Les trésors de la troisième salle

Le musée d'art religieux et d'art mosan (maram)

Les trésors de la troisième salle

Nous allons maintenant passer dans la troisième salle. Prenons donc la porte à gauche du tableau de Patenier.

Nous nous trouvons dans une petite pièce en largeur. Elle contient quelques belles pièces. Mais nous souhaitons surtout vous parler de pièces présentées dans la salle suivante. Nous tournons donc vers la gauche, et passons une nouvelle porte. Nous serons alors dans la troisième salle, et nous arrêterons à l’entrée.

Vous y êtes ? Bien. Alors à votre gauche s’étend une grande vitrine présentant des pièces d’orfèvrerie liégeoise. Nous en dirons un mot dans un instant. Sur le mur à notre droite se trouve un très beau tableau représentant le repos pendant la fuite en Egypte, attribué au peintre Gilles Van Coninxloo.

Sous la frondaison très sombre de grands arbres, la Vierge est assise, portant sur les genoux son tout petit bébé. Regardez à gauche de la Vierge, il y a saint Joseph, en train d’abreuver l’âne à un torrent. La Vierge et Jésus sont peints dans des tons très clairs et lumineux. On peut dire même qu’ils illuminent l’ensemble du tableau.

A l’arrière-plan, à droite du tableau, nous voyons s’ouvrir une magnifique perspective paysagère, dans la tradition de Patenier. Constatez d’ailleurs qu’un chemin invite le spectateur à pénétrer lui-même dans le tableau. Et à l’entrée de ce chemin, vous voyez aussi deux petits pèlerins. Ils sont en train de regarder et de commenter des statues brisées à leurs pieds. Ces statues, ce sont des statues de dieux païens. Et cette image est inspirée de certains évangiles non reconnus officiellement par l’Eglise. Notamment, on y raconte que lorsque la Sainte Famille entra en Egypte, fuyant la colère meurtrière du roi Hérode, toutes les statues de dieux païens se brisèrent. Des petites anecdotes de ce genre étaient fréquemment représentées dans la peinture de cette époque, car elles faisaient vraiment partie de la culture populaire. Mais les pèlerins ont aussi une autre fonction. Ils sont vêtus à la mode du 16e siècle. N’importe quel spectateur du temps peut donc s’y assimiler, et ainsi entrer par l’esprit dans le tableau, participer à la contemplation de Marie et Jésus, réfléchir sur la déchéance des « fausses » religions, dans l’esprit du temps. Ce tableau est une invitation au voyage, au pèlerinage de l’esprit. A vous d’enjamber le cadre, et de partir sur ce chemin, de traverser le petit pont de bois et marcher vers ces grandes montagnes que l’on peut voir au fond. A vous de sentir la douceur du soleil, la fraîcheur de la brume, d’entendre le bruit des feuilles des arbres. Toute cette atmosphère, elle s’offre au spectateur. En cela, ce genre d’œuvre est dans la belle et grande tradition du paysagiste Patenier, qui influence considérablement tous ces successeurs.
Mais revenons à la Vierge à l’enfant, à l’avant-plan. A côté d’elle, nous pouvons voir qu’une série d’objets est posée. Il y a un panier d’objets, une fourche et un sac de toile. Tous objets nécessaires au voyage. On a dit que le groupe de Marie et Jésus, très lumineux, était en fort contraste avec le reste du tableau, pas parfaitement intégré en quelque sorte, et que donc, on pourrait imaginer que la Vierge et le reste du tableau n’ont pas été peints par la même main. C’est très possible. Car il est vrai qu’à l’époque, on voit apparaître une nouveauté dans le monde de l’art. Les peintres se spécialisent de plus en plus dans tels ou tels types de sujet : les paysages, ou les objets, les personnages, les animaux ou les fleurs par exemple. Et il n’est pas rare de voir des collaborations entre des peintres spécialisés, l’un réalisant tous les objets et le paysage, par exemple, et l’autre, le principal, qui signe la toile, les personnages. Mais qu’en est-il ici exactement? À défaut d’en savoir plus, laissant à Van Cooninxloo l’entière paternité de l’œuvre.


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