L’ intérieur de l’Eglise San Trovaso

Le dorsoduro insolite de veronese et du tintoret

L’ intérieur de l’Eglise San Trovaso

Entrons maintenant par la façade latérale. A l'intérieur de l'église, avancez tout droit dans l'axe de l'entrée. Vous traversez alors le transept qui est la partie perpendiculaire à la nef et vous arriverez devant la chapelle du Saint Sacrement, située juste devant vous, au fond du transept gauche.

Deux œuvres du Tintoret nous y attendent : sur le mur de droite, la "Cène" ; sur le mur de gauche, le "Lavement des pieds". Nous nous attacherons surtout à « la Cène »
Mais tout d’abord, qui est ce peintre génial ? Jacopo Robusti est fils de teinturier, d'où son nom de Tintoret. C’est un acharné, un passionné du travail, fou d'art, de religion et d'histoire. Doté d’une grande force de caractère, il restera isolé du monde aristocratique vénitien.
Sur les murs de sa chambre, il inscrit en gros caractères une maxime : "le dessin de Michel-Ange et la couleur de Titien" : c'est-à-dire la nervosité et la force du premier et la vibrante luminosité et les couleurs chaudes et acides du second. Son sens dramatique l'éloigne des représentations d'une Venise festive chères à son grand contemporain, Véronèse. Le Tintoret est donc un peintre de la fin du 16ème siècle.
Nous allons faire ici une petite analyse de son œuvre. Regardez bien le tableau du dernier repas du christ : la "Cène". Si réaliste qu'elle donne presque l'impression d'un repas bien arrosé entre amis ! Les Apôtres et le Christ sont assis autour d'une table sur des tabourets de bois ou des chaises rempaillées. Observez le détail de l'une d'elles, au premier plan. Les convives ont jeté, en un élan désordonné, leur besace et leur manteau sur les rampes de l'escalier ou sur le coffre. Un véritable banquet d'auberge !
Regardez, l'un des Apôtres qui tournent le dos au spectateur saisit la cruche pour se resservir en vin. Deux autres, à gauche et à droite, s'apprêtent à manger de nouveau. Cette scène, à l’évidence, l'artiste la veut très humaine, très sensorielle. Ainsi, les cinq sens y sont évoqués : le toucher par le mouvement des mains, le goût et l'odorat par le repas de pain et de vin, l'ouie par les paroles du Christ, enfin la vue par les regards des Apôtres qui s’interrogent sur le message de Jésus. Mais cette Cène est loin de n'être qu'un banquet trivial... Car le drame éclate : le Christ délivre son message et les Apôtres sont frappés par celui-ci. La composition est alors tourmentée comme les personnages eux-mêmes.
Le Christ est présenté comme un « passeur » entre Cité terrestre et Cité céleste, laquelle est figurée derrière lui. Regardez aussi ce qui ressemble à un tableau… au fond du tableau ; vous y voyez comme des figures fantomatiques : c’est très caractéristique de la manière du Tintoret, qui laisse ainsi planer le mystère. Ce repas- Cette Cène de San Trovaso, très humaine, possède une grande portée théologique. Un thème qui fascinera l'artiste pendant toute sa vie : il réalisera une douzaine de Cène, faisant varier, à chaque fois, les postures et les angles de vue.


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