L’artiste Claude Gelée

Le palais et la galerie doria pamphilj

L’artiste Claude Gelée

En tout cas, ce type de paysage sera le modèle des artistes paysagistes romains qui suivront. En tête de ceux-ci, il y aura le français Nicolas Poussin, ainsi que Claude Gelée, dit « Le Lorrain », qui porteront ce style de paysages à des sommets inégalés. Et c’est dans ce contexte aussi qu’il faut resituer les paysages de Gaspard Dughet vus dans la première salle du musée.

Claude Lorrain est d’ailleurs aussi représenté dans cette galerie. Un tableau de lui se trouve au-dessus de la fuite en Egypte. C’est un grand tableau rectangulaire portant le numéro i4. Il est intitulé « Paysage avec figures dansantes » ou « Le mariage d’Isaac et Rebecca », scène religieuse extraite de la Bible. Claude Lorrain était un autodidacte, arrivé à Rome avec une équipe de cuisiniers de Nancy. Il sera d’abord domestique chez Tassi, un artiste qui lui donnera peut-être son premier enseignement classique.

Mais c’est le modèle de Carrache qui sera pour lui la base de son art. Chez lui, le paysage romain prend une ampleur et un gigantisme exceptionnels, que l’on ne trouvait pas encore chez Annibale Carrache.
Voyez comme les personnages sont minuscules, à côté d’arbres de très grande taille. Ici, la nature domine la scène de très loin, ce qui ajoute encore au « génie du lieu » tel qu’il est représenté. Comme chez Carrache, la source de lumière est unique, et ce sera dès lors toujours le cas dans les œuvres classiques.
Cherchez cette source. Où est-elle ? Vous l’aurez trouvée, ici, elle vient de droite, cachée par les arbres. C’est un soleil couchant dit-on, une lumière en tout les cas de demi-jour. Espoir du matin ou nostalgie du soir, elle donne aussi au décor une tension émotionnelle qui va bien au-delà du sujet représenté, minuscule au milieu de la grandeur de la nature. Claude Lorrain, toujours en restant classique, aborde ici la lumière d’une manière très moderne, notamment dans la façon dont elle vient se poser sur le sol, créant un zébrure de zones claires et d’un vert sombre. Cet artiste, 200 ans plus tard, inspirera Turner et Monet, qui chercheront, eux aussi , à représenter une réalité supérieure.
Et, devant ce tableau, laissons Goethe lui rendre hommage : « Claude Lorrain connaissait par cœur le monde REEL, et il l'employait, comme Moyen, pour exprimer cet autre monde dont sa belle âme était le siège. »

On imagine bien que cette œuvre a pris du temps à l’artiste. Du temps pour repenser ses émotions, du temps pour trouver le moyen le plus adapté pour les exprimer, du temps pour établir se composition. Comme son ami Nicolas Poussin, Claude Lorrain travaille peu et lentement. Il prend le temps de rêver, à la différence d’un baroque qui lui restera dans la fougue de l’action.

D’autres œuvres de Claude Lorrain sont présentes un peu plus loin sur le même mur, dont le très beau tableau qui porte le numéro i32.
Allons vers ce Numéro i32.

Il représente, dans la même lumière émouvante, une vue de Delphes avec procession. Quelque part, cette intensité émotionnelle est un aboutissement logique de l’évolution du classicisme. En effet, le classicisme est toujours en recherche d’un équilibre et d’une perfection que, selon l’homme de la Renaissance et du 17ème siècle, seuls les Grecs et les Romains antiques avaient été capables de trouver. Dans ce sens, l’Antiquité est perçue comme une sorte d’âge d’or, de société idéale, que le sens du beau peut nous aider à ressusciter. Le regret, la nostalgie de cette époque révolue se manifestent explicitement, et sans doute inconsciemment, dans l’émotion de ces tableaux.


<< 7 - La collection de pei...         9 - Le tableau de Paris ... >>

Sommaire complet du dossier :