Le grand coloriste Andrea Del Castagno

Le duomo : la cathedrale de florence

Le grand coloriste Andrea Del Castagno

Comparons maintenant ce tableau avec celui qui se trouve juste à sa gauche. Approchons nous en... Alors que représente cette œuvre ? Et bien …la même chose que la précédente : une statue équestre sur un massif piédestal. Mais dans un tout autre style... Car Andrea del Castagno, artiste florentin secondaire du 15ème siècle, est un grand coloriste passionné par les liens entre la peinture et la sculpture. Et c'est ce qu'il nous montre ici. Découvrons cela. Tout d’abord, la peinture a été réalisée en 1456, c'est-à-dire 20 ans après la fresque de Paolo Uccello. L'oeuvre intitulée « Niccolo da Tolentino » marque un changement d'orientation par rapport à la représentation de l'Acuto. Observons à cet égard le cheval et son cavalier. Quelle est la 1ère impression qui vous vient à l’esprit ? Pour notre part, c’est l’impression de vie du cheval. Sa tête est tournée vers le spectateur, ses muscles sont saillants. La 2ème caractéristique est le raffinement. Regardez l'armure et même le chapeau du cavalier. Vous voyez ? Ils sont extrêmement travaillés. Tout comme la selle du cheval d'ailleurs. Vous la voyez ? Mais ce qui frappe aussi, c'est l'usage de la ligne, et c'est ainsi la conception même de la peinture qui n'est pas celle d’Uccello. Car ce dernier construit des volumes, alors que Castagno dessine des traits. Quelques détails symptomatiques : concentrez-vous sur la cape du cavalier, ou bien sur la queue du cheval : tous deux sont dépeints par des lignes, et uniquement par des lignes. Et remarquez comme les lignes sont nettes et franches. Il est visiblement un adepte de la suprématie du dessin sur tout autre art, une suprématie exigée dans les traités de peinture d'Alberti, et de Léonard de Vinci. L'œuvre d'Andrea del Castagno constitue ainsi un étonnant pendant critique à celle de Paolo Uccello.

Un dernier point sur ces œuvres, non pas pictural, mais historique. Qui sont ces deux cavaliers ? Redonnons leur nom. A votre droite, c’est le Britannique Sir John Hawkwood. A votre gauche, avec son chapeau flamboyant, c’est Niccolo da Tolentino. Leur point commun ? Et bien, c’est leur statut : car ce sont de célèbres « condottieri ». C’est à dire des mercenaires à la solde de la cité la plus offrante. Et Florence leur fit non seulement un pont d'or de leur vivant, mais aussi une gloire éternelle avec ces peintures funéraires. D'origine italienne ou étrangère, ces condottieri étaient en quelque sorte des généraux mercenaires et ils étaient très demandés. Très demandés parce que les guerres étaient de plus en plyus techniques et demandaient des gens qui en avaient fait leur métier et aussi, car il y avait bien sûr beaucoup de guerres entre les cités italiennes. C'est ainsi que Niccolo da Tolentino, à gauche, servit la République florentine de 1426 à sa mort en 1435. Mais sans idéologie, ces hommes s'attachant aux plus offrants pouvaient facilement retourner leur veste. L'Acuto en est un très bon exemple. Après avoir servi Pise, puis Milan contre Florence, il se mit au service de la cité florentine, dès 1377 et ce, jusqu'à sa mort en 1394. La cité avait payé très cher pour s'attacher celui qu'elle avait combattu auparavant. Parmi les honneurs qui lui furent accordés, l'on peut citer : le don de citoyenneté florentine, l'exemption d'impôt à vie, et des obsèques solennelles. Extrêmement bien payés, ces condottieri acquirent aussi villas et territoires environnants, les mettant à l'abri de toutes difficultés... Un honneur donc d'être ici enterré. Élément révélateur de la laïcisation de la pensée et de l'art à l'époque de la Renaissance, car finalement quoi de plus insolite que ces mercenaires présents en la cathédrale !


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