Le diptyque Palude

Le musée d'art religieux et d'art mosan (maram)

Le diptyque Palude

Faisons maintenant face à la porte d’entrée, en tournant donc le dos à la maquette de la cathédrale. Sur le mur face à nous, une vitrine présente différents objets. Dans le bas sont présentés deux tableaux peints. Il s’agit du diptyque Palude. Cette œuvre a sans doute été peinte à Liège, vers 1488, et évoque l’histoire de saint Lambert.

Le volet de gauche représente le martyr de saint Lambert, tel que nous l’avons décrit un peu plus tôt. Le personnage en prière, à droite, est Henri Palud, chanoine en la cathédrale, qui offrit ce diptyque à son église en 1488. Le martyr –qui a eu lieu en l’an 705 rappelons le- est représenté ici dans un édifice gothique, qui sert évoquant la cathédrale elle-même. Anachronisme dont l’homme médiéval était bien peu soucieux.
Regardons le volet de droite maintenant : il représente une nativité, dont le calme contraste considérablement avec le sujet du volet droit. La scène se passe dans un bâtiment en ruine, soutenu par une poutre, sur la droite du tableau. Marie et Joseph sont à genoux, encadrant l’enfant Jésus, posé à même le sol, dans un rayon de lumière. Devant eux, quatre anges en prière. A l’arrière-plan, à droite, arrive un cortège royal, celui des mages. Et tout au fond, à travers les baies cintrées, on aperçoit des bergers dans une prairie, recevant la révélation de la naissance du Christ par les anges. Il semble que cette iconographie fasse référence aux fameuses révélations de Brigitte de Suède, grande mystique du 14e siècle, qui eut de nombreuses visions, consignées dans un recueil écrit de sa main. Ce genre de littérature eut un grand succès au 15ème siècle, époque où, nous l’avons déjà dit, la vision occupe une place importante dans la spiritualité. Par exemple, le geste de Joseph, protégeant la flamme de sa main, est devenu une image classique à cette époque. Il protège la flamme de la lumière terrestre, incapable de rivaliser avec l’éclat, bien supérieur, de la lumière céleste, qui émane du Christ
Au point de vue stylistique, cette œuvre, sans doute liégeoise, est inspirée des tableaux des primitifs flamands. Regardons bien les visages : nous voyons que la bouche et le menton des personnages sont marqués par des ombres. Vous avez remarqué ? ou bien encore, l’arrête du nez : elle est bien soulignée. Et bien cela par exemple, ce sont des traits tout à fait typiques des primitifs flamands. Ce qui leur est assez typique aussi, c’est l’atmosphère douce du paysage du fond, avec ses tons de plus en plus bleutés. C’est aussi la manière dont les rochers sont disposés sur la droite du tableau. Car les peintres flamands aimaient aussi composer des paysages, en y disposant des éléments de la sorte. Le rocher ici est prétexte à mieux mettre en valeur l’arrivée des mages, qui viennent de derrière. Ainsi, même s’il y a abondance de détails, et un grand souci du rendu de réalisme, ce paysage n’est pas un paysage réel. C’est un paysage où tout est méticuleusement placé pour souligner la signification et les éléments importants de l’image. Cette conception est elle aussi caractéristique du paysage chez les primitifs. En dehors de cet héritage, remarquons que l’artiste se distingue par un usage abondant de beaux tons rouge lie-de-vin.


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