L’œuvre de Piero Della Francesca 

Le musee des offices de florence

L’œuvre de Piero Della Francesca 

Quittez cette salle pour la suivante où vous attend, une œuvre magistrale peinte par Piero della Francesca. Au centre de cette salle, se trouve une œuvre à 2 volets, peinte recto verso. Placez-vous d’abord devant le double portrait.

Il s’agit du duc et de la duchesse d’Urbino, Federico da Montefeltro et son épouse Battista Sforza dominant leurs terres. Elle peut être datée de 1465 à 1473. Le duché d’Urbino fut l’un des foyers les plus prestigieux de la Renaissance italienne. Il était à cette époque dirigé par Federico da Montefeltro, un homme représentatif des humanistes de la Renaissance. Un grand condottiere, un homme intelligent, amateur et collectionneur d’œuvres d’art.
En nous attardant devant ces oeuvres, nous allons voir en quoi elles sont profondément originales. Et plus particulièrement, nous aborderons la notion de portrait.

Une des tendances de l’humanisme fut l’individualisme et la valorisation de l’Homme. Le portrait répondait à la demande d’importants personnages qui, en dépit du péché d’orgueil, le plus grave des péchés capitaux, voulaient accéder à une sorte d’éternité. IL s’en défendaient en disant que c’était plutôt un souvenir qu’ils voulaient laisser à leurs proches et connaissances. Les hommes de pouvoir de ce temps, les Condottiere, les grands marchands…y satisfirent leur ego.

Portez votre attention sur le visage de Frederic. Dans l’art du portrait, la pose de profil fut adoptée selon le goût des Anciens, après que l’on eût découvert et collectionné les médailles représentant les nobles personnages de l’antiquité romaine. Le profil d’aigle de Federico renvoie, à la fois aux profils des César romains et à ce coup de lance qui lui creva, lors d’un tournoi, l’œil ici non représenté. On raconte que cet homme, qui faisait de la guerre son métier, s’était lui-même raboté le haut de l’arrête nasale de manière à ce que son œil unique ait un meilleur champ de vision.

Portez maintenant votre attention sur le portrait féminin. Son épouse Battista lui fait face. On retrouve ici la même insistance de la ligne, la même façon de découper le profil sur le fond. Notez son élégance. Voyez comme la duchesse est magnifiquement vêtue et parée. Le peintre use d’un grand savoir-faire pour le rendu naturaliste des détails de sa coiffure. Admirez au dessus de la nuque, le savant bouillonnement du tissu ; et sur le haut de la tête, le rendu quasi photographique des perles ; autour de son cou, sur sa poitrine. Voyez comme la lumière s’y reflète. Quelle femme ne rêverait pas de porter un vêtement aussi raffiné, aussi ravissant que celui qui lui couvre le bras ?

Regardons maintenant le fond des tableaux. L’un et l’autre apparaissent devant ce magnifique paysage ponctué d’arbres, qui renvoie aux douces collines, aux terres cultivées et aux cours d’eau, caractéristiques de l’Ombrie. L’Ombrie est cette région centrale située sous la Toscane et elle est la terre natale du peintre. Piero della Francesca nous donne ici la mesure de sa vision, de ce qu’on a appelé sa «synthèse perspective-forme-couleur », une des plus complexes découvertes de la 1ère Renaissance.

3 maitres mots dans cette formule, à travers laquelle le peintre cherche à résoudre les questions suivantes : comment dans une œuvre, parvenir à une harmonie parfaite, sans privilégier ni la perspective, ni la forme, ni la couleur, mais accorder à chacun des ces éléments autant d’importance ? Comment faire pour que ces éléments s’accordent et se valorisent l’un l’autre ? Cette synthèse se retrouve ici dans la façon dont le peintre a peint ce couple. Regardez avec attention les figures imposantes des maitres d’Urbino. Voyez comme elles sont faites de lignes géométriques. Regardez la forme de la tête de la duchesse. Notez comme elle est inscrite dans une forme ovale. Regardez maintenant son cou. Il est puissamment cylindrique. Vous voyez ? Portez maintenant votre attention sur le duc. Notez qu’ici encore le peintre géométrise les volumes. Regardez son cou, la forme de son chapeau. Encore une fois, géométrisation des formes. En fait, dans leur impassibilité, ces figures renvoient à leur noblesse et à leur puissance. La figure humaine acquiert une dignité architecturale. Cette synthèse perspective-forme-couleur est ici atteinte. La réflexion sur la forme le conduit à la géométrisation des volumes; celle sur la perspective à une étude et une assimilation des données des maitres flamands. Enfin celle sur la couleur à un répertoire de tons modulés et déclinés au sein d’une seule teinte. Tout cela est rendu dans une parfaite harmonie ; Ainsi peint Piero della Francesca. Allons voir à présent le revers.

Les 2 peintures présentent le même paysage paisible, qui est le fond commun des portraits. Devant le paysage, 2 triomphes allégoriques. Ce sont ces portraits des souverains glorifiés à travers les représentations des allégories qui les accompagnent. Les allégories sont ces figures féminines assises sur le devant de chaque char. Ces chars semblent aller à la rencontre l’un de l’autre. Regardez celui de Battista ; vous voyez un char tiré par 2 licornes de couleur brune, sous la surveillance d’un amour ailé. La duchesse est présentée, assise et en position dominante, en compagnie de 2 servantes. Sur le devant, les 3 femmes, ces 3 allégories, représentent les 3 vertus théologales, que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. 3 vertus féminines que l’on prête à Battista, en sa qualité d’épouse. A sa rencontre, le char du triomphe de Federico. Son char est conduit par un amour et 2 chevaux blancs. Le duc est placé symétriquement à la duchesse, assis comme elle en position dominante. Il est vêtu de son armure, ce qui fait référence à son activité de condottiere, tandis qu’une victoire, cette grande figure féminine ailée qui se tient derrière lui, le couronne. Sa présence, elle aussi, contribue à rappeler l’activité guerrière victorieuse de Frederico. 4 allégories sont à ses pieds. Elles figurent les 4 vertus cardinales, que sont la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance, qualités que l’on prête au duc en sa qualité de responsable du bon gouvernement de son duché. Ces 2 triomphes affirment la puissance temporelle et morale des souverains


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