La Loggia du Palais Wallenstein

Le malas trana insolite

La Loggia du Palais Wallenstein

Allons voir la Loggia d'un peu plus près. Au départ, la Loggia est un espace couvert exposé sur une place et sous lequel les grands magnats s'adressaient au peuple. Et où l'on rendait aussi la justice. L'Italie en donna le modèle. Nul doute que l'inspiration de celle du Palais Wallenstein, à usage édifiant et privatif, regarde vers l'Italie, comme son architecte Andrea Spezza.

Mais, il faut insister sur l'aspect novateur de cette construction. Cette loggia fut l'une des premières du genre en Europe Centrale et elle aurait toute sa place en Italie comme l'ensemble de ce palais.

Décrivons-la en détail, elle en vaut la peine. Sa structure est composée de trois grandes arcades portées par des colonnes groupées deux à deux dont le style est très épuré. Les décors plus fouillés entre les arcs permettent un passage nuancé vers les grands murs stuqués qui recouvrent l'intérieur de l'édifice. On remarquera que sur le mur du fond de la loggia, trois peintures répondent aux trois arcades de la façade en en reprenant la forme semi-circulaire.

L'iconographie n'est d'ailleurs pas innocente, mais peut-elle seulement l'être ?
Baccio del Bianco a privilégié les motifs navals et militaires, les représentations de héros antiques, Enée, Ulysse, Penthésilée -la Reine des femmes guerrières, les Amazones- et bien d'autres encore, tous représentés et enchâssés dans le décor stuqué de la loggia. C'est dans ces grandes peintures de forme semi-circulaires - que l'on appelle des lunettes - qui se trouvent en haut du mur du fond de la loggia que les scènes les plus violentes ont été installées. Sans que l'on puisse identifier exactement les protagonistes, c'est bien la guerre de Troie qui est évoquée. Par contre, les cuirasses des guerriers sont bien, elles, du 17e siècle.
Tous ces combats qui font rage sur les murs sont comme autant de témoignage de la furie de Wallenstein sur les champs de Bataille –bien réels ceux là- d'Europe centrale.
Continuons à regarder ce décor stuqué. Entre le plafond et les grandes peintures que nous venons d'évoquer, d'autres images -installées cette fois dans des cadres triangulaires- représentent des héros. Par exemple, juste au-dessus de la première et de la seconde lunette, on reconnaît Enée, le héros de la guerre de Troie fêté par Homère. Il est intéressant de dire 2 mots de ce héros, car il n’est pas sans rappeler le sort de Wallenstein.
Rappelons qu'Enée est un Troyen. C'est un héros valeureux et protégé par les dieux. Et, à la chute de Troie, il sera l’un des seuls rescapés. Plus tard, à l'issue d'un long voyage, il abordera l'Italie puis en fera la conquête. Et c'est l'un de ses descendants, Romulus, qui fondera Rome! Moustaches, barbiche, armure, ce n'est pas très antique tout cela. Mais comment résister au caprice de s'identifier à un tel héros ? Et c’est à ce héros, que Wallenstein, par ses peintures, montre qu’il s’identifie.
Mais du point de vue de l’empereur Habsbourg, Enée est aussi celui qui a créé son propre royaume et s’est dissocié de son souverain précédent. En bref, cette peinture a plutôt poussé Wallenstein vers le tombeau en affichant trop clairement –à qui se méfie- ce que pouvait être son objectif.

Et pour finir, regardons maintenant au plafond de la loggia. Pour bien lire les peintures, mettons-nous face au mur du fond. Vous voyez alors un décor composé de trois panneaux représentant des assemblées de dieux flottant dans les airs. A gauche, c'est le dieu Neptune : il règne sur la mer toujours un trident à portée de main. Au centre, Jupiter, le maître de l'univers qui gouverne aussi l'ensemble du panthéon. Mais le panneau le plus intéressant est à droite. Il représente le dieu Mars, le dieu de la Guerre, représenté en armure avec une épée et assis dans les nuées …mais attention –c’est une des premières fois qu’on voit cela- il est moustachu !!! Moustachu comme Wallenstein bien sur !
Et là encore, laisser sa mégalomanie aller jusqu’à se comparer à des dieux – usuellement associés aux rois et empereurs- était courir un bien grand risque.
Et on connaît la suite.
Toutes ces peintures sont l'œuvre de Baccio del Bianco. Du point de vue stylistique, elles sont assez plates pour ne pas dire maladroites. Elles font sourire. Dans les scènes de batailles, les premiers rôles sont très rigides et ne "crèvent pas l'écran" et les compositions sont plutôt des citations d'œuvres italiennes réputées alors. Cela dit, n'oublions jamais qu'il s'agit d'une œuvre collective d'atelier et surtout que le décor a été malheureusement restauré dans les années 1950.


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