La Contre reforme

Le quartier de la residence princiere

La Contre reforme

Maintenant que nous sommes au point central de Saint Kajetan, essayons d’en comprendre le plan d’ensemble. En fait, c’est une croix bien sûr, une croix dont les branches se croisent sous la coupole centrale. Et ce plan est directement influencé par l’Italie et plus exactement par le plan de l’église du Jésus à Rome, c'est-à-dire l’église mère de l’ordre des Jésuites, qui fut construite vers 1570. C’est presque exactement le plan que nous avons ici. Et cette église du Jésus servira de modèle pour de nombreuses autres églises en Europe à partir de la contre-réforme et au-delà .Alors parlons un instant de la Contre réforme : de quoi s’agit-il ? Comment est-ce né ? et aussi, quelle fut son influence sur l’architecture. Commençons par le commencement, c'est-à-dire par la Réforme tout court. Le 31 octobre 1517, très précisément, Luther, moine augustin et professeur de théologie, affiche sur les portes de l’église de Wittemberg, en Saxe, un document qui fera trembler l’Europe entière: ses fameuses 95 thèses. Il s’agissait d’une liste de 95 propositions de discussions théologiques sur certains abus pratiqués alors au sein de l’Église et souvent cautionnés par le pape. Luther n’avait pas, au départ, l’intention de se séparer de Rome, mais la discussion avec les représentants du pape s’avéra rapidement impossible, aboutissant de fait à la Réforme, c’est-à-dire à la création du protestantisme. Pour répondre aux critiques protestantes, Rome convoque alors un grand concile en vue de remettre de l’ordre dans certaines pratiques. Ce concile, qui débute en 1545 et se termine 20 ans plus tard, a lieu à Trente, dans les Alpes italiennes. C’est le fameux concile de Trente, l’un des plus importants de l’histoire de l’Eglise. Il accouchera de la Contre-Réforme, c’est-à-dire de l’ensemble des actions menées par l’église de Rome, pour tenter de récupérer les fidèles séduits par Luther et les autres prédicateurs protestants. Ceux-ci adressaient deux séries de reproches : l’une touchait au dogme lui-même –par exemple, selon eux, Marie n’était pas vierge. Et bien sûr, cela était inacceptable pour les catholiques. Et si on commençait à réviser une partie du dogme, c’est tout l’ensemble qui risquait de s’effondrer. Donc leur stratégie a été de ne considérer que la 2e série de reproches qui portaient sur les pratiques. Par exemple, l’une des critiques des protestants portait sur la séparation physique entre le clergé et les fidèles. En effet, les autels étaient alors masqués par de grandes barrières appelées Jubé. La messe était donc célébrée à l’écart des fidèles. Le concile de Trente entend lutter contre le mécontentement populaire en abattant le jubé et en rendant ainsi la messe visible par tous. En outre, il faut –excusez l’expression- en « mettre plein la vue » au fidèle et provoquer des émotions en lui qui le rendront plus réceptifs au message divin. L’espace où nous nous trouvons reflète bien cette nécessité. Il est large, uni, l’autel y est en évidence. Et le baroque sera l’outil idéal pour assurer cette mission. De même, ce sont les jésuites, un ordre alors très récent et donc n’ayant pas de poids du passé à supporter, qui sera chargé de diffuser la contre-réforme. Le concile de Trente se diffuse ainsi également par l’architecture des lieux de culte comme ici. Voilà pour cette contre réforme.


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