La Voûte

Le dorsoduro insolite de veronese et du tintoret

La Voûte

Portez votre attention vers la voûte. Vous voyez trois toiles inscrites dans des médaillons : deux de forme ovale, et, au centre, un de forme carrée. Ces toiles représentent trois épisodes tirés du "Livre d'Esther" de l'Ancien Testament et racontent l’histoire de la seconde période de Captivité des Juifs en Mésopotamie au 6e siècle avant Jésus-Christ.
Mais comme vous l’aurez remarqué, ces scènes ne semblent toutefois pas se situer à l'époque antique. En effet, elles sont toutes revues à la mode du 16e siècle. Ceci explique pourquoi de nombreux personnages sont habillés de vêtements somptueux contemporains de l'époque de Véronèse. Le collorisme est joyeux et d'une grande luminosité, et le décor architectural est digne d'une villa palladienne. En réalité, à travers ces scènes bibliques, Véronèse montre une Venise de fêtes et de splendeur.

Regardons-les et écoutons l’histoire d’Esther. Rassurez-vous, tragique au départ, cette histoire se finit bien.

Mais pour l’instant, pour voir le premier tableau de l’histoire, retournez-vous tout en restant assis sur le banc. Ce tableau se situe dans l’entrée, en partie au-dessus de la tribune. Nous voyons le roi perse Assuérus, le probable Xerxès, qui répudie sa femme, l'insoumise Vasthi, qui est représentée sortant du palais et descendant un escalier. Assuérus ordonne alors de chercher dans le royaume une jeune femme belle et digne de remplacer Vasthi. Parmi les candidates, se trouve une princesse juive, Esther, la pupille de Mardochée qui avait été déporté par Nabuchodonosor depuis Jérusalem vers Babylone. Présentée au roi, qui ignore son origine, Esther le séduit. Il la couronne alors du diadème royal. C’est ce que vous pouvez voir dans le tableau central, situé juste au-dessus de vous.
Son oncle Mardochée y est représenté en armure. Une lutte à mort s'ouvre alors entre, d’une part, Esther et Mardochée et, de l'autre, le grand vizir Aman qui connaissent l'identité d'Esther. Jaloux, Aman obtient du roi un décret d'extermination de tous les juifs. De son côté, surmontant ses craintes, Esther ose demander au roi la grâce de son peuple. Et elle l’obtient. C’est d’ailleurs ce que célèbrent chaque année les juifs lors de la fête de Pourim. Aman est alors condamné et Mardochée triomphe, qui devient vizir à sa place.
Sa gloire est représentée dans le dernier tableau, placé juste avant le chœur. Mardochée est représenté en armure sur son cheval. Assuérus est sur le sien au centre de la toile. Cette dernière scène est révélatrice des prouesses techniques de Véronèse. Afin de renforcer l'impression de profondeur, il exécute des contre-plongées et des raccourcis saisissants. En peinture, un raccourci est une réduction que le peintre fait subir aux figures vues en perspective. Regardez les chevaux : leurs poitrails et leurs pattes semblent ainsi suspendus au-dessus de vous. Ne vous impressionnent-ils pas ?
Alors dites vous qu’ils ont du impressionner les contemporains de l'artiste encore bien plus que vous ne l’êtes, car, à l’époque, bien sûr, personne n’avait vu les effets spéciaux que diffusent en abondance nos cinémas et écrans télé...


<< 7 - Le peintre exception...         9 - L’orgue et les diver... >>

Sommaire complet du dossier :