Les quatre grandes statues de bois

Le quartier de mala strana : du chateau au jardin de vrtba

Les quatre grandes statues de bois

Ramenons notre regard sur le rez-de-chaussée. Là, sur les piliers de la nef, se trouvent quatre statues, deux à droite et deux à gauche. Il s'agit de grandes statues de bois recouvertes de craie polie et d'or. Elles s'agitent avec théâtralité vers le chœur ou bien vers la voûte.
Avançons-nous vers celle qui est sur le 3e pilier de droite depuis l’entrée. Cette statue représente un guerrier en train d'écraser un personnage barbu.

Il s'agit de la représentation de Constantin, le premier empereur romain chrétien. En 312 de notre ère, Constantin, empereur romain d’orient, écrasa son adversaire Maxence, empereur romain d’occident, lors d'une bataille près de Rome. Suite à cette victoire, remportée grâce à Dieu, nous dit-on, il autorise l’exercice du culte chrétien dans tout l’empire. C’est le fameux édit de Constantin ou aussi édit de Milan. Cet épisode a été repris dans l'iconographie chrétienne pour symboliser la victoire de la Foi sur le paganisme.
De l'autre côté de la nef, sur le 3e pilier à gauche, toujours en regardant vers le chœur, un autre guerrier. C'est la statue de Théodose 2, un autre empereur, qui lui imposera le christianisme comme unique religion dans tout l'Empire, et ce à la fin du 4e siècle de notre ère.

Déplaçons-nous de quelques mètres en arrière, vers la seconde travée où se trouvent les deux autres statues. Chacune est installée contre un pilier. Sur celui de gauche, en regardant vers la sortie, un noble vieillard enturbanné, il tient dans ses mains des chaînes et un livre. Il s'agit sans doute de Cyrus le Grand, le fondateur de l'Empire perse au 6e siècle avant notre ère. Il est considéré dans l'Ancien Testament comme le libérateur des Juifs emprisonnés à Babylone. Enfin, face à Cyrus le Grand, de l'autre côté de la nef, sur notre droite, la quatrième et dernière statue représente un jésuite captif traînant un boulet et agitant une palme, symbole du martyre.
Du point de vue stylistique, ces statues sont un excellent témoignage des tensions qui anime la scène artistique pragoise au milieu du 18e siècle. Elles ont été réalisées -comme la presque totalité du programme sculpté de l'église- par Ignaz Platzer, un des sculpteurs les plus prolifiques de Prague. Toutes ces statues ont pour point commun d'être en bois et de se démarquer totalement des œuvres de la génération précédentes. On est loin ici de la puissance des oeuvres de Brokoff ou de Braun que nous avons aperçues dans la rue Nerudova aux palais Morzin. Non, l'heure est à la préciosité et à la simplicité. D'ailleurs, qu'il s'agisse de la représentation de Constantin ou de Domitien, la gestualité est plus proche du pas de danse que de la sauvagerie guerrière. Platzer avait été formé à l'Académie de Vienne qui défendait le classicisme et la simplicité contre l'exubérance.
Mais au même moment, le rococo connaissait un grand succès dans l'Empire. Cet art -dont le nom dérive du mot rocaille- est d'origine française. Il se caractérise par un jeu permanent entre le stable et l'instable, et par un goût prononcé pour la fantaisie et l'artifice. Mais ce qui est amusant, c'est que cet art complètement profane va connaître un succès retentissant dans l'Empire au point de passer directement du boudoir à l'église. Comme le baroque, dont il est un prolongement, le rococo succombera à la fin du 18e siècle sous les feux conjugués du néo-classicisme et de la morale. Mais à l'époque où Platzer travaille, à Vienne, à Prague les dés ne sont pas encore jetés : ce qui donne lieu à des œuvres hybrides, dirons nous, mêlant fortement le raffinement du rococo et la simplicité du classicisme.


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