L’histoire des convulsionnaires de Saint-Médard

Le quartier de la rue mouffetard

L’histoire des convulsionnaires de Saint-Médard

C’est dans cette église en apparence bien calme que se déroulèrent au 18e siècle les épisodes d’une histoire fort curieuse : celle des convulsionnaires de St Médard. Cette histoire est à replacer dans son contexte, celui des jansénistes. Le jansénisme est une doctrine, disons, « sévère » qui vit le jour au 17e siècle. Son père fondateur fut Jansénius mort en 1638. Rappelons brièvement les idées de Jansénius : Le christianisme considère que l’homme n’est pas prédestiné, c'est-à-dire qu’à sa naissance, il n’est pas fixé s’il sera sauvé ou non. Ses mérites peuvent l’absoudre et lui apporter le paradis ; alors que pour les jansénistes, l’homme est prédestiné : Dieu n’accorde sa grâce qu’à certains hommes préalablement choisis et les actions des hommes au cours de la vie terrestre ne changent rien à la prédestination. Il faut juste prier, se tourner vers Dieu, se retirer du monde. La lutte la plus célèbre et la plus violente fut celle qui opposa les jansénistes aux jésuites, qui eux se firent les champions du rachat de l’homme par ses actions terrestres. Devenus hors la loi en France, les jansénistes trouvèrent refuge dans le bourg St Médard, proche de Port-Royal, le plus célèbre couvent de leur ordre. De nombreux habitants du quartier adhérèrent à la doctrine. Et c’est là que se déroula une histoire étrange, celle dite des « convulsionnaires ». En 1727 mourut François de Paris, le fils d’un conseiller du parlement. Notre homme renonça à sa part d’héritage, pour devenir diacre à St Médard, diacre et non-prêtre par obsession d’humilité. Fervent janséniste, vivant dans la pénitence, les macérations, l'ascétisme, la bienfaisance et la vertu, il mourut à 36 ans des suites probables de ses mortifications et privations volontaires. Selon sa volonté, on l’enterra dans un charnier avec les pauvres et non dans l’église. Le charnier était une sorte de cloître entourant un cimetière, le tout situé à côté de l’église. Très vite, sa tombe devint un lieu de pèlerinage. Des jeunes filles furent prises de convulsions en venant prier sur cette tombe. Des guérisons miraculeuses survinrent et un véritable culte se mit en place, l’exaltation monta, on assista à des scènes d’hypnose collective, et à des scènes où plus de 800 personnes furent atteintes de convulsions. Certains et surtout certaines se livrèrent alors à des expériences extravagantes : dévorer la terre située sous la dalle tombale, avaler des chardons ardents, des bibles reliées, se faire clouer sur une croix, percer la langue, ratisser avec des peignes en fer.
Ces scènes pour le moins déconcertantes par l’extravagance de leur piété durèrent presque 5 ans.

En 1732, les autorités furent contraintes d’intervenir pour y mettre un terme et le lieutenant de police fit fermer le charnier par décret royal. Le lendemain, les paroissiens de St Médard purent lire sur les portes la patente suivante, due à un plaisantin : « de par le roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu ». Les convulsions se firent donc alors ailleurs, dans le cadre de maisons privées. On parle d’un couvent du voisinage où toutes les religieuses, sans exception, étaient atteintes chaque jour, à la même heure, d’accès, considérés alors comme mystiques, et qui les faisaient miauler en chœur pendant plusieurs heures. Devant l’indécence de telles manifestations, on les menaça de coups de verge au premier miaulement. Une menace qui, semble-t-il, porta ses fruits puisque les miaulements cessèrent aussitôt.
Autre fait étrange : cette folie dura 35 ans jusqu’en 1762, année où les jésuites furent expulsés de France sur ordre du parlement. De là à dire que ces manifestations « excessives », pour le moins, de piété avaient été attisées par les jansénistes pour in fine se venger de leurs persécuteurs jésuites, il n’y a qu’un pas que d'aucuns ont franchi. Après ces évènements, la paroisse resta fidèle au jansénisme, jusqu’au début du 19e siècle. En 1807, le tombeau de François de Paris fut ouvert et ses ossements probablement répartis entre plusieurs familles jansénistes. Les dalles du chœur doivent, sans doute, en protéger encore une partie. Quelle étrange histoire ! Quel contraste entre l’austérité bien réelle des jansénistes et ces extravagances presque baroques.


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