L’Eglise San Trovaso

Le dorsoduro insolite de veronese et du tintoret

L’Eglise San Trovaso

Après le pont, prenez ce quai Bontini sur 200 m environ jusqu’à ce que vous tombiez sur une petite place à votre gauche. Vous serez alors arrivé au campo San Trovaso.

Vous êtes maintenant arrivé sur le Campo San Trovaso. Vous voyez la façade de l’église, San Trovaso. Approchez et faites-en le tour sur la droite. Arrêtez-vous devant l'entrée latérale de cette église. Vous aurez alors le rio San Trovaso dans le dos. San Trovaso est en fait l’abréviation du Rio San Gervasio e San Protasio. Vous verrez des panneaux aux deux appellations.

Vous êtes devant l’entrée latérale de l’église. C’est surprenant n'est-ce pas ? Car cette entrée latérale est quasiment identique à la façade principale. Cet édifice est effectivement doté de deux façades, ce qui est à la fois exceptionnel et énigmatique.
Serait-ce dû au fait que l'église est dédiée aux saints jumeaux, Saint Protais et Saint Gervais, dont la contraction a donné "Trovaso" ? Pourquoi pas, bien qu’elle ne soit pas la seule église à être consacrée à deux saints...
Envisageons une autre hypothèse, plus typiquement vénitienne : les deux entrées auraient été réalisées pour que les deux grandes factions rivales de Venise, les Nicolotti et les Castellani, puissent pénétrer dans l'église de façon pacifique, c'est-à-dire chacune de leur côté. Ces deux clans animaient la vie du quartier d’une façon bien particulière. Ils avaient prit pour habitude de s’affronter sur les ponts de Venise dont certains furent alors baptisés "pont de la guerre" ou "pont des coups de poing ". Mais ces combats tenaient davantage de jeux. Ils voulaient être une imitation des guerres et victoires vénitiennes. "Des jeux ?" Mais oui, parce qu'il y avait des spectateurs, sur les quais, sur les barques et même sur les toits. La confrontation était tout de même sanglante. Imaginez les factions se rencontrant au centre d'un pont, alors sans parapets. Les Castellani, béret et écharpe rouges face aux Nicolotti, bérets et écharpes noirs. Armés de bâtons, ils s'attaquent. Ceux qui tombent à l'eau pendant le combat peuvent reprendre leur place dans la formation. Le public se passionne pour ce spectacle ; il participe, en lançant des pierres, des tuiles, des chaises, de l'eau bouillante sur les factions. Il s'échauffe et le "spectacle" qui dégénère se termine en bagarre généralisée. Voilà les jeux vénitiens qui divertissaient au Moyen Age et à la Renaissance. Cela dura jusqu'en 1574, date à laquelle le roi Henri 3, en visite à Venise, effrayé par la violence de ces joutes, demanda que l'on y mit fin.

Revenons à présent à notre église et à ses deux façades. Elles sont de style palladien, c'est-à-dire d'un classicisme adopté et adapté par Palladio, le plus grand architecte vénitien de la Renaissance. Chacune des façades comporte deux niveaux. Regardez la partie basse : elle est divisée en trois parties verticales : le corps central et deux ailes étroites délimitées par des pilastres à chapiteaux corinthiens. Regardez maintenant la partie supérieure : elle est dotée d'une grande fenêtre en demi-lune, surmontée d'un fronton. Cette fenêtre, si caractéristique de Venise, rappelle l'architecture thermale romaine ressuscitée par Palladio. Le tout fait revivre la majesté de l’antiquité.


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