Le tableau de Corrège

Le palais et la galerie doria pamphilj

Le tableau de Corrège

Dans cette galerie se trouvent quelques œuvres importantes du 16ème siècle. Tout d’abord, au début du mur de gauche toujours, nous voyons un tableau intitulé « Allégorie des Vertus », par Le Corrège. Il porte le numéro «q2». Il s’agit de l’esquisse d’un tableau qui se trouve au musée du Louvre. Il avait été commandé par Isabelle d’Este, en même temps qu’une « Allégorie du Vice. »

Le Corrège vécut au début du 16ème siècle. C’est un artiste assez original, car il restera toujours assez classique d’une part, tout en cherchant à donner une dynamique importante à ses figures. Ici par exemple, les proportions des corps, les visages et le rendu des nus restent sages, évoquant un peu la peinture de Raphaël. Par contre, ce qui est frappant, c’est la composition non pas pyramidale, comme Raphaël l’aurait conçue, mais oblique.
Observons bien : depuis la figure féminine assise en bas à gauche, véritable base de la composition, en passant par la jeune femme assise de face, légèrement penchée vers la droite et le torse un peu tordu, jusqu’à l’aspect aérien de l’amour volant au sommet, tout dans cette image produit l’effet d’un nuage tournoyant balayé par le vent. Les drapés volants de la jeune fille en vert, à gauche, accentuent encore ce dynamisme. Nous avons là un exemple d’œuvre maniériste, style qui fleurit au 16ème siècle, et dont le Corrège est un des représentants.

Le maniérisme est le style des artistes qui suivirent Raphaël et Michel Ange, et qui voulaient peindre à leur manière, comme l’indique le nom. Leur manière, c’était donner la puissance des formes de Michel Ange et l’expression des figures de Raphaël. Mais souvent, ces deux caractères furent exagérés, dans le souci de faire toujours plus d’effet. Dès lors apparaissent parfois des figures théâtrales jusqu’à la mièvrerie. C’est de là que vient notre adjectif « maniéré. » Mais ici, rien de tout cela. Car Le Corrège réussit à garder un bel équilibre entre la sagesse classique et l’élan théâtral des formes. Avec 100 ans d’avance, ses compositions sont déjà du bel art baroque. Le fait que l’esquisse soit rehaussée ici de peinture à l’eau  ajoute encore au dynamisme. Observez encore les collines du fond, simple masse de gris vert, presque aussi flou qu’un nuage …
Et maintenant, avançons dans la galerie pour découvrir, toujours sur le même mur, une œuvre attribuée à Pieter Breugel l’Ancien : la « Bataille dans le port de Naples. » Ce petit tableau porte le numéro q21.

Le tableau présente une bataille de voiliers, au large d’un port qui ressemble à celui de Naples. À gauche du port se dresse un petit château qui ressemble beaucoup au Castel del ovo, construction médiévale encore visible sur le port de Naples. Mais surtout, au centre, à l’entrée de la grande jetée courbe, apparaît la forme caractéristique du célèbre Castel Nuovo de Naples. La montagne sur la droite est le Vésuve. Ce tableau est assez énigmatique. D’abord, on ne sait pas de quelle bataille il pourrait bien s’agir. Ensuite parce que l’attribution de ce tableau au grand peintre Pieter Breugel, artiste bruxellois du 16ème siècle, n’est pas acceptée à l’unanimité. Peu d’œuvres peuvent en fait lui être attribuées avec certitude, et celle-ci n’est pas signée. L’attribution repose surtout sur une gravure flamande faite d’après un dessin du maître, et représentant un combat à Messine. Toujours est-il que l’œuvre porte une série de caractéristiques de Bruegel : le travail des vagues notamment, par lignes ondulantes. Mais surtout l’équilibre des couleurs. Le beige des voiles, que l’on retrouve semblable dans le ciel. Le gris-bleu du ciel à droite, que l’on retrouve dans la fumée des canons des bateaux. Le vert de la mer, présent aussi dans la montagne, ou le sombre de l’avant-plan, que l’on retrouve dans le ciel à droite. C’est un des grands dons de Bruegel que d’équilibrer parfaitement ses couleurs à travers l’ensemble du tableau. Il donne ainsi une image visuellement très équilibrée.

Prenons maintenant la galerie jusqu’au bout. Au fond, nous découvrons un autre buste de l’Algarde, représentant Olympia Maidalchini Pamphilj, belle sœur du pape Innocent 10, mère de Camillo Pamphilj et donc terrible belle-mère d’Olympia Aldobrandini.


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