Le tombeau de Frédéric 3

Le quartier de la cathedrale de vienne

Le tombeau de Frédéric 3

Mais revenons-en à ce tombeau de Frédéric 3. Pour le réaliser, l’empereur fit appel à un maître sculpteur du nom de Nicolas de Leyde, une pointure de l’époque. Mais, déjà très âgé, le maître-sculpteur n’eut que le temps d’exécuter le modèle. C’est donc son fils qui fut chargé de terminer la commande. Il prit son temps car l’ensemble fut achevé en 1513 soit 20 ans après la mort de son commanditaire ! Cette tombe monumentale est loin de la modeste tombe de Eugène de Savoie. Celle-ci est bien mise en évidence : le regard est accroché par le marbre rouge. Et si cela ne suffisait pas, elle repose isolée sur une plate-forme, dans la lumière des vitraux. Elle est entourée d’une balustrade  à laquelle on accède par quelques marches. En soit, la balustrade suggère qu’il faut contenir une foule d’admirateurs et s’il y a une foule d’admirateurs, c’est qu’il y a un grand homme ! Bref, l’organe, la balustrade, suggère la fonction grand homme. La tombe est elle-même composée d’une cuve très sculptée et de son couvercle sur lequel le gisant c’est-à-dire la statue funéraire de Frédéric 3 a pris place. L’ensemble est chargé, presque trop: regardez ! Il n’est pas une partie qui ne soit ouvragée, sculptée. Et ce sont des centaines de figures humaines et animales qui se succèdent sur les parois du tombeau, le long des piliers de la balustrade, sur la corniche de la cuve, un monde mystérieux et fantastique. Bref, un monde terriblement médiéval une fois de plus. Mais la qualité de tous ces reliefs n’atteint pas celle de l’effigie du défunt. Et pourtant, elle reste invisible aux fidèles hier et à nous aussi aujourd’hui. Le tombeau est tellement haut que l’on ne voit rien. Pourquoi cela ? Et bien peut-être que cela permettait d’entretenir le mystère autour de Frédéric, accentuant son image héroïque et divine.
Et puis, il y a quelques anomalies révélées par les historiens d’art. Par exemple, si vous regardez maintenant la décoration qui ceinture le haut de la cuve. On voit des armoiries. En fait, trente sept blasons se succèdent tout autour de la cuve, tous d’ailleurs joliment décorés. Trente-sept blasons dont certains correspondent à des territoires qui n’appartenaient plus aux Habsbourg lorsque fut érigé le monument. Surprenant ! Pas tant que cela. N’oublions jamais que ce qui compte avant tout ici, c’est l’expression de la puissance d’un empereur, mieux d’une famille « impériale » en l’occurrence les Habsbourg. Par conséquent, les symboles politiques de cette puissance, les blasons par exemple, sont au moins aussi importants que l’évocation du regretté Frédéric. Car ces symboles illustrent une conception triomphante du pouvoir dont l’empereur n’est au fond que l’enveloppe charnelle ! Bien entendu, les Habsbourg n’ont pas été les seuls à développer ce type de discours commun à toute l’Europe occidentale.


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