Le tableau «la Vierge à l’enfant avec Sainte Anne» de Masaccio et Masolino

Le musee des offices de florence

Le tableau «la Vierge à l’enfant avec Sainte Anne» de Masaccio et Masolino

Quittons Uccello pour regarder maintenant un autre chef-d'œuvre de la 1ère Renaissance. Retournez vous. Face à nous, nous voyons un tableau de forme ogivale peint sur fond d’or où figurent sainte Anne debout avec, devant elle, la Vierge assise sur un trône et tenant l’enfant Jésus. Ils sont entourés de 5 anges.

Ce tableau s’appelle : «la Vierge à l’enfant avec Sainte Anne». Il nous présente la filiation de la Vierge, par la présence de sainte Anne, sa mère, et de Jésus, son fils.
Cette œuvre a été réalisée par Masaccio et par Masolino, son maitre. On attribue à Masolino sainte Anne et les anges, à l’exception de celui situé à l’extrême droite, peint par Masaccio qui peindra également la Vierge et l’enfant. Ensemble, les 2 artistes ont travaillé à Florence, à l’église du carmine, dans la chapelle brancacci, appelée la chapelle Sixtine de la renaissance.
Ce petit tableau a été peint vers 1420. Masaccio n’a pas 20 ans, mais il est déjà un des peintres parmi les plus novateurs de son temps. Les contemporains le qualifiaient de : «parfait imitateur de la nature universelle, excellent compositeur dépourvu de toute fioriture». Léonard De Vinci disait de lui : «il prouva, par la perfection de ses œuvres picturales, que tous ceux qui ne prennent pas comme modèle la nature, cette éducatrice de tous les maîtres, s'efforcent vainement de faire de l'art». Cette œuvre est capitale, car elle entre de plain-pied dans la modernité. Et déjà, pour commencer, notez le refus des fioritures et des détails anecdotiques chers aux gothiques. Le peintre ne cherche pas à charmer, à plaire. Il n’a pas recours à la fantaisie décorative. Chez Masaccio, cette modernité s’exprime en plusieurs points que nous allons regarder ensemble.
Commençons par regarder la vierge et Sainte Anne. Notez comme Masaccio a retenu la leçon de Giotto dans le rendu de leur réalité physique. On retrouve « les valeurs tactiles »  de Giotto dans la plénitude des formes. Nous avons vu cela dans sa Maestà. Portez votre regard vers les genoux de la Vierge. Une tache claire marque son genou droit. Un réseau de lignes peintes également plus claires donne de l’épaisseur au drapé. Ces plis nous aident à imaginer qu’ils marquent la présence d’une jambe. Sans être désacralisées, les 2 femmes sont humanisées. Pour commencer, regardez l’expression des 2 femmes. Et regardez avec soin le visage de la Vierge. Vous notez qu’il est placé au centre de la composition. Il est magnifique par son maintien, par la dignité et l’intelligence de son regard. Masaccio donne à ses personnages une réalité psychologique. Voyez comme ils sont graves. Le silence qui les entoure est lourd. Il est aussi dramatique, car chacune d’elle connaît le destin tragique de Jésus. Maintenant, à propos de leurs sentiments. C’est visible : la tendresse unit les personnages. Notez avec quelle tendresse maternelle la Vierge tient son enfant. Regardez comme sainte Anne pose sa main sur l’épaule de sa fille et comme de l’autre elle semble protéger l’enfant de celle-ci. Cette œuvre appartient à une nouvelle conception de la peinture se rattachant à la conception humaniste de la dignité humaine. Ainsi avec Masaccio, un pas immense a été accompli : on est loin de la représentation byzantine des êtres où c’est plus leur fonction qui est présentée. On est loin du gothique aussi, où les personnes sont charmantes et gracieuses. Non, ici, c’est l’humanisation non seulement physique, mais c’est aussi l’apport d’une psychologie qui laisse voir des sentiments. Un autre point de la modernité de Masaccio : c’est son intérêt pour la perspective. Regardez très attentivement cette main de sainte Anne. Si vous la comparez à son autre main, vous sentez avec quel soin Masaccio a voulu la peindre. Elle semble vraie. Elle attire notre attention. Elle émerge du fond du tableau pour, on l’a vu, protéger la tête de Jésus. Elle émerge du tableau, donc elle contribue à lui donner une profondeur. Cette profondeur est également marquée par le positionnement des personnages. En premier plan, il y a la vierge et jésus. En second plan, il y a Sainte Anne. Derrière ce groupement de personnages, il y a d’autres plans successifs qui sont donnés par le drapé tenu par des anges.
Autre chose très importante. Il s’agit du traitement de la lumière. Les formes sont modelées par la lumière du jour. Masaccio reprend ce qu’il a vu et étudié chez Giotto. Ces parties de visage dans la lumière, d’autres dans l’ombre. C’est ce qu’on appelle le modelé. Masaccio est aussi un grand coloriste. Il use de la couleur avec subtilité. Regardez les remarquables effets de drapé. Portez votre regard vers sur le manteau de rouge de sainte Anne et le linge blanc qui couvre son cou. Regardez aussi l’écharpe bleue de la Vierge. On est décidément bien loin des surcharges de l’or.


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