La rue Paul Bert

Le marche aux puces de saint-ouen

La rue Paul Bert

Dépassons ce petit bistro pour nous rendre dans la rue Paul Bert, la prochaine sur votre gauche. Un immeuble en meulière fait l’angle. De couleur ocre à marron, la meulière est cette pierre spongieuse très répandue comme matériau de construction en île de France notamment. Il existait en effet de nombreuses carrières autour de Paris et la pierre fut utilisée, au départ, pour construire des meules à grain, d’où son nom.

Une fois dans la rue Paul Bert, avancez un peu et vous remarquerez deux pavillons le long du trottoir de droite. Recouverts d'une abondante végétation, ces pavillons sont de bien jolies curiosités, car eux aussi abritent des stands.
Tous les week-ends, un déballage investit les trottoirs de cette rue Paul Bert. Ces brocanteurs que nous croisons sont les héritiers des premiers chiffonniers qui s’installèrent ici au 19e. Pourtant, comme vous vous en doutez, le commerce de récupération est une activité bien plus ancienne. A Paris, on connaissait les marchés « aux vieux linges », « à la ferraille », la foire aux hardes qui se tenait à la halle aux veaux, et d’autres marchés encore en bord de Seine et même dans les jardins de l’Evêché. Ceux que l’on appelait les « pêcheurs de lune » parce qu’ils trouvaient leur butin de nuit dans les généreuses poubelles parisiennes, furent peu à peu forcés de se soumettre à de nombreuses règles. Petit à petit, ils se virent refuser le droit de vendre le produit de leur fouille dans l’enceinte de Paris. Et c’est poussé par la municipalité, soucieuse de l’assainissement de la capitale, qu’aux abords de 1835, crocheteurs et chineurs s’exileront vers la zone des fortifications pour y continuer leur activité. D’autres marchés aux puces sont nés au même moment. Citons notamment, les Puces de Montreuil à l'est de Paris, et celles de Vanves au sud. Continuons notre marche pour rejoindre le croisement de la rue Jules Vallés et de la rue Paul Bert.

Maintenant, regardez toujours à gauche dans cette partie de la rue Jules Vallés justement. Quelques enseignes signalent des lieux de sorties et divertissement. Cafés et bistros se sont en effet installés dans cette partie des Puces qui est la plus animée en journée comme en soirée. Le « One Way », au n°50 de la rue Jules Vallès, est un haut lieu de la scène blues et rock parisienne. Son voisin, le café « A Picolo », est peut-être bien le plus ancien bar des Puces. L'histoire dit que ce fut un italien qui le premier installa une échoppe pour y vendre son vin, issu des vignes des berges de la seine. Rappelez-vous, c'est le Picolo! Il y a longtemps, cette échoppe fut achetée par un albanais, Malik, et elle devint le bistro des manouches de la zone et des brocs chiffonniers des puces. Les brocs chiffonniers sont bien sûr les brocanteurs chiffonniers. Et pour eux, Malik créa un marché portant son nom. Aujourd'hui les activités du bar ont évolué. En semaine, il accueille des ateliers théâtre, des "répètes" et la Cie du Picolo en résidence. Le week-end, c'est une brasserie avec des concerts…
En suivant la ligne des toits sur le trottoir de gauche, vous apercevez ce marché Malik. Il est devenu le paradis des vêtements sportswear et «tendance», et il accueille un public jeune ainsi que des artistes et créateurs en quête de nouvelles inspirations.
A présent retournons-nous vers l’autre partie de la rue Jules Vallés, vers ce grand mur peint en jaune sur lequel est représenté un «porteur» que vous apercevez d'ici. Ce mur indique l’entrée du marché Jules Vallés. L’homme représenté sur ce mur était l’un des nombreux porteurs qui travaillaient aux Puces. Il en existe toujours aujourd’hui, et beaucoup d’autres emplois découlent de cette activité. Ce sont plus de 10 000 personnes qui vivent directement ou indirectement de l’activité marchande générée par les Puces. Cafés, restaurants, livreurs, droguistes, métiers liés au tourisme, mais aussi de nombreux artisans restaurateurs de toutes spécialités comme les ébénistes, les bronziers, les réparateurs de faïences, les tailleurs de verres, ou les marbriers…


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