La fontaine avec ses statues de bronze

Le quartier de la residence princiere

La fontaine avec ses statues de bronze

Tournez maintenant le dos à la fontaine et regardez du côté par lequel nous sommes arrivés dans la cour.

Nous voyons ce corps de bâtiment plus haut d’un étage que les autres ailes et surmonté d’un haut fronton triangulaire masquant la toiture. Il est très décoratif avec ses deux petits obélisques l’encadrant et un buste dressé sur sa pointe. Encore une fois, une présentation typique de la Renaissance et assez commune en Flandres et en Allemagne. A l’arrière-plan, nous voyons se dresser de façon très pittoresque une haute tour carrée ornée sur chaque côté d’un cadrant d’horloge et surmontée d’un lanternon en cuivre. Nous trouvons sur ce lanternon une couverture en bulbe ou demi-coupole traditionnelle des pays d’Europe centrale. La succession des toitures, le haut fronton triangulaire et la tour à l’arrière-plan forment une image charmante. Mais pourquoi cette tour qui brise la régularité quelque peu monotone de l’ensemble ? Elle s’élève au-dessus de l’escalier principal donnant accès à tous les appartements princiers. Elle sert donc à mettre en valeur le centre névralgique du labyrinthe palatial.

Tournons-nous de nouveau vers la fontaine peuplée de tant de statues de bronze. Au centre, se tient un personnage en armure du Moyen âge. N’a t-il pas noble allure avec son casque, sa cuirasse de métal, sa cape et la longue épée sur laquelle il s’appuie ? Il a de quoi être fier, car ce personnage est Otto de Wittelsbach, le premièr membre de la famille qui régna sur le duché de Bavière. Fidèle compagnon de l’empereur Henri 5, Otto reçut de ce dernier le duché de Bavière en 1120. Il asseyait ainsi la puissance de sa famille qui régna sur le territoire pendant plus de 700 ans jusqu’en 1918. Entre temps, les Wittelsbach obtinrent successivement les titres de duc, de prince-électeur et enfin de roi de Bavière. Il était donc normal que Maximilien 1er place son vénérable ancêtre au centre de la demeure principale de la famille qui servait également de siège au gouvernement. Mais comme vous le voyez, Otto n’est pas seul. Il est entouré de figures dénudées plus diverses les unes que les autres, mais disposées avec beaucoup de symétrie. Essayons de les reconnaître ensemble. Regardez d’abord aux 4 angles les 4 personnages debout sur des socles et dans des positions très maniérées, disons dansantes. Ils sont tout nus ou simplement pourvus d’une étoffe pudique autour des hanches. La nudité dans la sculpture ancienne est en principe l’attribut des dieux. Nous sommes donc en présence de 4 divinités tirées de la mythologie antique qui ne furent pas choisies par hasard. Elles sont sensées symboliser les 4 éléments : eau, terre, feu et air. Alors, qui symbolise quoi ? Nous allons les identifier en tournant autour de la fontaine par la droite. Quand nous sommes face à Otto, le premier personnage debout à droite s’appuie sur un marteau posé sur une enclume derrière lui. Il contemple une pièce métallique qu’il tient au bout de son bras tendu. Le marteau est son attribut principal, car il s’agit de Vulcain le dieu des forges qui réalise les armures des Dieux et des héros. Or pour confectionner ces armures métalliques, Vulcain a besoin de fondre le métal et de frapper à chaud. Il est donc également le seigneur de l’élément feu. Regardons un instant son allure dont les caractéristiques se retrouvent sur les autres statues de la fontaine. Il est presque en déséquilibre : une jambe en avant, le torse tourné de ¾, un bras tendu et l’autre appuyé sur la massue derrière lui. Voyez-vous le grand déhanchement qu’entraîne cette position ? Le corps forme un véritable S. Les historiens d’art qualifient cette attitude de « serpentine ». Elle est caractéristique du Maniérisme. Ce style apparaît en Italie à la fin du 16e siècle (Michel Ange en est un représentant) et se développe dans les 20 premières années du 17e siècle. Un autre trait de ce style est le rendu exacerbé des musculatures et de la surface des corps. N’avez-vous pas l’impression que ce jeune homme sort directement d’un studio de fitness ? Pourtant, le sculpteur, tout en exagérant le traitement des muscles de l’abdomen, a donné de l’élégance à sa figure en allongeant les membres. Regardez comme les bras sont longs et fins. Ils sont même trop longs du point de vue anatomique. Il s’agit d’une convention artistique typique du maniérisme. Tournons vers la droite pour nous rendre vers la jeune femme située à l’opposé derrière Vulcain.

N’est-ce pas une élégante jeune femme, une main sur la poitrine et l’autre caressant un paon, que nous reconnaissons à sa queue déployée comme un grand éventail. Cet oiseau est l’attribut de la reine des déesses : Junon, qui dans ce cas symbolise l’air, toujours associé aux volatiles. Mais après avoir identifié les caractéristiques du maniérisme dans la sculpture masculine, analysons un instant cette figure féminine. Elle a encore une fois une pose pleine d’élégance et légèrement déséquilibrée. Une jambe en arrière, la tête tournée vers la gauche un bras tourné vers la droite et encore une fois un fort déhanchement. Les proportions du corps sont également exagérées et absolument pas réalistes. La tête est trop petite par rapport au corps. Ce dernier est peu réaliste et accentue avec grâce les parties strictement féminines : la poitrine est petite et ronde, tandis que les hanches sont très abondantes. Encore une convention maniériste ! Continuons notre parcours en allant vers le bel athlète debout à droite de Junon.

Encore un athlète aux muscles parfaitement dessinés – regardez par exemple ses abdominaux. De vraies tablettes de chocolat ! Il a comme Vulcain une position très élégante de danseur. Il pose une jambe sur un énorme poisson apparaissant entre ses jambes et lève un bras avec grâce. Le poisson en question est un dauphin, mais si, ou tout au moins l’idée que les artistes se faisaient d’un dauphin au 17e siècle. Regardez le bras levé : n’avez-vous pas le sentiment que sa main tient un objet invisible ? En effet, à l’origine, il tenait un trident. Vous savez cette longue fourche à 3 dents. Bon, avez-vous reconnu ce personnage ? Il s’agit bien sûr de Neptune, le Dieu des Mers et donc de l’eau.Finissons notre tour d’horizon en allant vers la dernière figure qui se dresse derrière Neptune et nous ramène à notre point de départ.

Cette fois, l’artiste s’est surpassé dans la représentation très maniérée de sa dernière figure féminine. Nous ne pouvons plus parler de déséquilibre, car la délicate jeune femme est presque prête à tomber. Elle est penchée en avant, une jambe appuyée sur une énorme gerbe de blé, un bras lui cachant pudiquement la poitrine. Sa position est reprise de la statuaire antique romaine. Depuis le début de la Renaissance, l’Antiquité était le modèle par excellence et les sculpteurs réadaptaient à volonté les poses des statues découvertes pendant des fouilles récentes. Dans le cas présent, nous avons la reprise d’une statue de marbre de Vénus conservée au musée de Naples. Mais qui est cette délicieuse beauté ? Elle est identifiable grâce aux gerbes de blé dressées devant elle. Il s’agit de Cérès, la déesse des Moissons et donc de la terre. En faisant le tour de cette œuvre magnifique, vous avez remarqué d’autres figures. En particulier 4 vieillards musclés et à la longue barbe, couchés ou assis entre nos divinités. Regardez celui qui se tient juste en face de nous. Il s’appuie sur une urne renversée d’où coule de l’eau. Il s’agit d’une iconographie traditionnelle des fleuves. Dans le cas de cette fontaine, nous avons les 4 principaux cours d’eau bavarois : Isar, Danube, Lech et Inn.
Nous avons beaucoup parlé du style de cette fontaine : le maniérisme. Mais qui en fut l’auteur ? Hubert Gerhard et son atelier, qui exécutèrent ce chef-d'œuvre entre 1586 et1588. Gerhard est le principal sculpteur de la Renaissance qui oeuvra à Munich.


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