La Façade de l’église

Le malas trana insolite

La Façade de l’église

Maintenant regardons un peu la façade de l'église. Il faut d'abord insister sur la nouveauté que représentait une telle façade à Prague au début du 17e siècle.
Nous constatons que la façade est plutôt dépouillée et qu'elle se compose de trois niveaux dont le plus curieux est le niveau central percé d'une fenêtre cintrée c'est-à-dire en demi-cercle et rythmée par de petits pilastres. L'utilisation du pilastre, toujours cette sorte de colonne plate, est très frappante : l'architecte s'en sert pour donner plus de rythme et de faste à la façade. Il s'attache aussi à établir une liaison claire entre le deuxième et le dernier étage. Regardez bien le deuxième niveau : il a posé comme des reliefs en forme de gros escargots de pierre des volutes, à droite et à gauche du fronton. Un fantaisiste sans doute ? Et bien pas du tout ! déjà parce que ce type de décoration est issu de la Renaissance qui ne se caractérisait pas trop par sa fantaisie et ensuite parce que ces volutes « tiennent » dirons-nous la façade. Ils organisent une liaison harmonieuse entre les niveaux et contribuent à la cohérence et à l'unité d'ensemble, le but principal de l'architecte.
Maintenant, regardons tout en haut, au niveau du tympan : l'église est décorée, par une étoile. C’est une allusion à la Vierge, mais aussi à l'Ordre des Carmes Déchaussés dont l'Etoile était le symbole.
Descendons notre regard à hauteur du portail. Comme nous le voyons, il est dominé par une niche très architecturée qui abrite une statue en grès de la Vierge à l'Enfant. La Vierge est couronnée, elle tient un sceptre, marche sur un croissant de lune et sa tête est couronnée de 12 étoiles. Cette représentation de la Vierge appartient au 17e siècle, et c'est le peintre espagnol Murillo qui le premier la représenta ainsi. Le thème de la Vierge installée sur un croissant de lune et couronnée par 12 étoiles fait référence à l'Apocalypse, un texte mystique écrit par l'apôtre saint Jean l'Evangéliste à la fin du 1er siècle de notre ère. Le thème de ce texte est la révélation du Christ. Saint Jean y évoque l'avènement du Royaume de Dieu aux fins dernières après la victoire du Bien sur le Mal. L'un des épisodes oppose une Femme à un Dragon. Cette Femme, dit le texte, est "enveloppée du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de 12 étoiles". Cette Femme combat et détruit Le Dragon qui symbolise le mal. Rapidement, les théologiens ont interprété La Femme de l'Apocalypse comme la préfiguration de la Vierge Marie Victorieuse. La Vierge, la lune, les 12 étoiles : c'est bien la représentation que nous avons sous les yeux. On peut ajouter que le chiffre 12 fait sans doute allusion soit aux 12 apôtres, soit aux 12 tribus d'Israël, soit aux deux.
On comprendra que les gens se tournaient vers ces images de la Vierge, pour célébrer à la fois la Mère du Christ et Grande avocate. On l'appelait aussi ainsi, car elle est celle qui intercède auprès de Dieu pour le salut des hommes. Vierge protectrice donc mais Vierge Victorieuse aussi. Car on rapporte que c'est en se plaçant sous sa protection lors de la Bataille de la Montagne Blanche, que les catholiques remportèrent la victoire. La Vierge avait en quelque sorte reconnu les siens, puisque les protestants, en revanche, ne la considèrent pas comme une sainte… Et c'est bien sur cette victoire là que les Carmélites célébrèrent lorsqu'ils choisirent de rebaptiser le temple luthérien de la Sainte-Trinité en l'église catholique Notre-Dame-de-la-Victoire.


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