La vierge de Berselius

Le musée d'art religieux et d'art mosan (maram)

La vierge de Berselius

Allons maintenant tout droit, en tournant le dos à la porte d’entrée. Au milieu de la pièce se trouve une vitrine isolée, contenant une magnifique Vierge à l’Enfant en bois sculpté, dite « Vierge de Berselius ».

Nous sommes ici face à une des plus belles œuvres du musée. En fait, elle est considérée comme un des chefs-d'œuvre de la Renaissance pour ces régions. C’est d’ailleurs ce que signifie l’inscription gravée en latin sur le socle : « les statues célèbres des temps anciens ont certes leur valeur, mais aucune ne peut se comparer à celle de Daniel ».
Car l’auteur est connu, il s’agit d’un sculpteur allemand installé à Liège, Daniel Mauch. Fidèle à Rome, il avait trouvé refuge ici au moment des guerres de religion et de l’influence grandissante du protestantisme dans son pays. Il réalisa cette Vierge vers 1530 environ. Le nom du « Berselius » est celui d’un moine bénédictin liégeois, qui entretenait des relations intellectuelles importantes avec l’artiste.

Cette Vierge porte de nombreuses traces culturelles allemandes, et plus particulièrement souabes, région d’origine de Mauch. Ce qui est caractéristique, ce sont par exemple les anges surgissant d’en dessous de la robe de la Vierge. Par contre, le type même de cette Vierge appartient au style international des Vierges de la fin de l’époque gothique. C’est le modèle de la « Belle Madone » de la fin du Moyen Âge, souriante, déhanchée, portant son enfant d’une manière très maternelle. Mais c’est aussi une œuvre typique du nouveau style du 16ème siècle, très renaissance, ce qui se manifeste particulièrement dans la perception du corps, bien visible sous le drapé des vêtements. Au 15e siècle, les corps étaient encore bien cachés sous le lourd drapé des robes et des manteaux. Ici, on le sent très présent, ce qui semble bien une influence de l’art et de l’esprit italien, passionné par les représentations du corps humain. Aussi, on pense que Daniel Mauch devait entretenir des relations importantes avec les cercles d’intellectuels, d’humanistes, au courant des plus grandes nouveautés. Et de fait, outre ses relations avec Berselius, Mauch était en contact étroit avec ce grand humaniste qu’était le prince-évêque de l’époque, Erard de La Marcq, celui qui fit construire la cour du palais, découverte lors de notre première promenade. Il était aussi en relation avec la grande figure d’Erasme.

Mais Daniel Mauch travaille à Liège, et il est aussi influencé par les milieux de la sculpture liégeoise. Très caractéristique à ce point de vue, regardez, ce sont les mains de la Vierge, qui sont cachées sous son manteau, pour ne pas toucher directement le corps sacré de son enfant. C’est une habitude iconographique très ancienne qu’avaient gardé les imagiers liégeois.


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