L’intérieur de l’église

Le malas trana insolite

L’intérieur de l’église

Nous pouvons maintenant entrer dans l'église. L'intérieur reprend le plan traditionnel des églises romaines baroques. C'est-à-dire qu’il y a une nef unique pour accueillir davantage de fidèles, et sur les côtés une série de six petites chapelles, chacune d'entre elles étant vouée à un saint particulier. Au fond se trouve l'autel majeur vers lequel tout regarde.
Et déjà, pour commencer, peut-être avez-vous remarqué qu'il n'y a aucune peinture murale ? Chose surprenante à Prague. Certes. Mais en fait, la richesse du décor ne repose ici que sur la luxuriance des chapelles, qui sont décorées d'autels de bois noirs lourdement chargés de peintures et de dorures. A l'heure de la grand-messe, lorsque les cierges, l'encens et les accents de l'orgue se mélangeaient, l'effet d'ensemble devait être saisissant.
Parmi ces six chapelles, il y a celle consacrée au "Petit Jésus de Prague". Approchons-nous, c'est la seconde chapelle à droite de la nef.

L'autel actuel date de 1776, il est très impressionnant. Il est en marbre gris, alors que tous autres autels sont en bois peint. Il est composé d'une haute niche surmontée d'un fronton et se divise en deux registres. Découvrons les : le premier, céleste, tout en haut, associe la colombe du Saint-Esprit, on la voit bien, elle surgie d'un flot de lumière matérialisé par des rayons d'or et Dieu le Père ; juste en dessous, il tend le bras vers le bas.
Le second registre est terrestre, on y voit de chaque côté de la niche, à droite saint Joseph et à gauche la Vierge Marie. L'un regarde vers le ciel et l'autre Marie vers une armoire en cristal où semble flotter et resplendir d'une mystérieuse lumière la statuette habillée du "petit Jésus de Prague".
Tout autour, sur les murs, des ex-voto en pierre laissés par des pèlerins témoignent de la popularité mondiale du Petit Jésus de Prague. On vient de loin, Canada, Niger, Pérou, Chili, et depuis longtemps.
Mais pourquoi une telle dévotion ? Parce qu'il s'agit de la représentation du Christ enfant. Ensuite parce que cette statuette est considérée comme miraculeuse. Enfin, parce que sa dévotion est encouragée par un des ordres mystiques très actifs au 17e siècle, l'ordre des Carmes déchaussés. Tradition, piété, politique rien ne manque !
Bon ! Tout d'abord, on sait que le culte de l'Enfant Jésus est très développé depuis les Pères de l'Eglise. Au Moyen-Age, on habillait déjà des statuettes que l'on vénérait. Mais le culte prit une importance plus marquée à partir du 17e siècle sous l'influence des visions mystiques de sainte Thérèse d'Avila, une religieuse espagnole du Carmel, qui vécut au 16e siècle. Enfin, dans le cadre de la lutte contre le protestantisme, l'Enfant Jésus avait aussi sa place.
Ensuite, en ce qui concerne le Petit Jésus de Prague, son histoire débute au 16e siècle en Espagne où il fut donné à une noble jeune fille, Maria Manrique de Lara, à l'occasion de son mariage avec l'un des puissants seigneurs de la Bohême. Elle donnera à son tour cette statuette à sa fille Polyxène lorsque celle-ci épousa Zdenek de Lobkowicz, l'un des hommes les plus puissants du Royaume. On peut être surpris d'une telle proximité entre l'Espagne et la Bohême, du moins dans les alliances matrimoniales. Mais il ne faut pas oublier que l'Espagne était alors une gigantesque puissance conduite par un Habsbourg, Charles Quint. N'oublions pas non plus la part importante que prît l'Espagne dans la lutte contre le protestantisme, par ses théologiens, ses mystiques, par ses ordres religieux aussi, les Jésuites, les dominicains, les Carmélites pour ne citer qu'eux.

Mais revenons à notre saga du "Petit Jésus de Prague". Elle se termine lorsque Polyxène, la jeune mariée, offrit en 1628 la statuette aux Carmes de Prague. Quelques années plus tard, la légende de l'Enfant Jésus Miraculeux est déjà bien installée et tous les grands noms de la noblesse catholique viendront s'agenouiller devant lui. Plus tard l'impératrice Marie-Thérèse sera l'une des grandes adoratrices du Petit Jésus de Prague. Elle lui offrira d'ailleurs un beau vêtement brodé.
Comme nous l'avons dit, la piété envers le petit Jésus de Prague reste très importante aujourd'hui encore, et sa garde-robe compte une soixantaine de vêtements.

Avant de quitter l'église, prenez le temps d'aller voir les autres autels de l'église. En particulier, le dernier, situé à droite de la nef en sortant de l'église. Il est consacré à sainte Thérèse d'Avila et vous permettra d’entr’apercevoir l’esprit mystique très fréquent à l’époque. Un peintre de Dresde du 18e siècle, Jan Dietrich, a représenté la sainte flottant sur un nuage à l'instant où un ange du Seigneur lui apparaît. Sainte Thérèse ajoute dans ses écrits mystiques qu" 'il avait à la main un long javelot d'or dont la pointe laissait échapper une flamme. Il m'en perça le cœur puis me laissa tout embrasée de l'amour de Dieu". Retrouverons-nous sur le parvis de l'église.


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