La façade ouest de l’abbaye

Le mont saint michel

La façade ouest de l’abbaye

Franchissons sans crainte et retrouvons-nous devant le Grand Degré Intérieur, que l’on appelle aussi le Gouffre.

Autrement dit un escalier assez raide. Franchissons le contrôle et gravissons quelques marches, jusqu’à la sortie de la partie voûtée.

Après la voûte, qui passe sous la salle Belle-Chaise, l’escalier est à l’air libre à nouveau. Voyez sur sa droite : il est bordé par les chapelles de la crypte et celles de l’église haute. Au passage, regardez leurs contreforts surmontés de gargouilles et du côté gauche par les bâtiments monastiques. Allons jusqu’en haut de l’escalier, jusqu’à la plateforme supérieure sur laquelle s’ouvre le portail latéral de l’église.

Nous y sommes ? Alors, retournons-nous et regardons l’escalier d’ici. C’est maintenant qu’il mérite son nom : le Gouffre ! Nous voyons aussi l’autre côté du pont couvert, qui relie l’église à l’aile des Logis abbatiaux, où se trouvaient les appartements de l’abbé, ainsi que ceux des hôtes de marque de l’abbaye, et les services administratifs.
Maintenant, plus près de nous, voyez sur la gauche, du côté de l’église, il y a aussi un petit bâtiment intéressant. Il se présente comme une sorte de tour de plan carré, dont le haut serait orné d’une élégante série d’arcades gothiques. Vous le voyez ? Mais qu’est-ce donc ? Et bien, c’est une citerne, la citerne de l’aumônerie, l’une des 4 dont l’abbaye était dotée au moyen-âge. Celle-ci est d’ailleurs assez tardive, elle date du début du 16e siècle. Enfin, nous avons d’ici une belle vue sur la tour de l’église, avec ses arcs romans semi-circulaires, sa flèche et sa statue, dont nous allons reparler dans quelques instants. Maintenant, tournons le dos à nouveau à l’escalier : sur cette terrasse ouvre une petite salle d’information, vous aller pouvoir y entrer et prendre, si vous ne l’avez pas déjà un plan-guide de l’abbaye, qui vous aidera à vous repérer. Vous verrez aussi dans cette salle des maquettes représentant les états successifs de l’abbaye depuis le haut Moyen-âge jusqu’au 18e et au 20e siècle. Cela vous permettra de visualiser les transformations, les agrandissements qui ont donné à l’abbaye son aspect actuel.

Maintenant entrons dans l’église.

A peine entrés, nous allons tout d’abord sortir en passant par la porte de la façade ouest. Donc en venant d’entrer, comme nous l’avons fait par la porte sud, il faut aller tout de suite à gauche, et il s’agit de la grande porte, surmontée d’une fenêtre, ouverte dans la façade de l’église. Elle donne accès à la terrasse ouest. Attention cependant : les jours de grand vent, il arrive qu’elle soit fermée par mesure de sécurité.

Nous sommes donc sur la terrasse, ou la plate-forme de l’ouest, c’est un des plus beaux points de vue panoramiques qui soient sur la baie du Mont Saint-Michel. Tout à l’heure sur le rempart, nous étions sur le côté est du mont, tourné vers le Cotentin, c’est-à-dire la Normandie. Ici à l’ouest nous regardons du côté de la presqu’île de Cancale, donc de la Bretagne. Maintenant un mot au sujet de cette terrasse : elle occupe l’emplacement des premières travées de la nef de l’église, que les moines ont décidé de démolir au 18e siècle, à la suite d’un incendie. Si vous vous souvenez de la salle des maquettes, vous avez dû y voir une église dotée d’une nef beaucoup plus longue que celle d’aujourd’hui. Et peu avant 1780, après cette amputation de la nef, une nouvelle façade a été construite : c’est bien sûr la façade de style classique actuelle, que nous allons maintenant regarder. Choisissons un point de vue d’où nous ayons assez de recul pour voir en même temps la flèche.

Bon, de l’avis général, la façade n’est vraiment pas très réussie, alors ne perdons pas de temps avec elle. Levons les yeux tous en haut et regardons plutôt la flèche. Elle est l’œuvre du deuxième architecte chargé au 19e siècle de restaurer l’abbaye : il s’appelait Victor Petitgrand. Et le 19e, signalons-le, est le siècle du néo en architecture, de tous les néo. C'est-à-dire qu’il fait revivre tous les styles du passé et spécialement le néo-gothique. Pourquoi cela ? Et bien, en cette 2d moitié du 19e, l’industrialisation avance à marche forcée et inquiète de nombreuses personnes qui y voient une déshumanisation. Et on devient alors nostalgique de la période du moyen âge qu’on associe à la chevalerie, aux légendes merveilleuses du Roi Arthur et aux troubadours.
Dans ce contexte, rien d’étonnant donc à ce que cette flèche imaginée par Petitgrand soit plutôt réussie. D’autant plus qu’elle est surmontée de l’ archange Saint-Michel du sculpteur Frémiet, tout étincelant de feuilles d’or. Il n’est pas en bronze, ce serait trop lourd, mais en cuivre repoussé. Un dernier mot au sujet de cette terrasse: sous la partie démolie de la nef , donc sous nos pieds, s’étend une église basse pré-romane, Notre Dame-Sous-Terre. Elle date, pense-t-on, du 10e siècle, donc de la fondation de l’abbaye bénédictine. Et même, une petite partie d’un mur pourrait remonter à 708 et appartenir à la 1ere chapelle dédiée à Saint-Michel par l’évêque Aubert. Mais on ne peut la visiter qu’à l’occasion de certaines visites-conférences.


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