Le tableau de Paris Bordon

Le palais et la galerie doria pamphilj

Le tableau de Paris Bordon

Vers le milieu du même mur se trouve un tableau du peintre trévisan Paris Bordon. Ce tableau porte le numéro « i 15 ».

Tout de suite, nous remarquons que l’œuvre un caractère très tranché avec ce que nous avons vu avant. Si les œuvres précédentes étaient équilibre et douceur, celle-ci est couleur, mouvements et sensualité. Elle représente très bien les tendances de l’art vénitien au milieu du 16ème siècle. Paris Bordon est un des artistes importants de la génération qui a suivi celle du Titien, et qui s’en est considérablement inspirée, notamment dans l’usage de la couleur, ce qui est assez remarquable ici. L’oeuvre représente « Vénus, Mars et Cupidon. »
L’art de coloriste du Titien se manifeste encore ici dans les grandes variations que Bordon apporte aux couleurs de son tableau. Comme Titien, il cherche à opposer de manière éclatante la blancheur des carnations aux tons environnants. Mais à la différence du Titien, Paris Bordon cherche aussi la complication dans ses compositions, donnant aux formes des contours sinueux, qui le rapprochent du maniérisme.

Le thème du tableau lui-même relève d’une vision très vénitienne. La Vénus a l’aspect assez caractéristique des femmes des tableaux vénitiens du 16ème siècle. Belle, les cheveux de ce blond que l’on nomme « vénitien », des bras solides et une poitrine menue : il est évident que le modèle en est une courtisane. La courtisane est un phénomène assez caractéristique de la Venise du 16ème siècle. Femme belle et cultivée, elle évolue dans les milieux de la très haute société, se faisant entretenir en échange de ses charmes. Combien donc la courtisane est-elle le modèle idéal pour Vénus, la déesse de l’amour ! L’amour est un art dans la Venise du 16ème siècle. Le thème de Vénus y a aussi beaucoup de succès. Il se justifie même philosophiquement, notamment dans les cercles humanistes. Passionnés par l’étude de la philosophie de Platon, ils revisitent le thème de Vénus avec un regard platonicien, à savoir que Vénus possède deux visages : celui de l’amour charnel et vénal, et celui de l’amour pur et divin. Manifestement, c’est ici l’amour charnel qui est évoqué. Mars est en effet l’amant de Vénus, et non son époux légitime.


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