Témoignage d’un brocanteur

Le marche aux puces de saint-ouen

Témoignage d’un brocanteur

Mais en quoi consiste le travail de brocanteur ? Jacques, un des nombreux professionnels des Puces saura sûrement nous renseigner là-dessus. Comme il le dit lui-même : «les gens peuvent se faire des idées du genre "Oh c’est facile, ils travaillent samedi, dimanche lundi et c'est tout" mais non! Rien ne va par hasard. La présentation en magasin, c'est le fruit de tout un travail et nos clients ou collectionneurs n'en voient qu'une toute petite partie. D'abord, nous dit-il- il faut s’occuper des sources d'approvisionnement. Il faut aller chercher la marchandise. Pour les achats, quand vous êtes spécialisés, vous allez voir chez des collègues et il y a des particuliers aussi qui, en permanence, nous proposent des choses. Mais une grande partie des achats se fait dans d'autres régions. Donc, il faut parcourir toute la France, aller partout, et principalement dans les régions productrices de votre spécialité. Mais si on prend la faïence par exemple, on peut aller en Bretagne pour ses faïences de Quimper. Il y a aussi celles de Sarreguemines, Nevers ou Gien et dans de nombreuses autres régions de France... Bref, sur cet exemple de spécialité, on voit qu’on a à aller partout en France.

Quand on va chiner, on prend le camion dans l’espoir de trouver des choses. Parfois ce n'est pas achetable parce que c'est trop cher … mais en tout cas, on part dans le rêve. Des fois, on revient la mine triste et au gré de nos étapes, au gré des parcours, on est plus ou moins heureux ou malheureux. Et puis, quand on part comme ça en province, il y a des frais de péages, des frais d'hôtels, etc. Tout cela a un coût qu’il faut bien rajouter au coût de l’objet rapporté. Certaines fois, on revient avec un ou deux objets qu'on trouve de qualité et on se dit « tiens, là on a une part de rêve et peut être que ça nous "fera nos frais" ». C'est ce qui nous permet de continuer à rester dans notre passion et à faire tourner notre commerce»
Donc, on l’aura compris : trouver les objets prend beaucoup d’énergie. Mais Jacques continue de nous expliquer : « Après, -nous dit il encore- il faut consacrer beaucoup de temps à faire des recherches. Admettons que vous ayez découvert quelque chose mais que c'est le grand flou : vous ne connaissez pas bien l'objet ni sa valeur, mais vous sentez que c'est bien. Parce que dans le métier, on doit avoir quelque chose qu'on appelle du nez : on est tellement habitués aux belles choses, que dès que quelque chose nous attire -même sans bien le connaître - on est prêt à faire un petit pari. On se dit : tiens, ça va plaire. Il y a tous les éléments pour que ça soit quelque chose de très bien! Et là commence le travail de recherche, souvent à partir de la signature de l'objet. En plus, pour les gens qui font des meubles, il y a aussi du nettoyage ou de la restauration. Et puis comme n'importe quelle entreprise, on a un livre de Police à remplir où l'on note le nom des objets et à qui on les a achetés. Il y a toute la comptabilité à faire, et la préparation du magasin. Tout cela se fait pendant la semaine puis on ouvre au public tous les week-ends, et en fait c'est un boulot 7j/7. Mais c'est avant tout une passion, et dans une passion, il n'y a pas de notion du temps. En plus, on est très indépendants, un peu poètes parfois. Le seul moment où on se rend compte que c’est un travail, c’est quand on est en contact avec notre banque. Et c’est ce qui nous empêche d'être philanthrope. »


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