Le tableau de Hans Memling 

Le palais et la galerie doria pamphilj

Le tableau de Hans Memling 

Nous allons maintenant passer dans la dernière de ces petites salles, celle consacrée au 15ème siècle.

La plupart des tableaux de cette salle proviennent de l’ancienne collection Aldobrandini.
Mais l’œuvre qui nous intéressera ici est celle qui se trouve à gauche, sur le mur des fenêtres, et porte le numéro «p12». C’est une Pieta ou descente de croix, dont l’auteur est l’artiste flamand Hans Memling. Ce tableau peut être daté entre 1475 et 1485. C’est-à-dire que c’est une œuvre de maturité de l’artiste. A l’époque de notre tableau, Memling avait entre 50 et 60 ans.

Deux mots sur cet artiste. Memling, d’origine allemande, travailla surtout à Bruges, qui était à l’époque la plus riche des villes commerçantes de Flandre. Dans ce tableau, il subit très fortement l’influence d’un de ses importants prédécesseurs, Roger van Der Weyden, notamment dans le sens du pathétique.
Regardez bien comme la composition tout d’abord renforce ce côté pathétique : L’image est en effet très serrée et ramène toujours le regard vers le drame. Sur le premier plan, les personnages occupent presque toute la surface, devant un décor dont l’horizon est placé très haut, certainement avec Jérusalem au fond. Le ciel, petite bande horizontale au sommet du tableau, offre peu d’échappée au regard. L’œil est ainsi captif entre l’arrière plan, la colline du Golgotha de la crucifixion, où tout relief a été gommé et le brun stérile du sol. Ainsi, tout ramène continuellement à l’avant-plan, dont on ne peut détacher le regard.
Et une fois que notre regard est dans cet avant-plan, le jeu des couleurs l’amène sur le christ. Au centre, la blancheur cadavérique du Christ est fortement encadrée par deux couleurs puissantes et opposées entre elles: le rouge vif de saint Jean et le bleu sombre de la Vierge, signe de deuil. Derrière Marie-Madeleine en pleurs est agenouillé un personnage en prière. Il s’agit du commanditaire de l’oeuvre, qui, conformément à l’habitude de l’époque, se fait représenter dans le tableau. Son manteau noir vient encore renforcer la blancheur du Christ. Composition très dense donc, renforcée par l’emplacement judicieux des couleurs.

Mais la densité de l’image vient aussi du rythme rapide imposé au regard, par la variété des positions, et notamment de celle des bras et des mains. Observons les bras tout d’abord du commanditaire, puis de Marie Madeleine en pleurs, puis de la Vierge. Voyez comme ils croisent ceux du christ pour former une croix. Ainsi, avec les bras des personnages, l’artiste offre au spectateur une série de formes tournoyantes, peu apaisantes, car anguleuses, et qui, inconsciemment, nous ramènent vers le cœur du drame.

Mais le pathétique est aussi rendu par les traits du christ et de Marie. Regardez leur visage. Avec ses yeux mi-clos et sa bouche entr’ouverte, le christ semble expirer. Et sa mère, Marie, recueille le dernier râle de son fils, les lèvres serrées, les yeux absents et déjà plongés dans l’après, dans le moment où son fils sera mort.

Ce sens du pathétique est assez caractéristique de la sensibilité religieuse du 15ème siècle, qui cherche à être émue par l’image. Les Primitifs flamands sont parmi les plus représentatifs à ce sujet. Memling offre donc ici une image assez caractéristique du temps.

Et maintenant un petit mot sur les techniques de peinture : Les Italiens de la Renaissance avaient une grande admiration pour les peintres flamands. Ils appréciaient surtout leur art de la couleur et la brillance de leurs tableaux. En effet, les Flamands du 15ème siècle avaient une technique de peinture très différente des Italiens. Si ceux-ci peignaient à la détrempe, c’est-à-dire une peinture à l’œuf, relativement mate, les Flamands utilisaient l’huile comme liant. Cela donne une peinture plus brillante, mais aussi plus souple et permettant un travail plus approfondi du mélange des couleurs. Ce qui fait surtout l’éclat de la peinture flamande, c’est la technique en glacis utilisée par ces artistes. La technique du glacis consiste à poser la couleur en couches horizontales très fines et superposées, jusqu’à obtention de la teinte désirée. Prenons par exemple le manteau rouge de saint Jean l’évangéliste, à gauche. Sur l’épaule, où le rouge est plus clair, il y a moins de couches de rouge que sur la cuisse par exemple, où le rouge est plus foncé. Comme en séchant, la peinture à l’huile a tendance à devenir transparente, toutes ces couches de peinture se voient en transparence. En dessous de la couleur, il y a un fond de préparation blanche à base de craie. Lui aussi renvoie sa lumière à travers les couches de couleurs. Et c’est tout cela qui donne à ces œuvres un éclat si fort, qui fascinait les Italiens de la Renaissance.

Comme nous sommes dans un cul-de-sac, nous allons revenir sur nos pas et retraverser toutes les petites salles pour rejoindre l’entrée de la galerie des glaces. Là, nous prendrons à gauche, la troisième aile du quadrilatère.


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