Transition architecturale entre l’art roman et l’art gothique de l’Eglise

Le mont saint michel

Transition architecturale entre l’art roman et l’art gothique de l’Eglise

Et maintenant, tournons le dos au chœur et à son déambulatoire et regardons –sur notre droite- le bas-côté de la nef devant lequel nous nous trouvons.

Ce bas-côté date du début du 12e siècle et est encore roman. Mais il a 3 ou 4 caractéristiques intéressantes qui nous feront toucher du doigt la transition entre l’art roman et l’art gothique. Levez les yeux et vous voyez que le bas coté est vouté alors que la nef ne l’est pas. C’est la 1re caractéristique. Mais surtout, regardez attentivement cette voûte. Est-ce que c’est la voute en berceau classique de l’art roman –vous savez, celle en demi tonneau? Eh bien non. Il s’agit ici de voûtes d’arête : c’est comme l’interpénétration, à angle droit, de 2 voûtes en berceau. Et vers la fin du roman, on rencontre ce type de voûte dans les bas côtés, mais toujours pas dans la nef centrale. Pourquoi ? Et bien, parce que les bas côtés sont plus étroits et donc leur voûte est moins lourde. Comme si les maîtres d’œuvre n’avaient pas eu entièrement confiance dans sa stabilité. Mais on voit bien ici que les architectes avançaient de façon progressive, en faisant des essais. De sorte que l’idée est venue, un beau jour, d’ajouter au dessous une croix de pierre cintrée pour soutenir l’ensemble : c’est la croisée d’ogive. Un petit perfectionnement technique qui a donné naissance, peu à peu à une architecture nouvelle : et l’architecture gothique allait sortir de là. D’ailleurs, regardez la forme des arcs. Vous les voyez ? il s’agit d’arcs brisés ; là encore un élément du système gothique déjà présent dans l’art roman. C’est la 3e particularité de ce bas-côté. Et enfin, 4e particularité- remarquez la retombée de ces arcs : ils ne retombent pas droit sur les chapiteaux, mais se referment légèrement vers l’intérieur : c’est ce que l’on appelle des arcs outrepassés. Un détail habituellement réservé aux régions qui ont été au contact de l’art mauresque : Espagne, Roussillon, royaume de Sicile. Mais qu’est donc venu faire cet arc à demi mauresque dans la baie du Mont-Saint-Michel ? C’est un peu un mystère, mais si l’on voulait chercher midi à quatorze heures, on pourrait remarquer qu’il y a eu au 12e siècle un royaume normand en Sicile, créé par des seigneurs du Cotentin, les Hautevilles. Voilà pour ce bas côté. Retenons qu’il nous a montré comment, par tâtonnements successifs, nous sommes passés du roman au gothique.


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