L’Eglise Saint-Nicolas

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L’Eglise Saint-Nicolas

Bien, il est temps maintenant de nous retourner vers l'église Saint-Nicolas. Le centre de la place Mala Strana est dominé par l'église Saint-Nicolas considérée comme l'une des églises baroques les plus importantes du 18e siècle en Europe centrale. Le bâtiment austère qui se trouve à gauche est l'ancienne école des Jésuites, la maison professe comme on l'appelle. Rien de plus normal que la présence de cette école, puisque l'église était liée à la Compagnie de Jésus, autrement dit aux Jésuites, un ordre religieux fondé en 1534 par Ignace de Loyola. Cet ordre très important est né dans un contexte historique mouvementé, marqué par la déchirure de l'Eglise entre protestants et catholiques. Le but assigné aux jésuites par le pape fut dès sa création très clair : "défendre et protéger la foi", lutter contre la réforme protestante. En Bohême, ils devinrent le fer de lance de la reconquête catholique.
Dès 1622, la Compagnie de Jésus contrôlait la prestigieuse Université de Prague aux dépens des ordres traditionnels comme les franciscains et les dominicains. Les Jésuites étaient soutenus financièrement par le pape, l'empereur et la noblesse catholique, ainsi, depuis Prague, ils purent multiplier leurs fondations dans toute l'Europe centrale.
En 1625, l'empereur Ferdinand 2 de Habsbourg, leur confie la petite église Saint-Nicolas de Mala Strana, et les jésuites va en faire l'un des chefs-d’œuvre de l'architecture baroque pragoise.
C'est le grand architecte Christoph Dientzenhofer qui, en 1704, est chargé de sa réalisation.
Alors, regardons en détail cette belle façade. En première analyse, on voit bien qu'elle se rattache à une tradition à laquelle appartient aussi l'église des Théatins que vous avez vus tout à l'heure. Une tradition classique, car à première vue, tout le répertoire habituel s'y retrouve : colonnes, pilastres –ces colonnes plates semblant enfoncées dans les murs-, corniches, le tout développé sur trois étages.
Regardons la partie basse : l'entrée principale est encadrée de deux colonnes jumelées et flanquée de deux entrées secondaires chacune surmontée d'une fenêtre. Tout cela nous rappelle un arc de triomphe. D’ailleurs, les entrées des grandes églises du Moyen-Age et de la Renaissance n'étaient pas très différentes.
Maintenant, intéressons-nous à la partie supérieure. Elle adopte la même structure que le rez-de-chaussée sauf que les portes sont devenues de grandes fenêtres permettant à la lumière d'inonder l'intérieur de l'église. On remarque aussi la présence de quatre statues installées deux à deux de chaque côté du balcon central. Il s'agit de la représentation des quatre Pères de l'Eglise d'Occident, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, saint Jérôme, et saint Augustin, les piliers de l'Eglise en quelque sorte.
Et maintenant, regardons le dernier étage : c’est en fait le fronton de l'église. Au centre de ce fronton, dans une grande niche on voit la statue de Saint-Nicolas de Myre, le saint-patron des lieux. Il est soutenu dans sa tâche par saint Pierre à sa droite, et saint Paul à sa gauche, les deux fondateurs de l'Eglise romaine.

À première vue donc, rien dans l'organisation de cette façade n'évoque l'idée d'un défi lancé par l'architecte à ses prédécesseurs. Et pourtant, aujourd'hui comme hier, tout le monde reste captivé par cette église qui semble tellement plus animée que les autres. "Vivante" est peut-être le bon adjectif, car à bien y regarder cette église vit, respire, se contracte et se rétracte.
Observons-la plus finement : commençons par fixer la partie gauche de la façade puis balayons du regard l'espace jusqu'à la partie droite de l'église. Vous voyez ?? La façade suit un mouvement ondulatoire. Apaisée d'abord, elle se cabre ensuite dans sa partie centrale avant de se relâcher, comme le ressac d'une vague. Le mouvement est sans fin et affecte tout l'ensemble.
Mais ça n'est pas tout. Ainsi, ne trouvez-vous pas que le premier niveau semble massif par rapport au second ? Ne trouvez-vous pas que plus nous montons vers le haut de l'édifice, plus la souplesse et la fluidité s'accentuent ? Évidemment, l'architecte à pensé à tout cela, rien n'a été laissé au hasard. Ainsi, au premier niveau, il a fait usage de colonnes pour souligner l'entrée principale et il a utilisé une corniche linéaire qui court d'un bout à l'autre de la façade sans jamais se rompre. Mais à l'étage supérieur, il préfère utiliser des pilastres -plus discrets que les colonnes- et surtout une corniche couronnée de trois petits frontons tuilés qui reprennent le mouvement ondulatoire de la façade.
Ainsi, progressivement et sans bouleverser le schéma d'ensemble, il faut bien constater que notre regard est happé vers le fronton supérieur, où trône saint Nicolas de Myre, mais surtout au tympan duquel trois lettres " I.H.S" font autant allusion au monogramme du nom de Jésus qu'à la certitude que "Jesus Habemus Socum" c'est à dire que " Nous avons Jésus pour allié". Au bout du compte, on peut dire que la grande nouveauté, de Saint-Nicolas, le "truc" qui captive les spectateurs depuis plus de 200 ans, c'est l'ondulation donnée à la façade. Dire que Christoph Dientzenhofer en est le génial inventeur serait exagéré. Borromini, un grand architecte baroque romain du 17e siècle l'avait précédé dans ce genre d'effets. Non, ce que l'on peut dire c'est plutôt que l'église Saint-Nicolas de Mala Strana inaugure, avec ce style ondulatoire, une nouvelle "manière de faire" qui bientôt sera une sorte de "marque de fabrique" du baroque pragois.


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