La Rue Nerudova

Le quartier de mala strana : du chateau au jardin de vrtba

La Rue Nerudova

Et maintenant, nous allons commencer notre découverte des lieux et descendrons la Rue Nerudova.

Et tout d’abord, regardons vers le trottoir de droite, au N°47, où se trouve la Maison dite "Aux deux Soleils" et où habita le poète tchèque Jan Neruda. C’est d'ailleurs lui qui a donné son nom à la rue.

La Maison "Aux deux Soleils" est l'une des plus connues du quartier. Elle date de la fin du 17e siècle et porte ce nom à cause des deux soleils qui ornent sa façade. D'ailleurs, vous verrez que beaucoup des maisons de la rue Nerudova possèdent ces enseignes juste au-dessus des portes d'entrée. Autrefois, elles servaient à désigner la profession du propriétaire ou faisaient allusion à son nom de famille. Mais en plus, à l’époque, comme il n’y avait ni nom de rue, et encore moins une numérotation, ces panonceaux servaient aussi à se repérer. Durant la promenade, regardez donc attentivement défiler les façades et vous pourrez reconnaître plus loin, la Maison "A la clef d'or", celle "Au fer à cheval" ou encore la maison dite "Aux trois violons".
Mais si la Maison "Aux deux Soleils" est aussi très connue des Pragois, c'est qu'elle vit naître Jan Neruda, un écrivain tchèque du 19e siècle. Une plaque a été déposée sur la façade : "Jan Neruda (1834-1891)". Jan Neruda était avant tout journaliste et une grande partie de son œuvre est née de cette activité. On peut dire aussi qu'il est le maître du feuilleton et des récits courts. Par exemple, dans ses "Contes de Mala Strana", il tente de refaire revivre son quartier par de petites histoires de la vie de tous les jours. Cela dit, il ne faut pas confondre Jan Neruda avec Pablo Neruda, le célèbre poète chilien prix Nobel de littérature en 1971 lequel - dit-on à Prague - aurait "emprunté" son nom au premier…
Continuons à descendre la rue, et rendons-nous, toujours sur le trottoir de gauche au niveau du N°34. En passant, jetons un œil au N°41, où l'enseigne est un lion rouge -le lion est le symbole de la Bohême tenant un calice.

Nous voici arrivés au N°34 de la rue Nerudova, c'est-à-dire à la Maison dite "Au fer à cheval d'or" qui est considérée comme la plus ancienne pharmacie de Mala Strana. On sait que dès le 16e siècle, des médecins municipaux furent attachés aux principaux quartiers de la ville. Leur rôle était de prodiguer des conseils aux patients bien sûr, mais aussi de surveiller les pharmacies et oui ! Déjà le concept de veille sanitaire avait fait son apparition.

En face de nous, sur le trottoir de droite, au N°33, se trouve le Palais Bretfeld, réalisé par Jean-Joseph Wirch en 1765. Le Palais Bretfeld était un endroit très "branché" à la fin du 18e siècle. La façade du palais retient pourtant peu l'attention. Pas très impressionnante quand on sait que c’est pourtant du baroque. Mais comment donner une définition précise d'un style, le baroque dont les choix esthétiques varient en fonction des artistes, des générations et des géographies. Pour le qualifier, mieux vaut s'en remettre à des caractères très généraux comme la recherche du spectaculaire, l'audace dans le traitement des murs, ou encore l'intérêt pour le mouvement… Mais regardez bien, aucun de ces caractères ne se retrouve sur notre façade. Bien au contraire, regardez encore cette façade, elle a été conçue sur un plan parfaitement rectiligne, peu ostentatoire. Le rythme est simplement souligné par le jeu des fenêtres qui quadrillent l'espace, et les moulures sont très discrètes. La seule concession faite au mouvement est la corniche arquée qui couronne le palais.
En fait, les gens plaçaient leur attention dans un autre sujet.
Car au 18e siècle, à Prague, comme à Paris, Vienne, ou Saint-Pétersbourg, c’est l'époque de la conversation, celle des salons littéraires, de la philosophie dans le boudoir…
Du coup, l’architecture passait au second rang et, puisque les conversations devaient aller dans la profondeur des choses, le clinquant d’une façade aurait été un signe de peu de finesse de son habitant.
On se réunit, pas très loin d'ici chez le comte Nostic, gouverneur de la Bohême et mécène de Mozart, pour parler philologie et musique. Ou encore, chez les Kolowrat pour parler peinture en admirant une des plus belles collections d'Europe. Parmi ces salons, celui du palais de Bretfeld, était aussi très réputé et du beau monde le fréquentait. On rapporte que deux monstres de la musique et de la littérature s'y seraient rencontrés : Mozart et Casanova.
On ne sait pas si les deux hommes ont échangé des paroles. Toujours est-il qu’on raconte qu'un soir de septembre 1787, à la Villa Bertramka, où Mozart résidait, un complot amical se trama sous l'égide de Casanova. On enferma le musicien dans sa chambre avec pour condition à sa libération qu'il acheva l'Ouverture de son opéra Don Giovanni. Ce qui fut fait puisque le lendemain Mozart interpréta son œuvre pour la première fois à Prague au Théâtre des Etats! Vrai ou faux ? Peu importe. Après tout, c'est bien à Prague et non à Vienne que le génie de Mozart fut reconnu. Et c'est bien dans le nord de la Bohême, à Dux, que Casanova s'installa à la fin de sa vie pour occuper très vaguement la charge de bibliothécaire du comte de Waldstein et écrire sa monumentale "Histoire de ma vie". Là-bas, on peut voir sa tombe !


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