La collection de peintures

Le palais et la galerie doria pamphilj

La collection de peintures

Nous allons maintenant commencer la visite de la collection de peinture, centrée autour des quatre galeries du jardin. En quittant la chapelle, prenons donc la porte qui se trouve à notre gauche. Nous entrons alors dans la librairie de la galerie. En la traversant, nous débouchons dans les galeries. La première galerie, par laquelle nous allons commencer, est celle qui se trouve face à nous, lorsque nous sortons de la librairie. Nous vous attendons à l’entrée.

Nous sommes ici dans la plus ancienne partie du palais, celle qui se trouve sur la via del Corso. La fenêtre que nous voyons au bout de l’allée qui nous fait face donne sur la via del Corso. Cet ancien palais est, comme nous le constatons, centré autour d’une cour carrée, à notre droite. A l’origine, les galeries étaient ouvertes sur la cour. Il s’agissait donc en réalité de loggias qui furent transformées en galeries fermées au début du 18ème siècle.
Les galeries où nous sommes étaient dès le départ exclusivement réservées à l’exposition d’œuvres d’art. Les plafonds, le bas des murs et les encadrements de fenêtres ont été peints de motifs rococo, où dominent des végétaux et des coquillages stylisés, souvent dans des formes un peu étranges et asymétriques, ce qui était la mode décorative du temps. Tout le long des murs, les tableaux sont disposés en ordre assez serré. Cela peut nous paraître aujourd’hui un peu étouffant. Mais c’est là la disposition de la fin du 18ème siècle. Elle a été reconstituée il y a quelques années, à partir du catalogue de la collection en 1767. Ce musée, en plus des grandes œuvres que nous allons y découvrir, est donc aussi un musée de musée, reflétant la conception qu’un riche amateur d’art se faisait de sa propre collection. L’organisation des œuvres est basée sur différents critères. La symétrie par exemple : on retrouve à intervalles réguliers des œuvres ayant un format et une forme semblables. Les œuvres sont aussi posées en fonction de leurs sujets communs ou proches. Mais en aucun cas, ils ne sont rassemblés en fonction de leur style ou de leur lieu d’origine, ce qui correspondrait plutôt à l’approche d’une collection moderne.

Cette première aile, celle qui nous fait face donc, lorsque nous sortons de la librairie, est plus particulièrement consacrée à l’école de peinture de la Région Emilie-Romagne du Nord de l’Italie, et au paysage du 18ème siècle.
Nous allons aborder quelques unes des œuvres, les principales. Toutefois, si vous souhaitez des renseignements sur d’autres œuvres, vous constaterez que chaque tableau porte un numéro. Le petit guide du musée reprend l’ensemble de ces numéros, donnant le titre de chaque œuvre et le nom de l’auteur.

Les premières œuvres à nous intéresser sont les 6 tableaux accrochés sur le mur de gauche, et dont le cadre a une forme semi-circulaire. Il s’agit d’une série d’œuvres de tailles variables, nommées « lunettes Aldobrandini », car elles aveint été commandées par le cardinal Pietro Aldobrandini pour décorer les lunettes de sa chapelle, qui sont ces niches semi-circulaires au dessus des portes et des fenêtres. La commande fut faite au célèbre Annibale Carrache, une des plus importantes figures de la peinture romaine à l’aube du 17ème siècle. Toutes évoquent des scènes de la vie de la Vierge. Il semble que très vite, la commande ait été réalisée par Francesco Albani, un élève, peut-être à cause d’une surcharge de travail d’Annibale Carrache. Mais le grand artiste avait tout de même réalisé lui-même le premier tableau de la série, juste à l’entrée de la galerie, et portant le numéro i5. Prenons le temps de bien le regarder car ce tableau posera les bases de la peinture romaine du 17ème siècle.

La scène est certes religieuse. Elle représente la fuite en Egypte. Cela dit, on constate que cette fuite ne semble pas précipitée et qu’elle ne remplit pas d’effroi Joseph ou Marie. C’est une fuite « paisible » dirions-nous, à l’image du paysage d’ailleurs et des saynètes de vie qui y sont présentées : la barque descendant lentement le fleuve (symbole de la vie), le pâtre et ses moutons, les paysans qui rentrent, le cavalier s’avançant au pas vers le château..
Et, du coup, on sent bien ici que les choses vont au-delà de la simple évocation de l’évangile. Le paysage y est en réalité le vrai sujet, et il en émane une émotion très intense. Nous avons face à nous un exemple type du paysage dit « classique » du début du 17ème siècle. Pour expliquer cette notion, parlons un peu de la famille Carrache.

Les Carrache sont originaires de Bologne, une région où l’art était dominé par le respect de la tradition et de l’équilibre, comme nous l’avons déjà vu avec les bustes de l’Algarde. Les Carrache avaient déjà formé à Bologne une académie, où nombre de peintres viendront se former. Puis deux frères Carrache, Annibale et Augusto, viennent s’établir à Rome. Avec eux, ils apportent leurs tendances classiques. Leur art sera un peu le contre-pied des tendances ultra-modernes et contrastées amenées à la même époque par ce génie turbulent qu’est le Caravage, beaucoup plus révolutionnaire dans son esthétique. Pourtant, les Carrache seront à l’origine d’une innovation. Leur classicisme n’a rien de la froideur des derniers classiques du 16ème siècle. Le paysage que nous avons face à nous est profondément émotionnel. Certes, tout n’y est qu’équilibre. Regardez : voyez comme l’eau et le ciel s’y répondent en symétrie, et voyez comme le château, tout en horizontalité, constitue le centre la composition. Deux arbres occupent les bords de l’œuvre, la fermant à droite et à gauche. Plus précisément encore, observons quelques règles absolues de l’art « classique. » En profondeur, le tableau est divisé en plans, sagement disposés les uns derrière les autres, sans qu’il n’y ait aucun chevauchement. La composition du paysage est basée sur une forme triangulaire, dont la pointe est centrée au-dessus du château. Le triangle posé sur sa base est la forme équilibrée et classique par excellence. Enfin, observons les personnages à l’avant-plan. Leurs formes sont bien délimitées, claires et précises. Certes, leur corps n’est pas délimité par un trait dessiné en noir. Mais le coup de pinceau est si précis qu’on peut facilement imaginer le dessin au trait que l’artiste avait en tête lorsqu’il tenait en main son pinceau. Voilà une série de caractères de la peinture classique.

L’observation scrupuleuse de ces règles pourrait mener à une peinture froide, ce qui n’est nullement le cas ici. Alors, comment expliquer cela ?
Cela provient de l’éclairage. Ici, la source unique d’éclairage, venant de gauche, crée dans l’œuvre une atmosphère de clairs et d’obscurs qui fait vibrer de vie la moindre parcelle de terrain et d’eau. Il y a ici une observation directe de la nature et de l’émotion qu’elle peut susciter. Et c’est là l’innovation des Carrache. C’est l’usage des règles classiques, mais revécues à travers une participation émotionnelle au paysage. Cela donne une spontanéité tout à fait neuve, bien loin de la froideur classique de la fin de la renaissance.


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