L’œuvre de Titien

Le musee des offices de florence

L’œuvre de Titien

Maintenant, rendez-vous dans la prochaine salle, la N°28. Là, sur le mur de droite, arrêtez vous devant ce beau nu féminin allongé au 1er plan du tableau.

Il s’agit de la très célèbre Vénus d’Urbin, peinte par le Titien en 1538, pour le duc d’Urbin.
Au 1 er plan donc, dans l’intimité d’une alcôve, baigné d’une douce lumière dorée, un des nus les plus célèbres de toute l’histoire de la peinture.

Regardez là. Sa blondeur vénitienne se détache sur le fond sombre d’une draperie de velours vert et sur le fond nacré d’un drap au savant plissé. Portez votre regard derrière elle. Un second plan définit l’espace d’une-pièce ouvert sur l’extérieur par une colonnade. Au fond, à droite, 2 femmes y sont représentées. Regardez-les ; vous voyez que l’une est debout, portant une jupe dont la couleur rouge répond aux coussins du lit. L’autre disparaît dans un coffre à la recherche de quelques parures. Sa robe blanche éclaire le fond sombre de cet espace et répond aux tons clairs du drap. Notez bien la distance qui sépare la maîtresse de ses servantes. Il faut la considérer comme une marque de déférence sociale. Elle donne également au peintre le loisir de peindre au sol un jeu de lignes formant un damier, qui souligne la perspective. La composition est simple et bien équilibrée. Notez le jeu des lignes horizontales du lit et du corps de la Vénus, des 2 coffres du fond de la salle. Ces lignes sont compensées par les verticales. Regardez celles du bord de la draperie verte, de la colonne se détachant sur le coucher de soleil, de la femme debout. Ici le tableau est splendidement structuré : d’un côté par le damier des horizontales et des verticales et d’autres côtés, par les couleurs rouge et blanches qui se répondent.

On aime à raconter que ce tableau fut commandé par le duc pour commémorer son mariage. On s’est bien légitimement étonné sur le fait que le tableau soit un portrait de la future duchesse d’Urbin présentée nue. Tout dans le corps de cette femme affiche une sensualité qui peut être perçue comme provocante. Laissez votre regard glisser sur les lignes courbes de son corps. Regardez la main qu’elle pose sur elle. Faut-il comprendre, dans cette main alanguie, un geste de pudeur ou d’invitation ? Cache-t-elle son sexe ou l’indique-t-elle ? Regardez à présent son visage. Dans ce regard en coin, faut-il comprendre la même invitation? Et puis, il y a le lit défait, avec sa charge fortement suggestive. Le peintre aurait-il osé peindre nue, entre exhibition et pudeur, celle qui allait régner sur le duché ? On peut en douter.
On a rétorqué à cette interrogation que, d’une part il s’agissait d’un tableau destiné à orner la chambre du duc, espace privé et par ce fait, visible que de lui-même. Que d’autre part, on y a vu les attributs d’une épouse : il y a la couronne nuptiale qu’elle tient à la main, et puis aussi le petit chien lové à ses pieds. Petit chien, rappelons-le, qui est le symbole médiéval de la fidélité. Admettons !! Toujours est-il que ce nu est plus une référence à Vénus, déesse de la Beauté et de l’Amour. ET d’ailleurs, c’est devenu son nom « Vénus d’urbin ».
Parlons du peintre à présent, du Titien. Sa vie et sa carrière sont exceptionnellement longues, puisqu’il est mort à près de 90 ans en 1576. . Il fut l’intime des princes et des rois, et évolua toute sa vie dans les hautes sphères de la société vénitienne. Il est sûrement le plus grand peintre de l’école vénitienne.

L’histoire nous dit qu’il fut un grand amoureux des femmes, et on veut bien la croire et il donne ici au corps féminin ses lettres de noblesse. Regardez attentivement le traitement du contour de son corps. Voyez comme il est différent de ceux de l’école florentine. Rappelez vous la Vénus de Botticelli, qui paraissait si divine et immatérielle. Ici, pas de lignes de contour affirmées. Le nu n’est pas dessiné, mais peint. Le contour de la silhouette est fondu dans une forme qui se désagrège dans la lumière. C’est la spécificité de l’école vénitienne : cette douce lumière blonde et dorée qui réunit les éléments du tableau, qui unifie l’ensemble.
D’autres œuvres du Titien occupent cette salle. Avant de sortir, il est possible de regarder librement d’autres toiles du Titien comme la célèbre Flore et les 2 portraits d’homme.


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