppe et apposer son sceau sur la cire encore chaude. Chardin a réussi à saisir un moment d’intense concentration. Nous avons le sentiment que, comme au cinéma, il a réalisé un arrêt sur image et les 2 protagonistes restent comme paralysés dans leur mouvement.

Chardin a ajouté un détail à la fois charmant et amusant. Regardez au premier plan, le lévrier intrigué qui, les 2 pattes posées sur le genou de sa maîtresse, observe la scène.
Chardin fut le maître de ce que les historiens nomment la scène de genre. Il représenta essentiellement des scènes d’intérieur intimes, sans détail inutile. Il se spécialisa en quelque sorte sur des scènes où on voit les personnages en pleine concentration. Le mérite est que cela les rend très humains, car ils sont pris dans des moments intimes. Ce ne sont plus des scènes de bataille, des portraits codifiés, des scènes où chacun joue son rôle.

Comment s’y prend-il ? Et bien, on le voit : il a réduit le décor de la pièce au minimum afin de nous informer sur l’essentiel et ne pas détourner notre attention. Dans l’angle droit du tableau, nous voyons l’encadrement d’une porte dans une tonalité verte simplement soulignée par deux bandes dorées. Donc, nous sommes dans un intérieur élégant dont les murs sont couverts de lambris. En effet, seuls les lambris de bois étaient peints et dorés. Autrement, nous voyons le bord de la chaise, la table recouverte d’un superbe tapis oriental et un opulent rideau sur la gauche. Le rideau laisse supposer que la scène se déroule non pas dans un boudoir finalement, mais dans une chambre. En effet, les lourds rideaux servaient pour entourer les lits et les protéger du froid. Concentrons-nous encore une fois sur la table. Elle se réduit également au strict minimum : la plume pour écrire, l’encrier et le sceau. Ce magnifique tableau constitue une exception dans la carrière de Chardin. Ce dernier était spécialisé dans les œuvres de petit format. Ici, nous avons, au contraire, un tableau très grand pour une scène très intimiste. Chardin était membre de l’Académie royale de peinture de Paris depuis 1728. Il eut une très grande réputation et reçut en particulier des commandes des cours de Russie et d’Allemagne. Le tableau que nous voyons a appartenu, comme les Watteau, au roi Frédéric 2.


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