L’intérieur de la cathédrale

Le quartier de la cathedrale de vienne

L’intérieur de la cathédrale

Vous êtes maintenant dans la cathédrale de Vienne. L’impression d’ensemble est bien celle d’une cathédrale gothique, tout simplement, car nous avons l’impression d’être aspirés vers le ciel. Mais commençons par décrire le plan : comme on l’a dit déjà : il est classique. Il y a une grande nef : c’est l’allée centrale où vous devez être et –à gauche et à droite- il y a deux plus petites nefs, 2 plus petites allées donc. Et vers le fond, il y a une autre allée qui coupe ces 3 allées. C’est donc un plan en croix latine. Un vieux plan qui date de la Rome antique. En revanche, pour ce qui est de la structure, alors là…c’est très novateur. Nous sommes dans une période tardive du gothique, appelée le gothique flamboyant. Nous allons comment lire ces murs et ses voutes pour comprendre ce qu’est le gothique d’abord et ce qu’est le style « flamboyant » ensuite. Mais d’abord, un petit rappel. Etant donné le poids de la voûte, la crainte était que tout s’effondre si on montait trop haut. La solution retenue par l’art roman a été de ne pas montrer trop haut et surtout de faire des murs massifs, sans ouverture. L’art gothique lui profitera des progrès dans les techniques de construction qui permettront de mieux maitriser les poids et les forces. La grande invention, ce sera les « voûtes sur croisées d’ogives ». Nom compliqué pour quelque chose de simple. Il s’agit en fait de voutes qui reposent sur des bouts d’arcs de cercle de pierre. Ces bouts de cercle de pierre: on les appelle des « arcs brisés » ou encore des « ogives ». On les fait partir de 4 piliers et on les fait se rejoindre au milieu du plafond –de la voute donc-. Et là où ils se croisent, on met une pierre qu’on appelle la clef de voûte. Ainsi, cette voûte est posée sur des ogives qui se croisent et fut appelée « voûte sur croisée d’ogives ». Les architectes ont tâtonné pour trouver ce système qui leur permet de rediriger les forces dans la terre, sur le sol directement et non plus sur les murs. Du coup, ceux-ci ne portent plus la voute comme dans l’art roman. On peut désormais y mettre des fenêtres larges et cela sera l’essor de l’art du vitrail. Et puis, que se passe-t-il quand on ouvre de larges fenêtres ? Et bien, la lumière entre !! Tout simplement. Et, selon certains, cela donnera une façon nouvelle de vivre son culte. Le gothique a commencé en France au 13ème siècle. Il se répandra dans toute l’Europe et suivra plusieurs évolutions. Ici, nous l’avons dit. C’est le gothique flamboyant. Pour ceux que cela continue d’intéresser, voyons pourquoi ?
Et bien commençons par regarder les colonnes à gauche et à droite. Elles supportent directement une voûte élancée. Souvent dans les 1ères cathédrales gothiques, on tâtonne encore et dans le doute, on préfère installer une première série de colonnes puis comme un palier intermédiaire d’où part une 2d série de colonnes. Pas de cela ici. Les architectes ont confiance en leur maîtrise des poids : les colonnes sont très hautes et vont directement du sol au plafond. Cela donne une grande impression de fluidité. Cela dit, elle n’est pas totale. Laissez courir votre regard vers le fond de la nef, en direction du chœur. Regardez. Vous remarquez alors une anomalie. Le chœur tout au fond est moins haut que la grande nef. Regardez bien en hauteur et vous verrez qu’il y a un décrochement d’environ un mètre. Une fantaisie de l’architecte sans doute ? Absolument pas. En fait cette brisure correspond à deux étapes distinctes dans la construction de la cathédrale. Le chœur date du milieu du 14e siècle à l’époque du duc Albert 2 de Habsbourg, c’est pourquoi on le nomme le « Chœur d’Albert ». Par contre, la nef principale date elle du 15e siècle. Elle est tardive et c’est pour cela qu’elle n’a pas de galerie intermédiaire. D’ailleurs, nous remarquerons encore cette maitrise en regardant la voûte. Alors, levez bien les yeux vers elle !
Ah tiens, on ne voit pas ce système de voûte sur croisée d’ogives. C'est-à-dire ces 4 arcs de pierre qui se croisent au centre de la voûte. Le schéma clair et dépouillé des voûtes d’antan a laissé place à tout un réseau graphique de nervures qui s’entrecroisent à un tel point que la couverture ressemble à une gigantesque toile d’araignée aérienne et mouvementée. C’est très beau. Ce type de traitement de la voûte n’était pas nouveau. Il fut inauguré à la cathédrale de Prague dans les années 1350. Et un siècle plus tard, cette nouveauté était connue et utilisé par la plupart des architectes européens. Ce qui est intéressant ici : c’est la confrontation entre deux idées de la voûte. Celle du 13e siècle tout au fond de la cathédrale avec ce chœur solide et achevé, et celle de la nef du 15e siècle aérienne et dilatée. Elle est porteuse d’un mouvement continu qui se transmet à tous l’espace. Un mouvement qui au même moment est présent dans le décor sculpté des églises, mouvement qui anime encore le corps sculpté des saints qui se tordent sur eux-mêmes comme des serpents au bout d’un bâton. Le mouvement ! Voilà ce qui caractérisera l’art gothique du 15e siècle, ce gothique « flamboyant » qui n’en finit pas de se consumer avant le rappel à l’ordre de la Renaissance.


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