L’œuvre de Fra Angelico

Le musee des offices de florence

L’œuvre de Fra Angelico

Maintenant, nous allons découvrir une œuvre de Fra Angelico. Pour cela, tournez sur votre droite puis dirigez-vous vers le mur qui désormais vous fait face. Vous voyez 2 tableaux : celui qui nous intéresse est celui de droite. C’est un très beau couronnement de la Vierge peint sur fond doré. Approchez-vous et laissez vous porter par la poésie et le raffinement de cette œuvre peinte par Fra Angelico vers 1435. Il est considéré comme le peintre le plus religieux du début de la renaissance. En effet, nous allons voir qu’il incarne en peinture la transition entre le moyen âge et la renaissance, car il sut mêler les leçons de Masaccio à la grâce du gothique. Il est parfois tentant de considérer cette œuvre comme décorative alors qu’en fait elle inspire la méditation. Découvrons-la mieux. 2 aspects antagonistes qualifient l’oeuvre de cet artiste. D’une part, son caractère profondément religieux et mystique. Cela s’explique par le fait qu’il était un fratello, un frère dominicain. Cela se sent dans le choix du sujet. Également dans la permanence du fond d’or, signe d’archaïsme byzantin. Les œuvres de fra angelico ont toutes été des commandes de confréries religieuses qui veillaient avec fermeté au respect du «cahier des charges» imposé au peintre. Son appartenance au monde des couvents se retrouve aussi dans l’esprit de religiosité paradisiaque qui se dégage du tableau. Regardez à ce propos les expressions de bien-êtres qui émanent des personnages; Ils sont placés, selon la tradition médiévale, comme à l’église. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Regardez leurs visages. Notez, dans leurs expressions, la quiétude et la sérénité qu’ils dégagent. Regardez maintenant la ronde des anges dansant au pied du christ en train de couronner Marie. Le gothique y est sensible. Il se ressent dans la grâce un peu précieuse de leurs attitudes, l’envol du bas de leurs robes. On comprend, quand on les regarde, qu’il fut surnommé angelico pour sa façon de représenter si magnifiquement les anges. Fra Angelico fut en outre un merveilleux coloriste, ceci étant du à sa formation de miniaturiste et d’enlumineur.

Néanmoins, si le peintre fut totalement soumis aux désirs de ses commanditaires et à leur archaïsme, il sut introduire dans son œuvre un caractère moderniste. Cette modernité, il la doit à Masaccio dont il fut l’un des 1ers disciples. Notez en effet comme il reprend de ce dernier la réalité de ses figures. Regardez par exemple très attentivement, en bas à gauche, l’homme vêtu de la cape bleue. Voyez comme le peintre est plus à l’aise dans le rendu des visages que dans celui des corps. C’est en cela qu’il use de sa connaissance de l’art de masaccio. Comme lui, il modèle les visages par le procédé du clair obscur. Regardez comme il a disposé les personnages de manière à créer la profondeur. On peut donc dire qu’il est, à travers Masaccio, lui aussi l’héritier de Giotto.

En revanche, il reste conservateur et sans modernité dans sa façon de traiter la perspective. Pourtant, oui, elle existe cette perspective mais elle ne doit rien à la perspective mathématique d’Uccello et de Masaccio. Notez la différence d’échelle entre les personnages du 1 er plan et ceux du haut du tableau. Ceux qui sont devant sont plus grands, car ils sont plus près de nous ; ceux qui sont en haut sont plus petits, car ils sont plus loin. Pour information, on appelle cela une réduction. En peinture, une réduction est donc ce procédé permettant de faire de la perspective. Maintenant, portez votre attention dans le fond du tableau sur le jeu des longues trompes. Voyez comme elles se superposent. Elles contribuent elles aussi à créer la perspective. Rien de mathématique ni de subtil là-dedans.

Enfin, s’il n’est nullement question de remettre en cause la modernité de fra Angelico, on peut tout de même souligner à quel point il était soumis à des contraintes gothiques, dirons-nous. Car il n’était pas question pour ses commanditaires, des ordres religieux donc, de déroger à la tradition. Regardez avec soin le christ et la vierge. Et si on compare le canon de ces 2 personnages à celui des personnages du 1er plan, on note une réelle différence. Notez que le christ et la vierge sont dotés de bustes très longs tandis que les hommes en bas à gauche semblent mieux proportionnés. Ce détail est intéressant car il révèle les contraintes imposées par les commanditaires pour qui le Christ et Marie devaient continués à être représentés plus grands et longilignes. En revanche, à l’inverse, dès qu’un personnage est libre de contraintes, le peintre pouvait se permettre d’introduire la modernité. A cet égard, regardez bien le personnage en bas à gauche et habillé en bleu : on voit même une veine sur sa tempe.


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