La Façade de la Poste Centrale

Le quartier de la cathedrale de vienne

La Façade de la Poste Centrale

La Caisse d’Epargne, construite entre 1904 et 1912, est en quelque sorte le manifeste de sa nouvelle conception de l’architecture. Regardez la façade une 1ère fois, mais où sont les moulures et autres fantaisies sucrées auxquelles nous avait habitué l’architecture des autres bâtiments du Ring ? C’est en vain que vous les chercherez, essayez, et vous verrez : vous ne les trouverez pas. Car pour Otto Wagner, le style de l’avenir sera le « nutz stil » comprenez par là le « style de l’utile ». Mais encore, soyons plus clair : le « nutz stil » est un style défini d’abord par une technique de construction et par sa fonction. La fonction conditionne donc la forme de la construction. Pour autant, Otto Wagner est loin d’être un fonctionnaliste pur et dur. Et il n’ira pas aussi loin dans ses réalisations qu’Adolf Loos, autre grand nom de la modernité viennoise. Ce constat est d’ailleurs vérifiable dans le Bâtiment de la Poste qui est devant nous.
Nous allons, maintenant, regarder cette façade. Allons du plus grand vers le plus petit. Nous remarquons que la façade principale fait saillie par rapport au reste du bâtiment. Elle est divisée en 4 niveaux percés de grandes fenêtres. Regardez tout en haut maintenant : la partie supérieure de l’édifice est couverte d’un attique, c’est cette sorte de parapet. Qu’y voit-on encore : on voit aussi des couronnes circulaires tout au long de ce parapet et le tout est encadré sur les deux côtés par une figure monumentale. Est-ce que vous les voyez, ces grandes figures ? Elles représentent une Victoire tenant une couronne de lauriers dans chaque main. Regardez la base maintenant : on voit un large soubassement en bossage interrompu percé de deux rangés de fenêtres. Bon, finalement, la structure est assez classique. Et même regardons l’entrée : on voit des marches, 6 piliers, et un auvent au dessus et un balcon qui –depuis le style baroque- est là pour mettre en évidence l’étage Noble. Bref, tout cela est classique.
Mais pas tant que cela en fait…Regardons les piliers de l’entrée à nouveau : ils sont en béton et dépouillés de tout décor. Ils sont réduits à leur fonction de soutien. Et puis l’auvent et le balcon en aluminium et en verre : les matériaux sont modernes mais sont là aussi très sobres. Il n’y a pas ces décorations sinueuses et végétales qu’on voyait souvent. Il préfère une certaine austérité qu’il conjugue avec des trouvailles qui marqueront les esprits.
Regardez, la façade est totalement recouverte avec de fines plaques de marbre blanc. Mais chaque plaque est fixée au mur par un boulon. Vous les voyez ces boulons ? Bien ! Alors, on pourrait dire que le principe de Wagner est de montrer ce que l’on cachait hier. Et bien, pas si simple en fait. Car il est bien difficile de savoir si ces clous ont vraiment un rôle de fixation ou seulement un rôle esthétique. Car il est évident qu’ils sont là pour être vus. La preuve : ils sont en bronze et sont recouverts d’un cabochon en aluminium, ce qui ne les rend pas discrets. Et ils sont nombreux : 15 000 boulons au service de la modernité ! Mais surtout, regardez les boulons du centre de la façade. Et regardez ensuite ceux qui en sont éloignés, par exemple ceux qui sont sur la gauche. Là on remarque quelque chose, Otto Wagner ne les dispose pas tous de la même façon. Dans la partie centrale, les boulons sont très serrés alors que sur les côtés et sur les ailes latérales, ils le sont nettement moins. Pourquoi cela ? Et bien, ils soulignent les lignes de force du bâtiment. Ils montrent que sa puissance est sur le centre de la façade. Et à ce titre, ces boulons gardent une valeur décorative. On voit donc bien que Wagner n’est pas un pur fonctionnaliste.


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