Au-devant de la porte sud de la cathédrale

Le duomo : la cathedrale de florence

Au-devant de la porte sud de la cathédrale

Approchons nous à présent du baptistère en nous plaçant devant la porte sud située face à la loggia del Bigallo où nous avons commencé notre visite.

Contemplons à présent la porte devant laquelle nous sommes. Vous devez pouvoir voir les vantaux de la porte. Bien. Pourquoi nous attarder sur ces vantaux sculptés ? Car le baptistère de Florence est avant tout célèbre pour ses trois portails monumentaux en bronze, à la fois avant-gardistes et références artistiques. Et afin de le comprendre, nous allons découvrir la Porte Sud, puis la Porte Nord, enfin la Porte Est, dite porte du Paradis. Dans un premier temps, admirons la Porte Sud, celle qui se trouve face à nous. Que voit-on ? Ce sont 20 compartiments représentant des scènes de la vie de Saint Jean, de l’Annonciation de l’Ange à Zacharie, le père de saint Jean à l’enterrement de saint Jean.

Les 8 panneaux des deux rangées inférieures figurent les vertus, telles que la Charité avec la corne d’abondance ou la Justice avec son épée et sa balance.
Comment se lisent-ils ? Du haut à gauche pour terminer en bas à droite, en commençant par le vantail de gauche puis par celui de droite.

Tous exécutés par Andrea Pisano dans les années 1330, ces panneaux sont l’expression sculptée de l’art pictural de Giotto. Comme nous le disions devant le campanile, Giotto, c’est le peintre révolutionnaire, c’est le pionnier de l’expressionnisme humain et du naturalisme.
En quoi ? Eh bien ! Observons à cet effet la scène du Baptême du Christ qui est à peu près à hauteur des yeux. Où se situe-t-elle ? Regardez le portail de gauche : elle est dans la 2ème colonne, c’est la 5ème scène en partant du haut. Vous la voyez ? Non ? Alors, vous verrez le Christ auréolé qui est figuré nu dans le Jourdain entre saints Jean Baptiste à droite et un Ange à gauche. Les voyez-vous ? Oui ? Alors contemplons la scène. Qu’illustre-t-elle ? Très précisément, le récit selon l’Evangile de Marc : « Jésus vint à Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit Saint, comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. » Mais ce qui frappe ce n’est pas tant la volonté de véracité de la part de Pisano, mais le souhait de rendre vivant la scène à travers les mouvements des protagonistes et leurs expressions. Observons, à cet égard, saint Jean Baptiste. Comme il est précisé dans le Nouveau Testament, il est vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins. Il regarde intensément le Christ, se rappelant ce qu’il avait dit aux fidèles : « Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. ». Son expression est emprunt de respect et de fascination face à ce qui se produit devant lui. Et élément amusant : regardez encore saint Jean : vous voyez ? il retient sa toge de la main gauche afin qu’elle ne trempe pas dans le Jourdain ! Un détail révélant le souhait de faire transparaître le naturalisme inspiré des fresques de Giotto. Tout comme le paysage marqué par des arbres et des rochers mais aussi des plantes grasses fleuries de rocailles et une fleur de lys au pied de saint Jean. Le lys qui est évocateur de l’Annonciation à la Vierge. Le drapé de l’Ange et son expression d’une grande douceur méritent aussi toute votre attention.
Regardons encore une autre scène : c’est le « Transport du corps de saint Jean Baptiste », situé à droite de la scène du baptême sur l’autre vantail.

La voyez-vous ? Cette scène où l’on ne voit que la tête de saint Jean allongé dans son linceul, est étonnante de modernité. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’il y a un jeu étonnant des têtes et des regards douloureux ; puis parce que trois des six porteurs sont sculptés de dos : une audace rare, encore à cette époque.
Regardez maintenant attentivement tous ces panneaux. N’êtes-vous point touché par leur finesse d’exécution et leur splendeur toute décorative ? Une impression qu’eurent probablement les Florentins de l’époque en découvrant l’œuvre, car rien de tel n’existait dans leur cité et peu de villes européennes pouvaient se targuer de détenir un tel trésor !
Mais revenons à l’artiste : Andrea Pisano. Qui était-il pour avoir réalisé ces chefs-d'œuvre ? Et que sait-on de lui ?  Eh bien, curieusement rien, si ce n’est qu’il a probablement débuté comme orfèvre, ce qui se voit à travers le travail raffiné du bronze et que la Porte Sud est sa 1re œuvre connue. Un sacré coup de maître, pourrait-on dire ! Il sera ensuite, comme nous venons de le voir, l’auteur des bas-reliefs du campanile et l’un des maîtres de chantier de la cathédrale. Et ce sont à peu près ses uniques œuvres connues… Andrea Pisano est ainsi un artiste resté méconnu, mais un artiste auteur d’illustres chefs-d’œuvre ! Cela laisse rêveur…


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