Les Fresques de la voûte

Le quartier de mala strana : du chateau au jardin de vrtba

Les Fresques de la voûte

Détaillons maintenant la fresque qui décore ce fameux plafond. Elle se déploie là-haut sur environ 1500 m2. C'est une œuvre collective dirigée par le maître viennois Jan Lukas Kraker. La fresque fut terminée en 1760.
Le thème de cette peinture murale est l'Apothéose de saint Nicolas de Myre, qui est le saint patron de l'église. Selon la légende, saint Nicolas aurait vécu au 4e siècle dans la petite ville maritime de Myre en Asie Mineure. Evêque de sa ville, une fois le christianisme autorisé, il se serait fait remarquer par son action contre les hérétiques. Ce qui bien sûr est très utile à faire passer comme message en Bohême. Et puis, n'oublions pas que Nicolas est le précurseur du Père-Noël puisque dès la fin du Moyen-Age, il devint le saint distributeur d'étrennes à Noël.
Là encore, il est assez drôle de rappeler que ce fut Luther qui –devant la misère des enfants- instaura la coutume de leur faire des cadeaux, de les faire sourire et rire aux environs de Noël. Ce fut cette coutume qui créa les grands marchés de Noël dans le monde protestant, puis dans le monde germanique. Du coup, on peut se dire que, ne voulant pas être en reste, l’église catholique a chargé un de ses saints –saint Nicolas de Myre en l’occurrence – de faire cette bonne œuvre à Noël.

Au-delà, c'est le port de Myre, la ville natale de saint Nicolas, et ses activités portuaires,
Mais contrairement à Rome, à Prague, on n'assiste à aucune action dramatique et la scène n'est pas surchargée. Et si Saint Nicolas apparaît dans les nuées, c'est comme un bon patriarche, soutenu par des anges. Son apothéose ne créé pas d'émeute et même en cherchant bien, nous ne trouverons ici ni Enfer, ni supplice, ni damné gesticulant et grimaçant. Non, à Prague ce n'est qu'un grand spectacle coloré dans lequel divers patronages de saint Nicolas sont calmement exposés.

Commençons par la partie gauche de la fresque lorsque nous regardons vers l'autel.
Vous pouvez distinguer alors un paysage portuaire, le mât et les vergues d'un bateau surgissent juste derrière une tour ruinée : c'est le port de Myre, la ville natale de saint Nicolas, et ses activités portuaires.
Plus loin deux matelots roulent un lourd paquet sur un quai, et quelques orientaux bavards refont le monde allongé lascivement sur une corniche blanche lourdement décorée. Tous s'en remettent à saint Nicolas, le protecteur des marins et du commerce.
Laissons glisser maintenant notre regard vers la partie droite. En face donc, que voyez-vous ? Des hommes en armes, des soldats. Regardez, ils sont assis ou debout, mais tout semble à l'abandon, comme si ces hommes représentaient les gardiens de quelques cachots oubliés du monde, peut-être toujours à Myre. L'ensemble de ce décor, partie droite et partie gauche, est unifié par un paysage de ruines et délimité par une lourde corniche blanche peinte en trompe-l'œil. C'est-à-dire une peinture maîtrisant si bien l'illusion du réel qu'il devient difficile de dire où se termine l'architecture et où commence exactement le travail du peintre sans se faire piéger! Essayons de découvrir la limite entre le trompe-l'œil et l’architecture.

Eh bien, ce sont ces parties droites et gauches de la fresque qui convergent vers une sorte d'arc de triomphe colossal, situé juste au-dessus de l'arc ouvrant sur le chœur de l'église. Sous cet arc de triomphe se trouve le tombeau du saint, installé en haut d'un escalier et autour duquel se pressent des fidèles. Au centre, un prêtre, c'est le personnage le plus visible, se penche vers des fidèles suppliants pour leurs donner de petites fioles médicinales contenant de l'huile sanctifiée par les reliques de saint Nicolas. De cette foule se détache un personnage, à gauche du prêtre- vêtu d'un drapé ocre. Certains historiens d'art y reconnaissent le portrait du peintre lui-même !
La scène s'achève au-dessus de l'Arc de triomphe par la représentation d'un grand nuage en serpentin sur lequel flotte le bon saint Nicolas coiffé de sa mitre d'évêque et accompagné d'une cohorte d'anges porteurs. Tout ce petit monde s'envole dans un ciel cotonneux et c'est bien le seul moment d'agitation de ce décor.
Mais contrairement à Rome, à Prague, on n'assiste à aucune action dramatique et la scène n'est pas surchargée. Et si Saint Nicolas apparaît dans les nuées c'est comme un bon patriarche, soutenu par des anges. Son apothéose ne créé pas d'émeute et même en cherchant bien, nous ne trouverons ici ni Enfer, ni supplice, ni damné gesticulant et grimaçant. Non, à Prague ce n'est qu'un grand spectacle coloré dans lequel divers patronages de saint Nicolas sont calmement exposés.

Au bout du compte, comme l'on dit, voilà "un beau morceau de peinture" tout en trompe-l'œil. Pourtant malgré la maîtrise par le peintre Kracker du style illusionniste, en particulier cette belle corniche en trompe-l'œil, on reste quelque peu sur sa faim. D'abord, on est frappé par l'agrandissement démesuré des formes, comme l'arc de triomphe ou même cette fameuse corniche qui occupe à elle seule près d'un tiers de la composition. Ensuite, l'action même manque de tout accent dramatique, les spectateurs ne vaquent à leurs occupations sans trop se préoccuper de l'apothéose de Nicolas. Non, on garde plutôt de ce décor l'image de cet étrange paysage de ruines hors du temps comme le sont aussi les personnages qui le peuplent. Une fois de plus, il est vain de vouloir trouver la fureur du baroque dans des décors à la fin du 18e siècle, car c'est le rococo qui est à la mode et la fresque de Mala Strana en porte en quelque sorte l'indolence.


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