La galerie des glaces 

Le palais et la galerie doria pamphilj

La galerie des glaces 

En sortant de la salle Velasquez, nous emprunterons la galerie qui nous fait face, c’est-à-dire la deuxième aile. Elle est nommée « galerie des glaces », en raison de nombreux miroirs qui la bordent. Elle fait partie des aménagements de 1731. La galerie longe, sur la droite, la cour intérieure et sur la gauche la via del Corso. Ici sont présentées quelques œuvres antiques, en grande partie retouchées au 18ème siècle. Sur le plafond, le peintre bolonais Aureliano Milani a représenté des scènes de la vie d’Hercule. Ce sujet est directement lié au prestige de la famille, puisqu’une tradition datant du milieu du 17ème siècle faisait remonter la famille à un neveu du héros de la mythologie grecque.
Nous allons traverser cette galerie dans toute sa longueur, pour arriver, au bout, à une enfilade de petites salles. Dans ces salles sont conservées quelques-unes des œuvres majeures de la collection.

La première salle est nommée petite salle du 18ème siècle. Ici se trouvent en effet rassemblées quelques œuvres de cette époque. L’essentiel est constitué d’œuvres de peintres vedutistes. Il s’agit de peintres spécialisés dans les vues de villes, souvent des tableaux à destination touristique, souvenirs de voyages. Parmi les célèbres vedutistes, les plus connus sont Guardi et Canaletto, à Venise. Pas d’œuvres de ces artistes ici, mais des œuvres d’autres peintres moins connus et travaillant un peu dans la même veine. À gauche de la porte par exemple, un tableau de Gaspar Van Wittel, Flamand exilé en Italie, représente, avec un souci photographique du détail, une vue de la place Saint Marc à Venise.
Mais c’est surtout la salle suivante, consacrée au 17ème siècle, qui nous réserve des surprises.
Sur le mur de droite sont conservés deux beaux tableaux du Caravage, pièces maîtresses de la collection.
Faisons leur face, en tournant donc le dos à la fenêtre. Le tableau de gauche représente Marie-Madeleine pénitente, et celui de droite le repos pendant la fuite en Egypte. Ces deux œuvres religieuses sont des œuvres de jeunesse. Elle n’ont pas encore cette esthétique si particulière au Caravage, faite de contrastes violents entre le sombre et le lumineux, peuplées de personnages aux mines populaires et parfois patibulaires, tels qu’on peut les voir à l’église Saint-Louis des Français ou à Santa Marie del Popolo par exemple. Non. Les œuvres que nous voyons ici remontent aux tout débuts de Caravage à Rome. Car le Caravage, de son vrai nom Michelangelo Merisi, était originaire du petit village de Caravaggio, près de Milan. D’où son surnom. Il travailla d’abord dans l’atelier d’un peintre nommé le cavalier d’Arpin. Ces deux œuvres ont sans doute été réalisées juste à la fin de son apprentissage, dans les dernières années du 16ème siècle. Mais elles témoignent déjà d’une audace surprenante pour l’époque.

Commençons par le tableau de Marie-Madeleine. Madeleine, selon la tradition, est une ancienne prostituée repentie après sa rencontre avec le Christ, et elle fait ici pénitence. Figure isolée, elle est assise sur une chaise basse, dans un univers brun gris assez neutre. Ce qui frappe ici, c’est l’extrême simplicité. On dirait que le Caravage commence sa carrière en supprimant tous les artifices inutiles de l’art de son temps. De ce point de vue, ce tableau reste encore aujourd’hui d’une extrême modernité. Mais à côté de cela, et presque en opposition, le peintre introduit aussi des éléments vraiment anecdotiques et pittoresques. C’est le cas des bijoux et du vase de parfum, posés sur le sol, à gauche du tableau. Les bijoux, semblant jetés par terre et abandonnés par la sainte, sont ici un symbole de la vanité des choses et des apparences. Le vase de parfum est l’attribut traditionnel de Marie-Madeleine, puisqu’elle frotta les pieds du Christ avec du parfum. Le luxe de détails de ces objets contraste considérablement avec la sobriété du reste de l’œuvre. Ce morceau du tableau est à lui seul une œuvre à part entière, une nature morte. Ce sont déjà là deux éléments qui domineront toujours dans l’œuvre du Caravage : extrême simplicité et introduction judicieusement placée d’éléments pittoresques qui rendent le scène vivante et proche.

Maintenant, regardons l’autre chef-d'œuvre du Caravage : le « Repos pendant la fuite en Egypte». Il est un peu du même ordre. La composition est en trois parties. A droite, Marie tient l’enfant Jésus, sur un fond de paysage ouvert. Observons que le modèle qui a servi à réaliser Marie est la même femme que celle qui a posé pour Marie-Madeleine. À gauche, Joseph est assis, sur un fond complètement fermé par l’âne. Regardez son visage. Vous l’aurez remarqué, le modèle de son visage est sans aucun doute un visage du peuple, et son naturalisme contraste avec l’idéalisation du visage de Marie. Au centre, un ange musicien nous tourne le dos. Le blanc de sa peau et le drap qui l’entoure fait contraste avec le fond doré du tableau et le coupe donc bien en deux parties.
Cet élément seul est déjà très audacieux, et est une innovation pour l’époque.
L’ensemble des personnages est baigné dans une lumière changeante et contrastée, qui donne à la scène une atmosphère poétique. Cette lumière vient de la droite du tableau. On dirait qu’elle soit passée au travers de lourds nuages gris, comme la couleur du ciel, au fond, derrière la Vierge, semble nous le confirmer. C’est donc une lumière d’orage. Et ici, s’il fallait s’avancer, nous dirions que l’orage semble passé, et que l’ange vient jouer une musique céleste qui apaisera l’enfant Jésus. Ce type de lumière fait penser à celle de certaines œuvres de Giorgione, grand, très grand peintre vénitien du 16ème siècle. Et on peut penser que Caravage a subi des influences vénitiennes.

Regardons ce tableau à nouveau : là encore, on retrouve le goût du Caravage pour les objets quotidiens, comme la cruche en bas à gauche du tableau, ou les pierres à l’avant-plan. La partition tenue par saint Joseph est réaliste, elle aussi, puisque ses notes sont celles d’une pièce musicale de Noël Bauldewijn, consacrée à la Vierge. Bauldewijn était un des nombreux musiciens flamands travaillant à cette époque en Italie.


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