La salle 29 : Peinture maniériste d’Italie du Nord

Le musee des offices de florence

La salle 29 : Peinture maniériste d’Italie du Nord

Quittons cette salle des Titien et retrouvons-nous dans la salle suivante, la salle 29.

Vous vous trouvez dans une petite salle qui termine la galerie que nous venons d’emprunter. Elle est consacrée à la peinture maniériste d’Italie du Nord.

Face à vous s’impose un grand tableau de format vertical. Il s’intitule la Madone au long cou et a été peint par le Parmesan en 1534. Un tableau compliqué qui lui demandera 6 années de travail. Ce peintre a été le chef du maniérisme émilien. A Rome, il a étudié Michel Ange et s’est lié à Rosso.

C’est ici une autre forme du maniérisme que celui pratiqué par les Toscans. Nous avons précédemment vu avec Rosso ce qui le caractérisait: la construction compliquée de pseudo pyramide et les couleurs stridentes. Dans le Nord de l’Italie, dont la région d’Emilie-Romagne fait partie, les peintres, derrière le parmesan, opteront pour l’allongement de la silhouette. C’est là le trait le plus pertinent de ces maniéristes du Nord.

Il s’agit d’un étrange tableau dominé par la beauté de la madone. Une beauté plus profane que religieuse, car c’est une femme qui est peinte ici, pleine de charme et de sensualité charnelle. Regardez sur son corps, les pointes de ses seins et le nombril qui apparaissent. Certains détails saisissent immédiatement notre attention dans cette œuvre. C’est d’une part cet allongement des silhouettes. Et d’autre part la composition dissymétrique. Nous allons y revenir.

Alors, l’allongement des silhouettes tout d’abord : Regarder la Vierge.Voyez comme son corps semble s’étirer son attitude est gracieux, élégant, maniéré. Au-dessus d’un torse court, un long cou supporte une petite tête au visage ovale dans lequel domine la ligne verticale du nez. Notez comme les proportions du corps ne sont pas justes. Elles correspondent à un nouveau canon de beauté idéale.

Regardez maintenant les jeux de lignes de la construction de l’oeuvre. Les verticales dominent : regarder, il y a la ligne verticale formée par le corps de la madone, celle de l’ange de gauche, celle de la colonne et de l’homme en bas à droite déroulant un manuscrit. Ne trouvez-vous pas que la madone est figurée comme une colonne, dont les 2 coussins superposés rappellent la base de la colonne du fond ? Elle apparaît comme sa réplique architecturale. Pour adoucir cette composition, le peintre a choisi d’introduire de nombreuses lignes courbes. Regardez tout à gauche : voyez l’ange. Notez la courbure de sa jambe dénudée. Est-il ange ou éphèbe ? Voyez comme cette forme serpente. Notez que l’on retrouve une même ligne ondoyante dans la façon dont la madone est assise. Vous avez remarqué ? Enfin, le peintre introduit 2 belles lignes obliques, elles aussi rendues avec souplesse. Regardez la belle et longue main de la Vierge, modèle on ne peut plus maniériste. Admirez ces doigts aux lignes délicates et souples. Mais en même temps, au passage, voyez comme les doigts sont anormalement longs ! Maintenant, regardez le corps de l’enfant abandonné au sommeil. Notez comme il forme une parallèle avec la main de sa mère. Les plis nombreux des draperies participent eux aussi à un apport de souplesse de la composition. Et même l’amphore que tient l’ange, elle n’est pas là par hasard. Sa situation dans le tableau est importante pour l’équilibre général de l’œuvre, aussi bien l’équilibre de la structure que l’équilibre des couleurs. D’abord sur le plan plastique. Notez sa forme ovoïde. Elle reprend les formes puissantes des jambes de la madone. Notez l’enchainement mollet- genoux- amphore. Ainsi, le peintre équilibre les masses.

Regardez cette amphore maintenant pour sa valeur chromatique. On retrouve sur sa surface toutes les teintes du tableau : le bleu du vêtement de la Madone, les tons marron glacés de sa robe, les tons chauds des parties corporelles dénudées…Dans cette partie gauche du tableau, l’œuvre est organisée avec une grande science de l’équilibre des masses tonales. A la draperie rouge répond un coussin rouge sous le pied de la vierge ; à son vêtement bleu répond un autre coussin toujours sous ses pieds.

La composition, nous l’avons dit est dissymétrique, déséquilibrée. Un espace saturé à gauche, un espace vide à droite. Cela aussi relève du maniérisme.
Notez à gauche du tableau le groupe dense des anges, leurs visages sont serrés les uns contre les autres. A cet espace saturé répond le côté droit. Regardez-le. En contrebas apparaît un fond de paysage, étrange, vide, dans lequel une file de colonnes est érigée. Portez attentivement votre regard sur la base de cette colonne et le jeu d’ombre. On décèle en réalité non pas une colonne mais la présence de plusieurs formant un alignement. D’ailleurs, plus on regarde l’arrière-plan plus les choses disparaissent. Ainsi, les colonnes deviennent de plus en plus nettes au fur et à mesure qu’on va vers la vierge. Est-ce la disparition d’un monde ancien et l’apparition d’un monde nouveau dans lequel Marie sera le pilier ? On voit un homme à demi nu, peut être un prophète, qui déroule un phylactère qu’il ne lit pas puisqu’il tourne la tête du côté opposé. L’étrangeté domine et des questions restent sans réponses.


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