La salle Vélasquez

Le palais et la galerie doria pamphilj

La salle Vélasquez

Nous allons maintenant nous rendre au bout de la galerie, et prendre la porte à gauche. Nous nous trouverons alors dans le petit cabinet Velasquez.

Cette petite salle a été aménagée spécialement pour contenir le magnifique tableau de Velasquez. Il représente Giovanni Battista Pamhilj, devenu pape en 1644 sous le nom d’Innocent 10. Avec les fameuses Ménines du musée du Prado, à Madrid, il s’agit d’une des oeuvres les plus connues de Velasquez. Ce tableau a été réalisé à Rome. Diego Velasquez eut en effet l’occasion de venir deux fois en Italie, envoyé par le roi d’Espagne pour acheter des tableaux et des statues. Cela nous montre la grande estime dont il jouissait comme peintre officiel de la cour de Madrid. Mais ses voyages ont surtout été pour lui l’occasion de mieux découvrir les nouveautés des artistes italiens, comme le Caravage, qu’il connaissait déjà et qui était sa première source d’inspiration.

L’œuvre fut exécutée en 1649, en vue du grand jubilé de 1650. Nous y percevons une des grandes qualités de Velasquez. Il a ce don extraordinaire d’adapter ses couleurs et sa touche à chaque sujet qu’il représente. Ici tout est rouge, couleur de l’opulence et de pouvoir. Rouge le camail sur les épaules du pontife. Rouge le bonnet. Rouges encore le dossier du siège et le drapé du fond. Et sur ce rouge, du blanc immaculé. Celui de la soutane, du surplis, du col, de la lettre que le pape tient en main. Mais bien sûr, le rouge l’emporte nettement au point que le blanc semble en avoir des reflets.
D’ailleurs, ce blanc, symbole de pureté et de paix ne semble pas si pacifique que cela.
Regardons le physique du pape et la façon dont il semble nous regarder : il est en biais, ses lèvres sont pincées, et le blanc des yeux et bien ce blanc-là nous regarde d’une manière qui n’inspire pas la confiance. Les ennemis de ce pape lui reprochaient en effet un esprit despotique et calculateur.
Et on peut dire que Velasquez a rendu à la perfection le caractère psychologique du personnage.
Autre exploit de Velasquez, la façon qu’il a de donner ici une image d’opulence extraordinaire. Car outre la couleur, la texture des tissus est aussi parfaitement rendue, ou plutôt évoquée, dans un parfait illusionnisme dont seuls les peintres baroques ont le secret.
Observons, par exemple, la soie du camail sur les épaules, et le reflet de lumière qui la font briller. C’est une symphonie pour les yeux. Pourtant, à y regarder de près, on s’aperçoit que quelques coups de pinceaux, assez bruts, suffisent à rendre cet effet extraordinaire. C’est là tout l’art du coloriste baroque : on reçoit une impression d’ensemble en « plein visage » et ce n’est qu’après qu’on peut regarder les détails pour comprendre comment cette impression a été construite. Au trait bien délimité de l’artiste classique (souvenons nous du pourtour de la vierge Marie tracé quasiment au crayon par Carrache), le baroque comme Velasquez préfère la couleur dans son éclat, disposée avec un pinceau épais et abondant. Pourquoi ? Car bien plus que l’équilibre et le trait bien soigné, la couleur jetée spontanément produira des effets visuels directs, qui frappent brutalement le regard et, à travers lui, produisent des émotions vives, sans laisser au spectateur le temps de vraiment intellectualiser et analyser ce qu’il voit. En supprimant les détails inutiles, l’effet en sera, comme ici, d’autant plus fort. Ainsi, si le classicisme de Carrache ou Lorrain est d’abord une pensée qui s’exprime par une forme, le baroque est plutôt une forme et des couleurs d’où découlent un effet. Le classicisme est une pensée. Le baroque, lui, est action physique.

Juste à côté du tableau se trouve un buste en marbre du même pape, par Le Bernin, grande figure baroque de la sculpture romaine. Souvenons-nous ici du classicisme de l’Algarde. La virtuosité du Bernin est limitée ici par le fait que ce buste a un caractère officiel. Il fait partie de l’image sociale que le pape doit donner de lui-même. Mais quelques éléments sont très typiques de sa manière de faire, par exemple l’aspect frémissant de la peau du visage, notamment aux arcades sourcilières. Cela donne une vie intense au portrait. Le camail qui recouvre sa poitrine est aussi animé d’un léger mouvement, et rendu plus vivant encore par un détail comme le bouton mal attaché.


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