L’orgue et les diverses œuvres somptueux de l’église

Le dorsoduro insolite de veronese et du tintoret

L’orgue et les diverses œuvres somptueux de l’église

Toujours face au chœur, tournez maintenant simplement votre regard vers le mur gauche de l'église. Vous y voyez l'orgue, un orgue somptueux au décor délicat, si typiquement Renaissance, fait de colonnes et d'un fronton antiques, d'une voûte à caissons emplis de rosaces, de guirlandes végétales et de mascarons. C'est l’œuvre de Véronèse... qui, de nouveau, s'est attelé à la tâche.

Peu de temps après avoir achevé ses premières oeuvres dans l'église, Véronèse propose un projet destiné au buffet d'orgue, partie de façade de l’orgue ; il en achèvera les ornementations picturales en 1560. Sur les venteaux de l'orgue, sont représentés, d’un côté, en position fermée, la « Présentation de Jésus au temple », et de l’autre, en position ouverte, la « Piscine probatique », piscine où des miracles se produisent lorsque Jésus y est passé. Le trompe-l’œil et l'architecture sont les caractéristiques respectives de ces deux oeuvres. Si les volets sont fermés, vous observerez cette femme située à gauche, peinte entre deux colonnes, l’une fausse et l’autre bien réelle. Ce qui montre combien Véronèse était dans le courant d'une peinture illusionniste.
En revanche, si les volets sont ouverts, vous serez frappé par la symétrie de la composition, et par son architecture antique. Celle ci écrase presque l'ensemble de la scène, et révèle une fois encore le goût de Véronèse pour les préceptes architecturaux de Vitruve. Vous pouvez maintenant vous lever et vous approcher du chœur.

Le maître-autel fut reconstruit sur un projet de Véronèse lui-même. Les trois toiles monumentales, les dernières du maître dans cette église, datent des années 1565-1570. L'artiste peint la "Vierge en gloire avec Saint Sébastien et d'autres saints" au-dessus de l'autel, le "Martyre de Saint Sébastien" sur le mur de droite , "Saint Marc et Saint Marcellin conduits au martyre" sur celui de gauche. Nous ne commenterons pas ces œuvres en détail. Mais remarquons que ces deux dernières scènes illustrent bien les thèmes de prédilection de l'artiste : au travers de ces grandes compositions religieuses, il peut réaliser ces constructions théâtrales qu’il affectionne tant et les emplir des foules bigarrées qu’elles impliquent. Véronèse montre là encore son goût pour l'art décoratif et pour la représentation de la splendeur de Venise.
Maintenant, quand vous aurez pris le temps de bien voir ces toiles, déplacez-vous vers la sacristie qui se trouve à gauche du chœur. Une porte, inscrite dans le mur gauche de la nef, sous l’orgue vu précédemment, vous permet de pénétrer dans un petit couloir menant tout droit à la sacristie. Entrez-y et prenez le temps d'admirer cette vaste salle.

De nouveau, le plafond est entièrement de Véronèse, alors que les murs ne le sont pas, même s’ils datent du 16ème siècle aussi. Il y peint le "Couronnement de la Vierge" entouré des Quatre Evangélistes qui se trouvent chacun dans l’un des quatre macarons qui entourent la vierge. Cette œuvre, le "Couronnement ", montre, une Vierge en émoi couronnée par le Christ. S’y joignent le Père et le Saint Esprit sous la forme d'une colombe. Le rouge et le bleu des personnages bibliques prédominent sur la toile. Les figures des Evangélistes sont reconnaissables grâce à leurs attributs : Saint Luc et le taureau, Saint Marc et le lion, Saint Jean et l'aigle, Saint Matthieu et l'ange. L'attribution de ces symboles est principalement due à Irénée de Lyon et datent du 2ème siècle. Ces symboles, appelés aussi le tétramorphe, symbolisent, dans le christianisme, l'universalité de la présence divine. Selon Saint-Jérôme, l'ange figure l'incarnation ; le taureau, la Passion ; le lion, la résurrection et l'aigle, l'ascension. Mais, ce qui frappe le plus dans ces Evangélistes, c'est le traitement stylistique : regardons bien : ils sont tous perçus dans une contre-plongée spectaculaire avec des raccourcis, c’est à dire avec des réductions, hors du commun. Saint Luc tourne même le dos au spectateur ! C’est un style vraiment très libre, novateur pour l’époque.


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