Le tableau de Joachim Patenier

Le musée d'art religieux et d'art mosan (maram)

Le tableau de Joachim Patenier

Tournons maintenant le dos à la plus longue partie de ce podium. Dans le mur face à nous s’ouvre la porte d’accès vers la salle suivante. Juste à droite de cette porte, sont accrochés trois tableaux. Nous allons regarder celui qui se trouve tout à fait à droite, vers le bas.
Vous y êtes ? Ce petit tableau est attribué à un artiste très célèbre de la région Mosane, Joachim Patenier, et représente un paysage avec saint Jérôme. Joachim Patenier est un artiste très important de la région mosane. Il a vécu au début du 16e siècle.
A l’avant-plan d’un grand paysage, nous voyons saint Jérôme qui se frappe la poitrine avec une pierre, en signe de sa pénitence. A ses côtés se trouvent le manteau et le chapeau rouge des cardinaux, signe de la fonction qu’il occupait dans l’église. Au fond, un gigantesque paysage très escarpé. Nous y voyons notamment deux chameaux avec tout leur équipage. Ce détail rappelle un passage de la vie de saint Jérôme, telle qu’elle était racontée au Moyen Age, et notamment reprise dans le fameux livre du 13e siècle, « La Légende dorée ». On dit que lors de sa pénitence dans le désert, saint Jérôme avait pour compagnon un féroce lion, qu’il avait rendu doux comme un agneau en le soignant d’une blessure à la patte. Un jour, dit-on, des marchands auraient volé l’âne de Jérôme, confié à la garde du lion. Plus tard, le lion aurait reconnu les marchands, et à son tour, après les avoir mis en fuite, aurait ramené au saint leur caravane de chameaux.
Mais toute cette scène, tout comme l’image de saint Jérôme, est finalement un peu secondaire dans le tableau. Ce qui prime ici, c’est le paysage. Patenier était un des grands spécialistes dans la peinture du nord du paysage, très en vogue à l’époque. Le grand Albert Dürer lui-même, qui le rencontra au cours d’un voyage aux Pays-Bas, l’appelait « le bon paysagiste ».

Les paysages de Patenier appartiennent à ce type très en vogue à l’époque du « paysage universel ». Pourquoi « universel » : parce que ce que nous voyons ici a pour vocation de représenter l’entièreté du monde, avec des plaines, des montagnes, des collines, des rivières, et parfois même la mer. Ces rochers et falaises escarpées sont partiellement inspirés des paysages de la vallée de la Meuse, en particulier de la région de Dinant, dont l’artiste était originaire. Peut-être est-il aussi passé par les Alpes, pour autant qu’il ait fait un voyage en Italie. Mais de cela nous ne savons rien. Mais à part cela, est-ce qu’il n’y a rien qui vous surprend ? Non ? Et bien regardez, ce qui compte surtout, c’est de constater que la scène religieuse devient une action de petite taille dans l’immensité du monde. Et ceci témoigne d’un esprit tout à fait neuf, propre à la renaissance, qui prend conscience de la grandeur du monde, et de la petitesse de l’Homme dans cette immensité.

Au niveau stylistique, observez l’atmosphère assez dense du tableau. Notamment, voyez comme les colorations sont de plus en plus bleutées au fur et à mesure que le paysage disparaît dans le lointain. L’éloignement est donc manifesté aussi par une atmosphère de brume printanière ou estivale, et on peut presque ressentir la douceur d’un petit vent frais et des doux rayons du soleil. En cela, Patenier est l’héritier direct des grands peintres flamands du 15e siècle, les primitifs, qui avaient inauguré avec virtuosité ces nouveaux effets d’atmosphère dans la peinture. C’est à vous maintenant de laisser votre imaginaire partir à l’aventure dans ce paysage sans fin.


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