La Place du Grand-Prieur

Le malas trana insolite

La Place du Grand-Prieur

Et maintenant, continuons et retrouvons-nous au coin de la rue sur la Place du Grand-Prieur. Cette place fait allusion au grand maître de l'ordre de Malte dont le palais fait le coin. On dit souvent que cette petite place ombragée est l'une des plus intimes de Prague. Beaucoup ont une petite faiblesse pour cet endroit. Allons devant le portail du palais maltais.
Juste en face du palais maltais, nous voyons une belle façade d'un rose tendre tirant légèrement sur l'orange. Il s'agit du palais Bucquoy, l'actuelle ambassade de France.
Un palais de plus, mais pas des moindres. Son aspect actuel date du milieu du18e siècle. Nous remarquons que la façade est encore très longue, mais elle est animée en son centre par un avant-corps plus décoré. Il est d'ailleurs couronné par un tympan percé d'un œil de-bœuf, une sorte de lucarne ovale. Le portail principal est légèrement décalé sur la droite. Comme toujours, le rythme de la façade est donné par la succession de quelques pilastres qui couvrent les deux étages, des pilastres monumentaux donc. Entre ces pilastres il y a deux rangées de fenêtres décorées avec d'élégantes guirlandes composées de lignes contournées, curvilignes. C'est très précieux ! On appelle ce style "rocaille" car on dit qu'il est capricieux comme la forme des coquillages et des rochers : d'où son nom de "rocaille" qui, en Europe centrale et en Italie, sera plus souvent appelé « rococo ».
Parmi les hommes illustres qui sont venus au Palais Buquoy, il faut citer Mozart qui y joua une de ses œuvres en 1787. Mais on peut aussi ajouter Paul Claudel, qui fut consul de France à Prague entre 1909 et 1911.

Peut-être l'avez-vous remarqué en entrant sur la place, en face du palais Bucquoy et dans le prolongement du palais maltais, un long mur est recouvert de graffitis. On l'appelle ici le mur de Lennon, en hommage au chanteur des Beatles. Dans les années 80, après la mort du chanteur, on lui rendait un véritable culte à cet endroit. A l'époque c'était la guerre froide et depuis 1968, date de l'intervention des chars soviétiques, Prague mangeait son pain noir. Pour la jeunesse, les mouvements de paix étaient des catalyseurs importants, et le rêve occidental une permanence. John Lennon cristallisait un peu tout cela. C'est pourquoi, après sa mort, le mur est devenu une sorte de tribune de la jeunesse. Chacun y laissant un graffiti, un dessin, voire un portrait peint de John Lennon. Puis la police passait et effaçait toute cette contestation d'un grand coup de peinture. Le lendemain, les graffitis refleurissaient. Comme nous pouvons le voir, la tradition a perduré et beaucoup y laissent encore un mot, un slogan, un dessin. Peut-être est-ce un moyen pour les Pragois de rester vigilant par rapport à l’ordre établi ?


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